André Cormier crée une adaptation musicale du recueil Conversations de Herménégilde Chiasson

Vingt ans après sa publication, le recueil de poésie primé Conversations, de l’auteur Herménégilde Chiasson, est mis en musique par le compositeur de musique contemporaine et expérimentale André Cormier. Cette œuvre en dix volumes sera présentée en grande première à l’Église historique de Barachois à compter du 11 août.

Couronné du Prix littéraire du Gouverneur général du Canada, le recueil de Herménégilde Chiasson rassemble 999 fragments de conversations racontés tantôt par «Lui» tantôt par «Elle». Le compositeur de Moncton, André Cormier, a travaillé pendant dix années à la création de ce projet musical ambitieux qu’il a réalisé en plusieurs étapes.

Après avoir composé un premier volume, en 2009, pour la soprano canadienne Andrea Young, il a décidé de poursuivre l’aventure avec l’ensemble du recueil. Celui qui est toujours à la recherche de texte a été fasciné par le concept et le format de Conversations qui, lors de sa sortie, avait un peu surpris les amateurs de poésie en raison de sa forme inhabituelle. Il a découvert le livre alors qu’il vivait à Vancouver.

«Je me suis inspiré du concept et de la forme, c’est-à-dire comment le texte est organisé. C’est semblable à ma façon de travailler.»

Ces deux artistes estiment qu’ils ont des méthodes de travail semblables, notamment dans l’approche expérimentale. La contrainte est au coeur de leur création.

«Je pense que c’est une volonté de renouvellement. Travailler avec des contraintes, c’est un peu comme la science. On se demande ce que ce serait si on mélangeait telle ou telle affaire», a expliqué l’artiste multidisciplinaire Herménégilde Chiasson.

Celui-ci a écrit Conversations à l’image d’une partition, à raison de dix conversations par jour. Ce sont soit des citations, des répliques, des fragments ou des ambiances tirés de discussions qu’il a eues avec des gens. Certaines conversations sont plus dans la réflexion, tandis que d’autres sont ancrées davantage dans la vie de tous les jours, faisant ressortir parfois la poésie dans le quotidien.

La musique s’inscrit dans la lignée de l’oeuvre littéraire. Chacun des dix volumes musicaux composés par André Cormier rassemble 100 phrases. La soprano chante la partie d’Elle tandis que l’homme murmure sa partie. «C’est comme un ‘‘statement’’ féministe, les femmes chantent et les hommes murmurent», lance l’auteur.

Avec ses oeuvres contemporaines et d’avant-garde, André Cormier qui a vécu en Colombie-Britannique, à Los Angeles et à Montréal est une figure bien connue dans le milieu de la musique actuelle. Ses œuvres ont été présentées un peu partout dans le monde. Un premier volume de Conversations figurait à la programmation du Festival Re:Flux à Moncton en 2012. Établi de nouveau à Moncton depuis sept ans, le compositeur précise que l’ensemble de l’oeuvre suit le même élan que le premier volume.

Un total de 22 chanteurs, musiciens et lecteurs se partageront l’interprétation de cette pièce d’envergure. Un volume est présenté par concert, ainsi les gens qui voudront entendre l’ensemble de l’oeuvre devront assister aux dix représentations.

À chaque représentation, il y a au moins un chanteur qui est accompagné par un ensemble d’instruments différents: piano, quatuor à cordes et guitares. André Cormier et Herménégilde Chiasson seront les voix parlées qui interpréteront la partie de «Lui». Parmi les artistes, on retrouve, entre autres, Andrea Young, Jessie Guerette, Juliet Fraser, Justin Guignard, ainsi que Joël Cormier comme chef d’ensemble.

Un drôle de livre

Étrangement, ce recueil a passé un peu inaperçu au moment de sa sortie en 1998. Après une critique dans la revue littéraire Spirale et une lecture intégrale sur les ondes de Radio-Canada, le livre a commencé à circuler pour ensuite être récompensé du prix littéraire le plus prestigieux au pays. Depuis 20 ans, ce recueil a eu droit à plusieurs vies, dont une réédition chez Prise de Parole.

André Cormier a été attiré par le fait que c’est un texte abstrait, correspondant ainsi à sa musique qui repose sur des systèmes tout en se permettant parfois quelques promenades poétiques.

«J’imagine des systèmes et il y a des sonorités qui en résultent. C’est un peu comme un peintre qui mêle ses couleurs sur sa palette et qui expérimente.»

Certains volets de Conversations ont déjà été présentés ailleurs dans le monde, mais ce sera la première fois que toute la collection, soit les dix volumes, sera offerte dans son intégralité. C’est dans le concert du volume 8 que l’on pourra voir le plus grand nombre d’artistes sur scène.

Les concerts Conversations sont présentés les, 11, 12, 13, 14 et 16 août à 15h et 19h30.