Dolores Breau raconte la saga de la collection Portraits d’un peuple

Six années après la faillite de l’Institut de Memramcook, la photographe Dolores Breau expose à nouveau sa collection Portraits d’un peuple. Elle a mis quatre années pour récupérer cette série de 49 photographies qui avait été saisie par le syndic chargé de l’administration des biens de l’établissement situé sur la butte à Pétard.

Cette collection de photographies documentaire qui met en lumière des hommes et des femmes, c’est-à-dire des anciens Acadiens de la grande Vallée de Memramcook, est en montre à la galerie Apple Art, à Moncton, dans le cadre de l’exposition Acadie Show.

Pour la photographe de Memramcook, cette série revêt beaucoup d’importance, non seulement en raison de l’envergure du projet et de l’héritage qu’elle lègue, mais aussi parce qu’elle a bien failli ne plus jamais la revoir. Après la faillite de l’Institut de Memramcook, en 2013, ses œuvres ont été retirées de l’établissement, sans qu’elle le sache, pour ensuite être entreposées dans des bureaux à Moncton.

«Ç’a été comme une autre déportation, puisque les photos ont été enlevées dans la nuit sans qu’on me le dise et je me suis battu pour ravoir ma collection. On me l’a refusé. On (la personne chargée du dossier au syndic de faillite) m’a même fait mettre ma main sur la bible pour prêter serment que j’étais vraiment Dolores Breau.»

Cette collection, qui lui a toujours appartenu, a été réalisée entre 1981 et 1989 et elle a été exposée pendant plusieurs années dans la galerie Dolores Breau à l’Institut de Memramcook. Le public pouvait aller la voir gratuitement. Après que la collection a été retirée et mise de côté, elle a rencontré à plusieurs reprises le responsable de la faillite, mais sans succès. La situation était un peu complexe et le gouvernement provincial de l’époque avait annoncé que tout ce qui était dans l’Institut allait être vendu à l’encan.

«À ce moment-là, je me suis dépêché d’aller voir les historiens et les gens dans le domaine de la culture pour monter un dossier. Les œuvres d’art qui avaient été achetées par l’Institut ont été mises de côté et ma collection, aussi, n’a pas été vendue à l’encan. Ils ne savaient plus quoi faire avec ça. Ils les ont mises dans des bureaux. J’ai essayé tant bien que mal de suivre tout ce déroulement. C’était très décourageant. J’ai eu plusieurs rencontres, mais ça ne finissait jamais à rien. Je ne pouvais jamais avoir ma collection.»

Il y a environ un an et demi, elle a appris que les œuvres d’art de l’Institut allaient être vendues aux enchères. La photographe a donc décidé reprendre les démarches et de se rendre encore plus loin en contactant directement le vice-président de l’entreprise d’experts-conseils chargé de la faillite. Ce qui n’a pas été facile.

Plusieurs personnes, dont le maire de Memramcook de l’époque, lui ont signé des lettres d’appui. En voyant son dossier, le financier a présenté ses excuses à Dolores Breau et a finalement accepté de lui remettre sa collection.

«Ç’a été émotionnel. C’est la première fois que je la ressors de chez nous. J’ai été échaudée et je n’osais plus la ressortir. J’ai mis 15 années de travail dans la collection. J’ai été ébranlée d’avoir passé à travers tout ça. Mon souhait est qu’on puisse trouver un endroit sécuritaire et sûr pour qu’on puisse l’afficher et la montrer au public encore une fois», a-t-elle raconté avec émotion.

Les Archives nationales du Canada ont acheté 25 photographies de cette collection. Toutes les personnes qui ont été photographiées dans cette série sont décédées aujourd’hui.

Couturières, cordonniers, forgerons, fermiers, pianistes, ingénieurs; la photographe rend hommage, entre autres, aux métiers traditionnels en voie de disparition.

«Il y a, entre autres, Thérèse Gaudet-Cormier qui a été la première à afficher le drapeau acadien dans la Vallée de Memramcook. Elle avait commencé une trentaine d’années avant la prise de la photo (1987) à s’afficher en français et en acadien. Le monde ne le faisait pas dans ce temps-là, alors on en a fait du chemin depuis.»

On retrouve aussi dans cette collection la pianiste et enseignante de violon, Laura LeBlanc-Boudreau, sœur du grand violoneux acadien Éloi LeBlanc. Elle tient dans ses mains le violon de son frère. Afin de réaliser ses images, Dolores Breau a rencontré plusieurs fois les gens avant d’apporter sa caméra.

Les photos sur pellicule ont été développées en laboratoire par la photographe et six techniciens. Elle a utilisé la technique et la recette d’impression des Archives nationales du Canada, en ayant recours à 12 bains de produits chimiques afin d’assurer la préservation à long terme des photographies.

«Les photos sont de qualité archives. Elles sont censées durer 1000 années.»

Aussi accompagnée d’un livre d’art, cette série est exposée jusqu’à la fin septembre.

La photo sous toutes ses formes

En plus de la collection de sa mère (Dolores Breau), la galeriste Nausika Breau a voulu mettre en vedette différents médiums qui utilisent la photographie.

On retrouve donc quatre œuvres qui marient la peinture, le collage, la photo et l’impression de la série Mes légendes d’Acadie de Rebecca Belliveau, ainsi que deux grandes photographies numériques sur acrylique d’André Poirier, dont une qui représente le phare de la dune de Bouctouche.

De plus, l’exposition rassemble des œuvres des artistes qu’elle représente depuis l’ouverture de sa galerie. Montée dans la foulée du CMA, l’exposition Acadie Show rassemble des artistes qui illustrent l’Acadie contemporaine.