Emma Haché portée par un Vent debout

Ce vent qui chatouille au premier souffle. Qui enveloppe au fur et à mesure qu’il gagne en intensité. Qui commence à décoiffer lorsque les bourrasques se font plus persistantes. Qui finit par nous fouetter, nous lever de terre et nous emporter dans son tourbillon à la fois euphorique et angoissant.

Ce vent, celui de la création, Emma Haché le connaît bien, et depuis longtemps. Or, celui-ci l’envahit depuis quelque temps, c’est un Vent debout, nom de sa nouvelle compagnie de théâtre qu’elle lancera en grandes pompes ces jours-ci, à Miscou, dans le cadre de deux lectures-spectacles.

Vous l’avez sans doute déjà compris: Emma Haché veut sortir des sentiers battus, se laisser fouetter par de nouveaux élans scéniques, être libre de sa création et porter d’autres chapeaux que celui de dramaturge.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, la femme de théâtre acadienne converse d’ailleurs en bourrasques mêlée d’enthousiasme et d’un peu de nervosité. Le premier test pour Vent debout aura lieu le 7 août, au Phare de Miscou, avec la lecture théâtralisée d’Inconnu à cette adresse, roman paru originellement en 1938 sous la plume féminine de Kressmann Taylor. La lecture-spectacle dont la nouvelle patronne de Vent debout signe la mise en scène mettra en vedette Jeff Bate Boerop, comédien de Fredericton et ami.

«C’est un texte vraiment riche qui met en scène des personnages en période de pré-Seconde Guerre mondiale. Le roman est écrit sous une forme épistolaire, ce qui en fait une lecture ainsi qu’un rendu sur scène dynamiques. C’est véritablement une belle oeuvre à découvrir», souligne une Emma Haché emballée.

La deuxième lecture-spectacle aura lieu au même endroit, le 21 août. Elle mettra en vedette la poète et comédienne acadienne Joannie Thomas dans un texte signé Violette Ailhaud et intitulé L’homme semence, écrit en 1919. Encore là, le thème de la guerre y est central, cette fois-ci sous les armes de Louis-Napoléon Bonaparte, devenu plus tard Napoléon III.

«Le fait que ce soit deux oeuvres écrites par des femmes au début du XXe siècle et qui mettent en scène la guerre, ça revêt en soi un caractère particulier. Ces romans ont été considérés comme des classiques en leur temps et je crois qu’il est pertinent de les ressortir de nos jours, étant donné que notre monde vit de nombreux bouleversements. Ce sont des textes forts, qui nous bouleversent et qui nous questionnent», atteste Emma Haché.

Une niche à explorer

Le concept de la lecture-spectacle est un genre relativement nouveau chez nous. Hormis le Festival à haute voix de Moncton ainsi que quelque festivals de contes où la théâtralité est souvent mise en-avant par les conteurs, les compagnies de théâtre d’ici vont plutôt dans des genres classiques ou encore, comme Satellite Théâtre, dans le jeu clownesque et acrobatiques. Emma Haché y a donc vu une niche à explorer.

«Nous avons un plaisir incroyable les acteur, actrice et moi, depuis que les répétitions sont commencées! Nous prenons le temps de décortiquer le texte pour qu’il soit plein, brûlant. Ce ne sont pas des oeuvres vers lesquelles nous serions allés spontanément, mais ça va justement nous permettre d’entraîner le public dans des univers scéniques nouveaux. C’est un immense terrain de jeu qui est à la hauteur de mon appétit de créer dans l’urgence de l’heure. C’est nouveau aussi pour moi, mais je nourrissais ce désir d’exploration-là depuis longtemps», confie Emma Haché.

Elle est catégorique: elle ne s’inscrit pas du tout en faux contre les boîtes de théâtre comme l’Escaouette ou le Théâtre populaire d’Acadie, ni même contre Satellite. Il y a de la place pour tous, comme pour elle et les propositions qu’elle a à offrir, soutient-elle.

«Je veux faire un théâtre qui n’a pas peur de confronter les idées reçues, en faire un lieu de recherche, de réflexion. C’est le désir de mon âme», exprime-t-elle avec émotion.

Le «vent debout», c’est donc celui qui rebute, qui pousse à le fracasser, qui entraîne vers des zones inconnues et qui génère de nombreux parcours dans lesquels se lancer. En plus de continuer d’aiguiser sa propre plume, Emma Haché se donne ainsi le loisir de s’amuser avec celle des autres et de toucher davantage à la mise en scène, chose qu’elle a bien déjà fait quelques fois par le passé, mais pas assez souvent à son goût.

«J’ai déjà d’autres projets dans mes cartons pour cet automne et les deux premières lectures-spectacles à Miscou me donneront certainement une bonne idée de la réception du public. En tout cas, je suis très heureuse du travail que nous faisons jusqu’à maintenant et ça m’ouvre déjà pleins de portes pour d’autres idées», déclare Emma Haché.

Les deux lectures-spectacles auront lieu à 19h, dans le cadre de la série Voir Miscou et mourir.

Les détails de la programmation du Théâtre Vent debout sont disponibles sur la page Facebook de la compagnie (Théâtre Vent debout).