Les histoires nécessaires: quand les récits historiques deviennent personnels

Dans la foulée du Congrès mondial acadien, l’exposition Les histoires nécessaires aborde les questions d’identité et d’appartenance à travers le regard personnel de 13 artistes de divers horizons, dont une majorité de femmes.

Pour réaliser ce projet d’envergure présenté dans cinq lieux d’exposition à Moncton, la commissaire invitée, Véronique Leblanc a mené des recherches pendant plus d’une année en allant visiter les ateliers d’une quarantaine d’artistes de la région.

«J’ai lu aussi beaucoup de catalogues d’expositions collectives qui rassemblaient des artistes acadiens pour voir leur travail et le discours qui entourait ces pratiques-là depuis plusieurs années», a expliqué la commissaire qui entretient des liens avec la scène artistique de Moncton depuis quelques années.

Après ses recherches, la Saguenéenne d’origine acadienne a choisi d’explorer le thème des histoires nécessaires en faisant un clin d’oeil à l’oeuvre de l’écrivaine France Daigle. Ce titre est tiré d’une citation de son roman Pour sûr paru en 2011: «Un mythe, c’est une histoire que tout le monde croit même si elle n’est pas vraie, c’est une histoire nécessaire en quelque sorte.»

L’exposition rassemble des œuvres déjà existantes et de nouvelles productions réalisées par dix artistes et un collectif. Chaque installation comporte plusieurs éléments, témoignant ainsi de la diversité identitaire et culturelle.

«Ce sont tous des artistes des Maritimes qui ont des origines diverses et qui par contre dans leur travail pose la question des appartenances, de l’identité et du rapport à l’histoire avec des matériaux qui leur sont proches. Ils puisent dans leur histoire familiale, dans leurs souvenirs personnels…»

De la vidéo, de l’audio, du dessin, de la broderie, de la céramique, de la photo, de la peinture, du costume et de la performance composent cette exposition. Chaque artiste arrive avec son bagage culturel. Ils sont Acadiens, anglophones, autochtones et de différentes générations, allant de la vingtaine jusqu’à 70 ans.

«La question de la transmission, de l’identité, des récits familiaux et des petites histoires se retrouvent beaucoup dans l’art des femmes. Je ne voulais pas faire une exposition de femmes, mais ç’a donné au fil de ma recherche une exposition qui rassemble majoritairement des femmes.»

L’exposition se déploie en cinq étapes.

À la Galerie Moncton, on retrouve le travail de Maryse Arseneault, Rémi Belliveau, Angèle Cormier et Jennifer Bélanger qui traitent des questions d’appartenance, d’identité et de récits familiaux liés, de près ou de loin, avec la musique comme élément d’héritage culturel. En étant située tout près de l’espace Extrême frontière du CMA qui comporte une grande programmation musicale, la commissaire a jugé que ce thème était tout à fait approprié.

Dans ce même espace, du 16 au 23 août, Rémi Belliveau offrira une performance portant sur la figure d’Évangéline.

Galerie Louise-et-Reuben-Cohen et Musée acadien

Dans une des salles du Musée acadien, le Collectif Acadie art exchange de la Nouvelle-Écosse présente une installation multimédia créée de concert avec les membres de la communauté de Clare de la Baie-Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse.

Cette installation participative composée de deux projecteurs et de six écrans de tissus transparents témoigne du mode de vie actuel à la Baie-Sainte-Marie. On peut y entendre la voix de la poète Georgette LeBlanc.

Comme d’autres installations de l’exposition, il s’agit d’une métaphore de la construction identitaire. Les visiteurs sont invités à participer en intégrant leur silhouette à l’installation et en livrant leurs propres commentaires au microphone installé au milieu de l’oeuvre.

La galerie d’art propose de parcourir le travail de Noémie Desroches, de Tracadie, qui expose une série de petites peintures en lien avec l’album photo de son grand-père et son arbre généalogique. On peut admirer aussi un diptyque de grand format de l’artiste d’origine hongroise Anna Torma, de Baie-Verte, près de Sackville, qui travaille la broderie depuis 50 ans.

On retrouve des installations de dessins et de peintures de Jennifer Bélanger et d’Angèle Cormier. Le public découvrira une installation de l’artiste visuelle et dramaturge Natalie Sappier de la nation Tobique.

«Son œuvre (visuelle et sonore) porte sur l’émancipation d’une jeune femme autochtone qui se rappelle des traditions et suit un peu la voie de ses ancêtres afin de pouvoir se libérer de nouveau et vivre sa vie pleinement.»

L’exposition comprend également une œuvre multiple de Sarah Saunders, de l’Île-du-Prince-Édouard, constituée, entre autres, de petits sacs en porcelaine très fine.

«Je trouve que cette œuvre est très emblématique de mon propos parce que l’exposition traite beaucoup de l’invisible (…). Il y a toujours des choses un peu cachées et dépendant de qui raconte l’histoire, ce sera raconté différemment. On sait qu’il y a des choses dans les sacs, mais on ne sait pas ce qu’il y a dedans exactement et il peut y avoir bien des choses et c’est notre petit bundle d’identité avec lequel on se promène.»

Galerie Assomption

Installé dans la petite galerie vitrée de l’édifice Assomption du centre-ville, le projet de performance et de peinture, The Queen, rassemble des costumes de Becka Viau et des œuvres de Mario Doucette qui revisite l’histoire de l’Acadie.

Pendant le CMA, les deux artistes présenteront des performances dans cette chambre de reine reconstituée.

Le premier vernissage de l’exposition Les histoires nécessaires se tiendra à la Galerie d’art Louise-et-Reuben-Cohen ainsi qu’au Musée acadien, le 9 août, de 17h à 19h.

Un deuxième vernissage aura lieu dans les galeries du centre-ville et à l’Extrême frontière, le vendredi 16 août, à 15h.