Mado Lamotte et Carl Philippe Gionet: en toute indignité

Qu’on en commun une drag queen comme Mado Lamotte et un pianiste classique tel que Carl Philippe Gionet? Ça ne semble pas évident à première vue. En discutant avec eux, on s’aperçoit toutefois qu’ils sont tous les deux des perfectionnistes et des bourreaux de travail. L’une est une diva, l’autre en a bien côtoyé quelques-unes du temps où il les accompagnait sur la dalle noire et blanche. Et puis, avouons-le: ils ont tous les deux une certaine folie.

D’édith Piaf à Dalida, il y a un pas que Mado Lamotte n’hésite pas à franchir. Au cours des dernières années, l’exubérante drag queen montréalaise a d’ailleurs glané quelques scènes ici et là pour offrir quelques tours de chants oscillant entre la grande chanson française et des airs plus pop. À travers son répertoire, celle qui compte plus de 30 ans de carrière se dévoile en parlant de ses nombreux voyages, des hommes de sa vie, de son adolescence alors qu’elle était encore Luc Provost.

Ce qu’elle fera mercredi soir, accompagnée au piano par Carl Philippe Gionet, dans le cadre du Concert indigne du festival Acadie Love, auquel se joindront également les Hay Babies ainsi que Serge Brideau, Jass-Sainte Bourque et Michel Thériault.

C’est d’ailleurs à Luc Provost que nous avons parlé. La Mado était bien rangée dans sa garde-robe alors qu’il répétait ses textes tout juste avant de prendre la direction de Caraquet.

«C’est un spectacle que je fais trois ou quatre fois par année sous d’autres noms. Comme j’anime à mon cabaret et que je fais aussi d’autres spectacles de stand-up comique à travers tout ça, j’ai moins le temps de présenter ce type de formule chansonnier-conteur que j’aime bien», souligne Luc Provost.

Bien sûr, le public en saura un peu plus sur la naissance et la vie de Mado, mais également, de manière un peu plus ténue, sur celui qui a créé ce personnage flamboyant de toutes pièces.

«Luc a quand même vécu la moitié de sa vie avant Mado. Je parle entre autres de mon adolescence, mais de manière plus cachée», avance-t-il.

Pour l’accompagner dans son tour de chant, Carl Philippe Gionet avoue courir un mini-marathon ces jours-ci. En plus d’accompagner l’illustre interprète-conteuse, il s’affaire à transcrire les accords et à pratiquer les mélodies dont Mado-Luc lui a envoyé la liste il y a peu de temps.

«C’est un réel honneur de travailler avec Mado Lamotte! C’est rare que j’ai l’occasion d’accompagner des artistes qui donnent dans la variété. Mais ce n’est pas un terrain inconnu pour moi, puisque j’ai fait ça à partir de 7 ou 8 ans jusqu’à l’âge de 15 ou 16 ans, avant que j’entreprenne mes études en piano classique. Pour tout dire, je crois que c’est même la seule job payante que j’ai eue durant ces étés. Je n’ai jamais été serveur dans un restaurant ou quelque chose du genre. Le piano a toujours été mon gagne-pain», confie le pianiste de Caraquet, qui accompagne aujourd’hui des cantatrices partout à travers le monde, en plus de donner quelques concerts d’interprétation solos.

Bien sûr, le public peut s’attendre à être quelque peu décoiffé. Tout sera réglé au quart de tour juste à temps pour le concert, mais fidèle à son habitude, Mado Lamotte se fera un peu aller la djeule, tout en travestissant certaines paroles de chansons pour les rendre plus drolatiques.

«C’est sûr que Mado ne peut pas se séparer de son côté bitch. Il faut avoir pas mal de technique avec moi pour m’accompagner en musique, car ce n’est pas un spectacle conventionnel. Je suis accompagné du même pianiste depuis 20 ans, alors il sait où je m’en vais. Mais j’ai entendu beaucoup parler en bien de votre pianiste de chez vous et j’ai pleinement confiance que ça va bien aller», atteste Luc Provost.

Le Concert indigne sera présenté en formule cabaret à 20h, au Centre culturel de Caraquet.

La «cabane» de Carl Philippe Gionet

Depuis quelques jours et jusqu’à la fin d’Acadie Love, les gens peuvent visiter l’installation vidéo de Carl Philippe Gionet au troisième étage de la Boulangerie Grains de folie. L’installation intitulée Cabane marque pour le pianiste son coming-out comme artiste visuel.

«J’ai toujours créé des installations visuelles au cours de ma vie. J’en ai fait déjà quelques-unes en Europe, mais je n’osais pas le faire ici. Mais comme j’ai eu 40 ans cette année et que plusieurs artistes visuels d’ici m’ont encouragé à le faire, j’ai donc décidé de me lancer.»

Dans sa vidéo en noir et blanc de 16 minutes et diffusée en boucle, Carl Philippe Gionet entraîne les spectateurs dans un univers d’allure funeste, où l’on s’enfonce dans la forêt pour ensuite y apercevoir une vieille cabane décrépite.

«J’ai voulu illustrer les contraste entre la mémoire d’origine et celle qui nous reste, l’ultramodernisme architectural versus l’architecture classique. Ça renferme un peu tout ça et ces contrastes font partie intégrante de ma vie, puisque comme pianiste, je travaille presque toujours sur des oeuvres anciennes que j’interprète au 21e siècle. Ça m’habite constamment», exprime-t-il, ajoutant qu’il travaille sur d’autres projets du genre et qui constitueront une suite logique à sa première création d’art visuel en Acadie.