Huit femmes, un cadeau pour les comédiennes

Elles sont huit. Belles, intelligentes et talentueuses. Elles embrassent toutes les cultures. Et elles auront à relever un défi bien particulier: faire d’un succès l’événement phare de la 46e saison du Théâtre populaire d’Acadie.

Stéphanie Bélanger, Katherine Kilfoil, Sandra Le Couteur, Anika Lirette, Katrine Noël, Claire Normand, Joannie Thomas et Marie-Pierre Valay-Nadeau auront à faire vivre Huit femmes, une pièce de l’auteur Robert Thomas.

Ça ne s’annonce pas du tout comme une simple promenade dans le parc un beau dimanche après-midi.

D’abord, l’oeuvre a été écrite en 1958 et fait référence à une époque qui nous semble déjà à des millénaires. Ensuite, elle a été composée en français de France. Enfin, le film qui en a été tiré en 2002 du cinéaste François Ozon mettait en vedette des icônes telles Catherine Deneuve, Isabelle Hupert et Emmanuelle Béart.

Mais pas question de copier maladroitement l’original. La mise en scène a été confiée à Diane Losier. Les décors rappelleront davantage l’époque glorieuse des télé-théâtres des Beaux dimanches. Enfin, Christiane Saint-Pierre a passé plus de trois mois à acadianiser le script de cette comédie policière qui insèrera huit chansons tirées du répertoire acadien que tout le monde reconnaîtra.

Huit femmes sera présentée en grande première le mercredi 20 novembre, à Caraquet, avant de partir en tournée provinciale. Des arrêts à Shippagan (22 novembre), à Bathurst (23) à Fredericton (26), à Moncton pour deux soirs (27 et 29), à Shediac (30), à Edmundston (le 3 décembre), à Dalhousie (4) et à Néguac (5).

Lancement de la saison

Toutes les comédiennes étaient présentes, mardi, au lancement de la saison 2019-2020 du TPA, à Caraquet. L’Acadie Nouvelle en a rencontré deux – Anika Lirette et Katrine Noël – afin de connaître leurs sentiments de jouer dans cet événement principal.

«C’est le plus grand cadeau que nous n’aurions pas pu avoir, lance Anika, malgré une grippe qui la tenaille depuis quelques jours. Nous sommes entourés de femmes qui ont tellement d’expérience sur la scène. Nous travaillons autant les personnages avec nos intuitions et nos émotions. Nous partageons ensemble davantage que du théâtre. C’est vraiment un moment entre femmes. C’est magique et je suis aux oiseaux.»

Katrine Noël ne sent pas une pression additionnelle à jouer dans l’oeuvre principale de la saison du TPA… jusqu’à temps que le journaliste l’en informe!

«Je n’ai jamais pris part à une pièce, avoue en riant celle que l’on connaît à travers les Hay Babies. On est tellement bien entourées et ça va au-delà du théâtre. Dans un regroupement de femmes, tu ne peux pas terminer ta journée sans avoir appris quelque chose. Ce sont des femmes comiques aussi et leur humour coupe le stress.»

Anika croit également que la metteure en scène saura trouver la couleur correspondant à chacune des actrices. Donc, pas question de se référer au film, ou si peu. De toute façon, très peu des participantes ont vu le film, ajoute avec justesse Katrine.

«Ce sera très authentique. On vient de partout aussi, donc on représente cette richesse acadienne, enchaîne Anika. C’est une adaptation. Il y a vraiment une couleur d’ici et c’est écrit d’une façon qu’on va comprendre, qui va avoir du sens.»

Pas toutes des chanteuses

L’aspect des chansons risque fort d’être intéressant. Elles ont beau être comédiennes, elles ne sont pas toutes des chanteuses, fait valoir Anika Lirette. D’où l’importance du travail de Jean-François Mallet, aux arrangements musicaux, et de Luc Rondeau, à la scénographie.

Katrina Noël a beau être une habituée de la scène avec son célèbre groupe, elle doit apprendre, dans Huit femmes, à chanter selon un scénario. «Avec les Hay Babies, je suis Katherine Noël. Mais dans cette pièce, je serai Suzon. Je ne suis pas à côté de Viviane et Julie, mais de sept autres femmes qui amènent de la tension et de l’amour. C’est complètement différent, mon corps va bouger différemment, ma voix va être différente. C’est le jour et la nuit», concède-t-elle.

Anika Lirette estime que Huit femmes saura attirer autant les femmes que les hommes dans un moment rassembleur.
«Les hommes vont aimer ça. Ils auront des surprises!» promet-elle en s’éclatant de rire.

Une acadianisation vraiment difficile

La romancière Christiane Saint-Pierre ne cache pas que l’acadianisation de Huit femmes a été ardue. Ça lui a pris trois mois à défranciser un texte et à l’adapter à ce nouvel environnement, sans pour autant en changer la trame maîtresse.

«La pièce a été écrite en 1958 et elle est française. Donc, elle détenait beaucoup de références que nous ne connaissons pas ici. On a dû la reprendre au complet et en changer des grands pans. Ç’a été un travail de moine», dit celle qui a apprécié l’aide d’Allain Roy et de Denise Losier dans ce processus complexe.

Elle admet qu’il existe une certaine pression, compte tenu des attentes élevées placées sur cette oeuvre phare de la 46e saison du Théâtre populaire d’Acadie.

«C’est aussi un travail de comédiennes et de mise en scène. La pression était là au départ, car des gens auront comme référence le film de François Ozon. Mais je n’ai pas de problème avec ça. On a gardé la même histoire, mais racontée dans nos mots. Certains vont adorer, d’autres seront peut-être déçus, mais il faut vivre avec ça», juge-t-elle, en promettant que les hommes présents dans la salle vont rire.

Une place aux femmes

La 46e saison du TPA fait une place majeure aux femmes. Outre la pièce Huit femmes, cinq autres monteront sur la scène des cinq autres productions présentées en 2019-2020.

C’était voulu de la part du directeur artistique et codirecteur général du TPA, Allain Roy.

«J’ai voulu laisser une place importante aux femmes parce qu’il en va de soi pour moi. C’est ma première programmation, c’est ma façon de marquer le coup. J’ai eu, durant ma carrière, la chance de travailler avec des gens remarquables, dont plusieurs femmes. Elles ont jalonné mon parcours.»

De toute cette programmation, disponible sur le nouveau site web du TPA, notons entre autres l’oeuvre de Gabrielle Roy, La détresse et l’enchantement, jouée au Centre culturel de Caraquet le 3 mars.

La célèbre comédienne Marie-Thérèse Fortin fera revivre la naissance de cette grande romancière. Fait étonnant, la ressemblance des deux femmes en frappera plus d’un.

Un nouveau système d’achat en ligne de billets a également été concocté et, question d’emprunter un virage écologique, le TPA a cessé la publication de sa brochure papier.