La force du rire: un premier documentaire acadien pour la chaîne AMI-télé

«Tout le monde cherche à être normal à l’adolescence, mais en fait c’est quand on est différent qu’on est intéressant», évoque le réalisateur du film, La force du rire, André Roy. Ce documentaire relate le parcours de trois personnalités de l’Acadie, vivant avec des handicaps, qui évoluent dans le monde de l’humour.

Quoi de mieux que le rire pour dédramatiser certaines situations. Dans son nouveau documentaire produit pour la chaîne AMI-télé (Accessible Media Inc.) qu’il dédie à la mémoire de l’humoriste Martin Saulnier, André Roy propose à trois personnalités de créer un numéro d’humour sur leur différence.

Martin Saulnier qui souffre de dystrophie musculaire est un humoriste aguerri, le chanteur Christian Kit Goguen, atteint du Syndrome Gilles de la Tourette, a une longue expérience des arts de la scène notamment avec le Cirque du Soleil, tandis que l’humoriste amateur Pierre Lambert qui est aveugle n’a à peu près pas d’expérience en humour. Ce dernier raconte qu’il n’a pas hésité une seconde à embarquer dans le projet.

«Chaque fois que des possibilités me sont offertes pour parler des capacités des personnes handicapées ou avec des limitations, ça m’intéresse toujours et ensuite l’aspect humour m’intéresse beaucoup parce que j’avais eu la chance de faire quelques numéros dans différentes soirées pour humoriste amateur», a affirmé le responsable du financement à la Fondation Mira pour les Provinces atlantiques.
Tout au long du film, on suit le processus de création des trois humoristes jusqu’à la présentation du spectacle qui a été filmé le 7 novembre 2018, lors d’une soirée de l’Entrepôt du rire.

Ils écrivent leurs numéros, les répètent, suivent des ateliers d’improvisations avec des étudiants en théâtre, tout en parlant de leur quotidien. Ils échangent aussi entre eux. Les humoristes chevronnés, Martin Saulnier et André Roy, sont en quelque sorte les chefs d’orchestre de cette aventure.

Chacun possède une expérience différente. Pour Christian Kit Goguen, le défi sera de passer de la chanson et du théâtre au stand-up. André Roy demande à Martin Saulnier de sortir de sa zone de confort et d’écrire du nouveau matériel, tandis que Pierre Lambert présente pour la première fois un monologue à partir d’un texte.

«Ça m’a amené à me concentrer à écrire un numéro et surtout de le présenter de la même façon. C’est la première fois que j’avais la chance d’avoir quelqu’un qui me donnait des idées pour écrire un numéro (…). Ce qui m’a le plus intimidé lorsqu’on a fait le numéro final, c’est qu’il fallait que je me rappelle du texte», a-t-il confié.

Celui-ci qui a eu la piqûre de l’humour adore être sur scène. Autant il était timide dans sa jeunesse, autant il est heureux aujourd’hui de se retrouver sur scène.

«Même si je ne vois pas les spectateurs, je suis très sensible à la façon dont ils réagissent, comme s’ils rient par politesse ou parce qu’ils trouvent ça vraiment drôle.»

Selon lui, l’humour est un moyen idéal pour faire passer des messages qui peuvent paraître arides dans une présentation plus formelle.

«Souvent les gens pensent tellement qu’on ne peut pas faire telle ou telle chose. C’en est presque de la surprotection à un certain moment. Je pense qu’il faut beaucoup sensibiliser le public en général. Par l’humour, je pense qu’il y a beaucoup de messages qui peuvent bien passer. Tout en étant drôle, ça permet en même temps d’amener une réflexion.»

Oeuvre moderne

André Roy n’en est pas à sa première œuvre sur les différences, que ce soit au cinéma ou au théâtre. Il se sent particulièrement interpellé par ce genre de sujet. Il a réalisé, entre autres, La troisième roue, Une partie de moi. Quand le producteur René Savoie des Productions du Milieu l’a contacté pour ce nouveau projet pour AMI-télé, il a embarqué avec enthousiasme.

Cette fois-ci, le défi a été de créer une œuvre moderne et accessible, spécialement conçue pour cette chaîne de télévision destinée d’abord aux gens qui ont un handicap visuel.

«C’est un processus différent. Quand les responsables de la chaîne regardent le film pour la première fois, ils ferment les yeux pour écouter vraiment.»

Contrairement aux anciennes productions avec la vidéodescription qui alourdit le film, le diffuseur cherche maintenant à offrir des émissions qui intègrent les descriptions pouvant ainsi plaire à un plus large public.

«Ils veulent sentir que ce n’est pas un film fait juste pour les aveugles. C’est de la VDI, donc il faut intégrer la description dans les entrevues, les entretiens et l’animation. Comme j’avais une personne avec un handicap visuel, on avait tendance à décrire les lieux pour lui, donc ça marche. Plus on explique ce qu’on est en train de vivre, plus il y avait de l’émotion qui venait naturellement.»

Celui-ci cherche à montrer que les différences représentent souvent une force. Il admirait Martin Saulnier qui était une figure de proue de la scène de l’humour en Acadie. Il est décédé en avril dernier seulement quelques semaines après la fin du montage.

«Souvent ce sont des modèles et ils ne le savent pas. Martin ne voulait jamais de son vivant parler trop de sa dystrophie musculaire parce qu’ils ne voulaient pas que les gens le prennent en pitié. Je trouve que dans le documentaire, ils sont à leur meilleur parce qu’ils sont authentiques et vrais.»

Produit par les Productions du Milieu à Moncton, le film sera présenté le 14 juillet à 20h sur AMI-télé et plus tard à Radio-Canada.