Prix France-Acadie 2019: Carolle Arsenault couronnée

L’auteure Carolle Arsenault reçoit le Prix France-Acadie pour son premier roman Un protestant dans le salon. Le jury a souligné la rigueur et l’honnêteté de la romancière acadienne.

«Je suis dans tous mes états, j’en tremble… Wow!», a déclaré Carolle Arsenault en apprenant la nouvelle.

Elle a remporté le Prix France-Acadie 2019 dans la section création littéraire. Le roman de Mme Arsenault a été le grand favori du jury parmi les trois finalistes. La maison du vieux Tom de Lise Tapp (les éditions La Grande Marée), Annabelle de Suzan Payne (Les Éditions Perce-Neige) étaient les deux autres œuvres en lice pour ce prix.

Au moment de l’entrevue, la romancière était très surprise puisque les responsables du prix ne l’avaient pas encore contactée pour lui annoncer la nouvelle.

L’enseignante d’histoire à la retraite qui demeure à Mundleville, le long de la rivière Richibucto, connaît bien l’importance de la lecture et ses impacts. Elle précise que les élèves qui rencontraient le plus de difficulté étaient souvent ceux qui éprouvaient des problèmes de lecture.

«J’ai enseigné pendant 30 ans dans les écoles francophones de la province. Je suis vraiment reconnaissante aux Éditions de la francophonie, aux Amitiés France-Acadie qui font la promotion de la littérature. Si ça peut donner un peu d’intérêt pour la lecture chez tout le monde et encourager les gens de notre coin du pays à écrire des choses, pour moi, c’est important et le prix, ça englobe tout ça.»

Carolle Arsenault raconte qu’elle rêvait d’écrire un roman depuis très longtemps. Ce n’est qu’à l’aube de sa retraite qu’elle s’est décidée.
«On dirait que j’ai hésité à le faire parce que je viens du bout de Richibucto et on a beaucoup d’anglicismes, on se fait beaucoup critiquer pour notre langue, alors je me disais tout le temps que j’allais le faire en anglais. Après avoir enseigné dans les écoles francophones pendant 30 ans, à promouvoir la culture acadienne, je ne pouvais pas écrire en anglais.»

Après avoir perdu ses parents, elle a eu envie de réaliser un projet pour honorer leur mémoire. Son roman à saveur historique est fortement inspiré des histoires racontées par ses parents. Le récit se déroule au début des années 1960, à Sainte-Marie-de-Kent et dans les environs. C’est à mi-chemin entre le roman policier et historique.

«J’ai pris leurs petites histoires et j’ai inventé des personnages et j’ai essayé d’intégrer des événements historiques du Nouveau-Brunswick. Comme toile de fond, j’utilise un petit peu les lépreux de Tracadie et la foire agricole de Sainte-Marie de Kent.»

Finement ciselé, ce premier roman de Carolle Arsenault plonge dans l’univers de Gabrielle et Juliette, deux soeurs au tempérament diamétralement opposé et dont la relation, quoique souvent empreinte de tendresse, est quelquefois tumultueuse. La cadette des deux, plus impulsive et aventurière que son aînée, tombe amoureuse de Samuel Tait, un anglophone de confession protestante.

Dans la très catholique Acadie des années 1960, cet amour soulève à la fois exaspération et curiosité dans le clan familial. À une époque où les protestants représentent encore le Mal incarné, l’arrivée de Samuel Tait et la volonté entêtée de Juliette de faire sa vie avec lui forcera leur entourage à s’accommoder de ce nouveau membre.

L’auteure souligne qu’elle a toujours été fascinée par les gens ordinaires qui tout à coup vivent des événements incroyables et leur capacité à ne pas lâcher et à toujours espérer des jours meilleurs.

Au-delà de l’intrigue policière et judiciaire intéressante, cette œuvre dresse un portrait de la société acadienne du début des années 1960.

Selon le jury du prix, le grand mérite de l’auteure est de la «livrer telle quelle» avec une rigoureuse honnêteté.

L’auteure qui a maintenant la piqûre de l’écriture a déjà un autre projet de roman en chantier.

Le prix France-Acadie lui sera remis plus tard cet automne lors d’un séjour en France.