Safia Nolin, un mélange d’audace et d’instinct

Si la tristesse traverse sa musique, sur scène, Safia Nolin s’amuse, rigole et n’hésite pas à raconter quelques anecdotes légères. Cette artiste au parcours singulier et audacieux continue d’étonner et de sortir du cadre.

Plusieurs d’entre vous ont peut-être vu la vidéo de sa chanson Lesbian Break-up song tirée de son plus récent album Dans le noir. Ce clip qui montre des femmes nues aux formes diverses (loin des standards habituels de beauté) témoigne de beaucoup de sensibilité, de créativité et d’audace; le tout filmé sans fausse pudeur avec sobriété et délicatesse.

Si les tenues vestimentaires de Safia Nolin ont souvent fait les manchettes, cette fois c’est son corps dénudé qui provoque de multiples réactions. En entrevue, Safia Nolin raconte que le concept de départ n’était pas celui-là. Elle cherchait plutôt à réaliser un format documentaire, mais comme c’était très compliqué, elle a dû trouver autre chose.

«Et il y a cette idée-là qui m’a popé dans la tête», confie celle qui se présente sans prétention.

Elle raconte que le projet s’est tissé un peu de façon intuitive. Elle a rejoint le studio Bien à vous et le groupe The Womanhood Project qui ont embarqué dans l’aventure. C’est d’ailleurs cet organisme qui a trouvé les femmes pour jouer dans le vidéoclip.

«Puis là, j’ai juste suivi le troupeau et je me suis mise toute nue. C’est beaucoup pour la diversité corporelle dans la société et le rôle des femmes dans la société et le fait de regarder d’un œil non sexuel les femmes. C’est ça que je cherchais», a-t-elle expliqué.

Cette chanson aborde les émotions autour d’une rupture amoureuse. Comme pour sa vidéo de la chanson Dagues, l’artiste nous entraîne dans une vague d’émotions.

Des reprises volume 2

L’instinct, la retenue et le minimalisme caractérisent l’ensemble de l’univers musical de cette chanteuse et guitariste qui vient tout juste de sortir un album de reprises volume 2. On y retrouve des chansons, entre autres, des BB, d’Isabelle Boulay, de Céline Dion, de Gabrielle Destroismaisons et de Marie-Denise Pelletier, dont Tous les cris les SOS. Même si les pièces ne sont pas signées Safia Nolin, on reconnaît bien son folk triste et sombre. Elle les réinterprète à sa façon.

«J’enlève tout ce qui a d’arrangements. C’est juste guitare et voix et je vois après ça ce qui ressort. Vraiment, c’est important pour moi d’aller dans le minimalisme. Je suis quelqu’un qui aime ça en général dans toutes les sortes d’art, alors ma musique sort comme ça tout le temps. C’est juste mon instinct qui m’amène là.»

Elle a choisi des chansons qu’elle aime depuis longtemps et qu’elle avait envie de revisiter.

«Ce sont des artistes le fun pour moi et que je fais surtout pour moi.»

En spectacle, elle intègre quelques réinterprétations aux pièces de son album Dans le noir paru en 2018. Un disque sombre et d’une belle profondeur qui s’écoute bien par une journée pluvieuse. D’ailleurs, au moment de l’entrevue, la pluie tombe sur Moncton. Safia Nolin admet que les situations tristes l’inspirent profondément.

«Ce sont des expériences de vie, des trucs tristes, des déceptions, des échecs (…). C’est un album qui est venu de façon naturelle. J’ai essayé de me tasser de toute la pression du premier album et j’ai pris ce qui est venu. Ce qui est venu, c’est l’album qui a là. C’est un album dark qui ne s’écoute pas de façon légère. C’est ça que je voulais, ça fait que je suis contente.»

Rassurez-vous, sur scène, l’artiste exploite une autre facette de sa personnalité, plus légère et spontanée. Pour son spectacle à Moncton, elle sera accompagnée d’un guitariste. La dernière fois qu’elle est venue à Moncton, c’était au Festival Acadie Rock où elle a partagé la scène avec Caroline Savoie.

«J’avais full aimé la vibe. J’ai plein d’amis qui viennent de Moncton et qui restent dans ce coin-là, comme Lisa LeBlanc et les Hay Babies», ajoute celle qui rappelle que le milieu de la musique est petit.

Après cette tournée qui se terminera probablement en janvier, Safia Nolin envisage de prendre une pause pour se consacrer à l’écriture d’un troisième album.

«Ça fait longtemps que je n’ai pas composé parce que je travaille sur d’autres affaires. Mon cerveau ne marche pas à deux places en même temps. Il y a la phase où j’écris et la phase où je suis en show et en train de faire des entrevues.»

L’auteure-compositrice-interprète présente son spectacle à la Salle Empress du Théâtre Capitol à Moncton, le 3 octobre, à 19h30.