Le slam, pour changer le monde

Que ce soit pour revendiquer, faire vibrer leur culture, dénoncer des injustices ou encore pour changer le monde, des artistes-slameurs venus d’Afrique, d’Europe et du Canada débarquent à Moncton afin de partager leur passion avec le public de l’Acadie.

Dynamique Amion Saye qui participe au 3e Festival international de slam/poésie en Acadie estime que les artistes slameurs sont les porteurs des sans voix et des miroirs de la société.

«Faire du slam, ça évoque des sentiments et ça sert à partager nos émotions avec le public et surtout à passer des messages à travers notre art. Nous communiquons beaucoup sur des thématiques sociales dans notre pays, le quotidien, le vécu des gens, des témoignages sur l’amour et la paix», a-t-il déclaré quelques minutes avant de monter sur la scène du bar le Coude à Moncton.

Sa compatriote et championne nationale de slam, Mariam Koita, considère que cette forme d’expression peut contribuer à changer les mentalités.
Une douzaine d’artistes slameurs du Mali, du Sénégal, de la Belgique, de Winnipeg, de Montréal, du Burkina Faso, de la France, des Premières Nations et de l’Acadie ont donné le coup d’envoi au Festival international de slam/poésie en Acadie sous le thème Vivre ensemble.

Plusieurs dizaines de personnes ainsi que des personnalités du monde culturel et politique ont assisté à cette série de prestations au bar Le Coude de l’Université de Moncton. Cette année, le Festival accueille plus d’une vingtaine d’artistes, plusieurs de l’international avec une importante délégation de l’Europe et de l’Afrique, dont trois artistes slameurs du Mali. Le trio a livré un puissant slam sur le thème de la paix.

L’artiste et président du Centre culturel Agoratoire à Bamako, Aziz Siten’k, précise que le slam est bien implanté dans son pays. Cette forme d’expression artistique permet à la jeunesse d’avoir une voix, surtout face à la crise sociale qui sévit dans le pays.

«On a beaucoup de jeunes à travers le Mali qui pratiquent le slam chaque année, on a des champions nationaux de slam et aujourd’hui le slam est l’un des arts très pratiqués. On fait le slam beaucoup pour pouvoir donner une liberté d’expression à la jeunesse. Je pense que la jeunesse a besoin de quelque chose qui puisse vraiment l’épanouir», a exprimé Aziz Siten’k.

Celui-ci raconte qu’au Mali, il y a des jeunes qui ont des difficultés à parler des problèmes qui minent le pays. Le slam leur a donc permis de s’exprimer.

«Ça permet aussi de critiquer un peu les autorités par rapport à des problèmes. Nous on pense que le slam est un art de revendication qui permet de susciter des réflexions pour trouver des solutions aux problèmes sociaux.»

Une arme moderne

Réal Junior Leblanc qui en est à sa deuxième participation à l’événement a fait ses débuts en slam au festival en Acadie.

«À force de côtoyer des slameurs, cette année, j’essaie le slam», a affirmé le cinéaste et poète de la communauté Uashat- Maliotenam à Sept-Îles dans le nord du Québec.

«Le slam, c’est comme une chanson, on peut mettre des émotions plus que dans la poésie qu’on lit. Je suis tombé en amour avec ça. Ça permet de voyager et de se faire beaucoup d’amis.»

Son but est de faire connaître son peuple. Il se plaît à dire qu’il a troqué son arc et ses flèches contre un crayon et un livre comme moyen de promouvoir sa culture.

«J’utilise l’art comme une arme moderne pour faire connaître ma culture parce que j’en suis très fier.»

Quelques minutes avant d’offrir son premier slam, l’artiste a admis être un peu stressé surtout après avoir vu passer les champions africains.

«À soir, c’est une première et on fonce!», a lancé ‘‘l’étoile nordique’’ qui a rappelé à la fin de son texte que la culture innue est inoubliable.

S’il a choisi principalement le français pour s’exprimer dans sa poésie et faire revivre sa culture, c’est pour atteindre un plus large public.

Lors de l’ouverture du festival, certains artistes ont livré des slams plus profonds, comme Christianne Dunia qui a offert un texte percutant sur la condition de la femme tandis que d’autres ont été plus ludiques et rythmés, tels que l’artiste montréalais Ivy qui s’est amusé avec la langue québécoise.

Pendant cinq jours, les slameurs présenteront plusieurs prestations dans divers lieux de la ville et animeront des ateliers. Ils seront dans les autobus, les cafés, les bars et se rendront jusqu’à Shediac afin de participer à une joute de scrabble et de slam. Un grand spectacle se tiendra le vendredi 4 octobre au bar Le 63 à l’Université de Moncton.