Telemann: pari risqué, pari gagné

Le pari était risqué. Au cours des dernières années, le Festival international de musique baroque de Lamèque avait quand même osé un peu plus de tonus dans ses concerts de clôture, notamment avec Haendel, Bach, Monteverdi ainsi que Purcell. Avec la musique de Telemann, on se retrouve quelque peu dans une autre catégorie. Très populaire en son temps, mais beaucoup moins aujourd’hui, il fallait de l’audace pour présenter une toute petite parcelle de ses quelque 6000 œuvres au grand public. Et c’est réussi.

Même Mathieu Lussier, bassoniste, ex-directeur artistique du festival et qui revenait après cinq ans d’absence comme musicien et chef de ce concert de clôture nommé Grandiose Telemann, avouait plus tôt samedi après-midi avoir eu un doute lorsque l’idée de présenter cette musique métissée, parfois échevelée et quelque peu tombée dans l’oubli. Mais il a embarqué dans le jeu, tout comme le public, samedi soir, qui est visiblement sorti ravi du concert, les clameurs et les épithètes fusant de toutes parts alors que le Chœur et l’Orchestre de la Mission Saint-Charles faisaient leurs derniers saluts.

La soirée a pourtant commencé de façon timide, avec une première proposition, le Laudate Jehovam omnes gentes TWV 7:25. L’interprétation du chœur et de l’orchestre était quelque peu ténue, pour ne pas dire mièvre. La pièce en soi affichait un côté convenu, alors qu’on nous avait promis presque autant de couleurs que l’église Sainte-Cécile en contient. Rapidement oublié avec l’Ouverture-Suite en mi-mineur FaWV K:e1 de Fasch, contemporain de Telemann, d’autrement plus expressif et accrocheur et qui aurait même pu servir d’entrée pour la suite.

Et cette suite, levée en crescendo, allait s’avérer grandiose, comme le voulait l’ensemble du concert – exception faite de la première pièce. Le cycle Latenisches Magnificat TWV 9:17 pour chœur, orchestre et chanteurs solistes allait montrer véritablement le génie de ce compositeur ainsi que toute sa palette de couleurs. Tantôt d’inspiration française, italienne ou germanique, l’œuvre très bien rendue par la cinquantaine d’artistes sur scène menés de main de maître par Mathieu Lussier était enlevante à souhait.

Mais ce n’était rien comparé au dernier cycle, Deus judicium tuum TWV 7:7, précédé du Concerto en ré-mineur FaWV 1:d7 de Fasch dont la virtuosité des musiciens solistes s’est particulièrement révélée à ce moment. De la beauté à l’état pur, de l’émotion brute et quasi romantique pour ce compositeur qui se voulait parfois avant-gardiste. C’était le plat de résistance et les musiciens y ont mis toute la gomme, avec brio.

On sort donc de Grandiose Telemann à la fois enthousiaste et déboussolé, en se disant que le Festival international de musique baroque a osé, avec succès, sortir des sentiers battus et qu’il pourra encore le faire dans les prochaines années, sous la houlette de son actuel directeur artistique, le flûtiste Vincent Lauzer. En espérant que son prédécesseur, Mathieu Lussier, y viendra encore battre la mesure, lui qui est désormais un chef aguerri en plus d’être un excellent musicien.

Audace et fidélité

Quatre concerts affichant complet sur six, de l’audace, un public fidèle et intéressé: le bilan de ce 44e Festival international de musique baroque de Lamèque est résolument positif, confirme son directeur artistique, Vincent Lauzer.

«C’était la première fois qu’on voyait un tel engouement pour la plupart de nos événements. Le Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay a aussi généré beaucoup d’intérêt cette année. Le public était au rendez-vous et j’en suis très heureux», souligne Vincent Lauzer peu après la fin du concert de clôture.

En poste depuis maintenant quatre ans, le jeune directeur artistique est en train d’imprimer sa propre couleur au sein du festival. Un membre du conseil d’administration chuchotait à l’oreille de l’auteur de ces lignes qu’on ne lui refusait rien, tant ses idées étaient bien reçues et ont permis de rapprocher l’événement de la communauté. Vincent Lauzer tempère toutefois.

«Nous sommes une super équipe et le public nous a démontré sa volonté d’aller plus loin, de découvrir de nouveaux compositeurs ainsi que de nouvelles façons d’approcher la musique ancienne. Ça nous porte et ça nous laisse présager que les prochaines années seront tout aussi intéressantes à vivre», avance-t-il.

Parmi les autres concerts qui ont retenu l’attention, le concert du claveciniste italien Francesco Corti de samedi matin à l’église Saint-Antoine-de-Padoue de Miscou a été singulièrement mémorable aux yeux de plusieurs personnes que nous avons rencontrées. Le Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay a également permis d’apprendre à connaître trois jeunes talents aiguisés et passionnés de musique.

Par ailleurs, la signature visuelle du festival était signée Louise LeBlanc cette année. Ses œuvres sont disponibles en vente auprès du bureau des organisateurs de l’événement.