Luc-Antoine Chiasson: la poésie qui n’en était pas…

…Ou plutôt, qui ne devait pas en être. Du moins, dans sa tête. Le poète – il n’ose pas encore en revendiquer le titre – a commencé à écrire tout bonnement il y a quelques années, sans trop y penser, nourri par la douleur de voir sa mère se séparer de son conjoint après 22 ans de vie commune. Quelques lignes ici et là, sur un média social qu’il dit pourtant détester. Rapidement et à sa grande surprise, un effet boule-de-neige s’est enchaîné.

Avec ses nombreux tatouages, son air punk voire métalleux, difficile de croire que ce grand gaillard qui célébrera ses 30 ans dans trois semaines a lu Dostoïevski, Pierre Nepveu ou Gérald Leblanc pour ne nommer que ceux-là.

Pourtant, derrière cette façade qu’il assume malgré tout sans pudeur, se cache un homme au sourire facile et un véritable passionné de littérature. C’est d’ailleurs en travaillant comme libraire dès l’âge de 15 ans dans sa ville natale, Shippagan, qu’il découvre la poésie.

«Un moment donné, je me suis amusé à fouiller dans la section Poésie acadienne à la Librairie Pélagie. Parmi les premiers recueils que j’ai lus, il y avait Mourir à Scoudouc, d’Herménégilde Chiasson, ainsi que l’oeuvre de Gérald Leblanc. J’ai à peu près tout lu et je suis un très grand fan de poésie depuis ce temps.»

À peu près comme tous les lecteurs avides, Luc-Antoine Chiasson caressait aussi le rêve de publier un jour son propre livre, peu importe quand et peu importe le style. Celui qui a depuis fait des études en arts visuels à Montréal et qui y demeure depuis 2009 ne se doutait toutefois pas qu’à la suite de ses premiers textes-essais poétiques sur le web, les choses allaient bouger en l’espace de quatre ou cinq ans à peine, jusqu’à son premier recueil, intitulé Pour commencer, le sang, qu’il lancera samedi dans le cadre du Festival acadien de poésie.

«C’est vraiment bizarre! Quand j’ai commencé à écrire sur Facebook, c’était juste pour m’exprimer, extérioriser ma peine. En même temps, je me disais que quelqu’un d’autre avait sûrement vécu une chose semblable et tant mieux si ça le touchait. Je n’avais même pas la prétention de dire que c’était de la poésie», souligne Luc-Antoine Chiasson.

Quelques poètes et éditeurs, dont Jonathan Roy, ont toutefois remarqué sa plume déjà aiguisée. De fil en aiguille, il s’est retrouvé l’an dernier au même festival où il dévoilera son premier livre.

«Je lisais lors de la dernière soirée de poésie de la journée, à Caraquet. Juste avant, il y avait la Soirée de poésie Voir Miscou et mourir, à laquelle prenaient part entre autres Serge Patrice Thibodeau ainsi que plusieurs autres grands poètes. On s’entend que Miscou-Caraquet, c’est une sacrée bonne distance; malgré ça, quand j’ai vu en coulisses qu’ils étaient tous là en plus de quelques membres de ma famille, je suis vraiment devenu nerveux. Après la soirée, Serge Patrice Thibodeau avons discuté de mon écriture ainsi que de mes projets futurs», soutient le dernier-né parmi les poètes.

Deuil et apocalypse

Trois semaines plus tard, de retour à Montréal, son futur éditeur lui envoie un courriel, lui demandant s’il avait trouvé un titre pour un éventuel recueil. Luc-Antoine Chiasson l’avoue: il avait complètement oublié leur conversation précédente.

«C’est à ce moment que j’ai compris qu’il était sérieux. Je lui ai fait une proposition de titre un peu au hasard: Pour commencer, le sang, qui est bien le titre de mon recueil que je vais lancer vendredi», mentionne Luc-Antoine Chiasson.

Au même moment, le jeune homme vivait la lourde perte de son meilleur ami, décédé dans son sommeil. Le deuil a donc modulé le premier des deux poèmes de son recueil, Des Érables. Le second, Vesper, écrit en prose poétique, évoque aussi la mort, mais dans des termes d’urgence et d’apocalypse.

«Vesper, c’est le mot latin des vêpres, soit les prières du soir dans les monastères. Ça avait une signification particulière pour moi à ce moment-là, car j’étais un peu terrifié par les changements climatiques au moment où j’ai entamé l’écriture du poème. Je vivais une sorte de bad-trip; nous allions tous faire notre dernière prière avant de disparaître. Il y a donc un sentiment d’urgence qui habite l’ensemble du poème», explique Luc-Antoine Chiasson, qui peine encore à croire que sa poésie sera désormais reconnue comme telle, grâce à cette première oeuvre d’une grande beauté.

En plus de lancer samedi son recueil en compagnie de deux autres poètes, Lex Vienneau et Jonathan Roy, il participera à l’événement Poèmes au noir jeudi, à la Soirée de poésie Voir Miscou et mourir vendredi soir – en compagnie entre autres de la grande poète québécoise Denise Desautels – ainsi qu’au Prélude à la mer dimanche matin, avec Shaun Ferguson.

Les détails de la programmation du Festival acadien de poésie sont disponibles en ligne au fapoesie.ca.