Marie Nadeau-Tremblay: quand la musique baroque rallume le feu sacré

Ça ne devait pas arriver. Non pas que la violoniste Marie Nadeau-Tremblay ait volé sa première place au Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay vendredi soir, au Festival international de musique baroque de Lamèque. Non. Encore samedi après-midi, tout juste avant la répétition devant public du dernier concert en soirée, des gens du public vantaient sa virtuosité.

Celle qui a également remporté le prix du Public, le prix Festival Montréal Baroque et le prix Été musical de Barachois vendredi soir, lors de la finale en l’église Sainte-Cécile de Petite-Rivière-de-l’Île nous avoue candidement qu’elle ne s’attendait même pas à participer à un tel concours, son tout premier du genre depuis qu’elle a commencé à jouer de la musique baroque, il y a cinq ans.

«Je m’étais inscrite sans m’attendre que j’allais être retenue, en me disant simplement ‘‘pourquoi pas’’.»

Derrière cette apparente désinvolture se cache toutefois une perfectionniste qui a pris à bras-le-corps la compétition, non pas pour tenter d’écraser les autres finalistes – le trompettiste Duncan Campbell, qui a mis la main sur le deuxième prix ainsi que le prix Coup de coeur du fondateur, ainsi que le claveciniste Jonathan Salamon, qui a remporté le troisième prix -, mais plutôt se pousser à aller au bout d’elle-même et se montrer à elle qu’elle pouvait le faire.

«Je ne me sentais pas du tout en compétition contre les deux autres. Au contraire, nous étions comme une famille et en plus, nous étions bien entourés. Nous sommes d’ailleurs devenus amis tous les trois et nous songeons à jouer de la musique ensemble dans le futur», souligne Marie Nadeau-Tremblay avec un large sourire.

Pour cette québécoise installée à Montréal et qui a grandi à Saint-Lambert, en Montérégie, ainsi que dans la région de l’Estrie, la musique prend une large part dans ses 27 années de vie. Or, elle a bien failli passer à la trappe. Peu après son bacc, Marie Nadeau-Tremblay, qui étudiait alors en musique classique moderne, confie avoir eu une grande remise en question.

«C’était soit j’abandonnais, soit j’essayais de me réinventer. C’était aussi radical que ça. Il fallait que je prenne une décision. Je ne m’y retrouvais plus et j’ai toujours voulu faire quelque chose de très personnel sur le plan musical, qui sortait des sentiers battus. Je m’en-allais pour apprendre le mandarin quand tout d’un coup, je suis tombée sur la musique baroque. Je me suis inscrite dans l’orchestre de l’Université McGill. Ç’a été un peu difficile au début, parce que c’est une toute autre manière de jouer, mais j’y ai rapidement pris goût et j’ai vraiment eu un coup de foudre!», souligne la jeune femme qui fut dirigée par Hank Knox, claveciniste et organiste réputé et qui de pratiquement tous les Festivals international de musique baroque de Lamèque depuis plusieurs années.

La musique ancienne étant un terreau fertile pour des découvertes de nombreux compositeurs peu connus sinon carrément oubliés, Marie Nadeau-Tremblay a ainsi trouvé sa niche. À tel point qu’il y a environ trois ans, elle a fondé son propre «band» musical: le trio Barocuda.

«C’est parti sur une blague avec des amis au début. Nous avions seulement le nom (une contraction des mots «baroque» et «barracuda») sans avoir de groupe à proprement parler. Sauf que quelque temps plus tard, j’ai eu un contrat de musique et j’ai demandé à mes amis s’ils étaient intéressés à former officiellement le trio. C’est parti comme ça», explique Mme Nadeau-Tremblay, ajoutant que le trio mêle musique ancienne, vidéographie contemporaine et beaucoup d’humour.

«Nous nous amusons beaucoup! Évidemment, nous travaillons sérieusement et nous tentons d’offrir de la musique de haute qualité, mais nous le faisons avec légèreté et en mélangeant un peu de technologie moderne, ce qui donne un bel effet à l’ensemble», renchérit la grande lauréate du Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay.