André-Carl Vachon se concentre sur la déportation

Avec la sortie du second tome de son livre Histoire de l’Acadie – de la fondation aux déportations, André-Carl Vachon se concentre sur la période tumultueuse de 1710 à 1763. Période durant laquelle s’est déroulé le Grand Dérangement, une entreprise plus longuement mûrie que nous le savons en général et sur laquelle l’auteur jette un nouvel éclairage, parmi d’autres événements.

Dans ce second volet plus volumineux que le précédent – et pour cause, dira André-Carl Vachon, puisque ces 53 années constituent l’époque la plus charnière de notre Histoire -, l’historien acadien du Québec nous apprend entre autres, documents à l’appui, que l’idée de la déportation – vers la Martinique – date d’aussi loin que 1708. La reine d’Angleterre de l’époque, Anne Stuart, avait toutefois rejeté l’idée. Il n’en demeure pas moins que les Anglais, au gré de leurs multiples batailles en France et en Acadie, allaient rapidement revenir à la charge pour finalement réussir à mettre leur plan à exécution, en 1755.

«Les Anglais n’ont jamais lâché le morceau après 1708; ils voulaient conquérir le territoire de l’Acadie. Lorsque le projet de déportation se met sur les rails dès 1747, nous avons maintenant la preuve que non seulement le roi d’Angleterre d’alors, George II, était au courant, mais qu’il l’approuvait entièrement. Dans un document que je cite dans le livre, il est mentionné que sa majesté était très heureuse de la mise en place prochaine de la déportation des Acadiens», mentionne André-Carl Vachon au cours d’un entretien téléphonique tout juste avant de s’envoler pour le Congrès mondial acadien pour lequel il a notamment été invité à prononcer plusieurs conférences.

En plus de cela, les autorités anglaises ont grandement accéléré la colonisation en territoire acadien à partir de 1747. Le but avoué était à la fois d’assimiler les populations franco-catholiques de l’actuelle Nouvelle-Écosse et de l’Île Saint-Jean (aujourd’hui l’Île-du-Prince-Édouard, qui comptait alors plus de 60% de colonies d’origine française) et de l’Île royale (l’actuelle Île du Cap-Breton) pour y faire venir en masse des Anglo-protestants, ces derniers jugeant les autres comme étant de race inférieure, même si les Acadiens avaient entre-temps signé le serment d’allégeance à l’Angleterre adjoint d’un pacte de neutralité.

«Le mot ‘‘déportation’’ n’était pas encore utilisé à ce moment-là, mais il ne fait aucun doute, à la lumière des échanges entre les gouverneurs ainsi que les généraux de l’époque, que c’était bien de cela dont on parlait. L’assimilation avec ça allait permettre de faire tomber les territoires acadiens appartenant à la France directement dans les mains du colonisateur anglais. Après ça, les Acadiens devenus minoritaires en nombre ne faisaient plus le poids n’avaient plus aucun moyen de se défendre», appuie André-Carl Vachon.

L’auteur et historien confie avoir voulu consacrer davantage de pages à cette période de l’Histoire de l’Acadie afin de présenter ces nouveaux éléments peu connus entourant les déportations, qu’il met volontairement au pluriel, puisque le processus s’est fait par étape et selon les colonies distinctement identifiée plus haut et dans le livre.

«Il faut aussi mentionner que l’abolition du système seigneurial en Acadie a également été l’un des coups de grâce pour nos ancêtres, permettant l’établissement de colonies anglaises sur les anciennes colonies françaises. Ce genre de détails est très intéressant à étudier», souligne André-Carl Vachon.

En outre, l’auteur souhaite vivement que les deux tomes d’Histoire de l’Acadie – de la fondation aux déportations se retrouvent éventuellement dans les cursus scolaires des écoles des Maritimes. Lui et sa maison d’éditions, La Grande Marée, ont déjà fait plusieurs représentations à cet égard auprès des gouvernements provinciaux.

«C’est sûr que c’est un objectif, d’autant plus que le second livre a reçu l’approbation d’historiens reconnus comme Maurice Basque. Les gens peuvent aussi l’acheter pour eux-mêmes, car il est très interactif tout comme le premier; les grands-parents peuvent le livre et répondre aux questions que j’y ai soulevées avec leurs petits-enfants», atteste André-Carl Vachon.

Évidemment, l’auteur et historien entend profiter du Congrès mondial acadien auquel il participera à compter de mercredi pour parler de son oeuvre, en plus d’être invité comme conférencier pour différentes réunions familiales, dont celles des Maillet, des Roy, des Babin et des Hébert.

«Je veux aussi discuter avec les touristes de l’extérieur du pays et qui ont des origines acadiennes. Je veux leur présenter leur histoire selon mes découvertes et mon bagage d’informations que j’ai accumulé jusqu’ici. Je compte aussi participer à de nombreuses autres activités pour mon propre plaisir. C’est toujours émouvant d’être là, à chaque Congrès mondial acadien, car c’est tellement riche en rencontres et en histoire», exprime André-Carl Vachon avec enthousiasme.