Moncton monte à bord du slam-bus

Au petit matin ce mardi, vers 7h30, les passagers des lignes 61 et 95 ont vu leur routine bousculée par des récitals des plus originaux. Le Festival international de slam/poésie en Acadie bat son plein et c’est en pleine heure de pointe que les slameurs ont trouvé refuge pour pratiquer leur art.

Les passagers, dont la plupart semblaient se rendre au boulot ou à l’école, ont eu toute une surprise en montant dans l’autobus, lundi et mardi matin.

Monica Bolduc, poète acadienne, qui habite maintenant Montréal, a performé avec émotion plusieurs textes de son recueil de poésie intitulé Dead End.

Les gens, intimidés ou intrigués, ont été témoins de la performance livrée sans filtre dans le plus cru des langages. Les mots se sont enchaînés pour former une ribambelle de versets poignants.

Certains des passagers avaient le regard qui pointait vers le bas. Les phrases scandées par la poète se sont vite mélangées au vrombissement du moteur de l’autobus, au son des cloches ainsi qu’au bruit des multiples arrêts.

La poète raconte qu’il s’agit de sa première expérience de slam-bus. Elle explique ne pas avoir été cent pour cent à l’aise devant ce type de public à bord des autobus Codiac Transpo qui ne s’attendait probablement pas à entendre une performance poétique ou de slam.

«Habituellement, les gens qui vont dans les soirées de poésie, ils savent dans quoi ils s’embarquent, ils vont là pour voir de la poésie».

Elle confie avoir apprécié le concept, malgré son aspect angoissant. Elle a hésité longuement avant de confirmer à savoir si elle refera un slam-bus à l’avenir.

«Peut-être pas à 7h30 le matin, peut-être plus en après-midi. J’ai l’impression que les gens sont plus dans leur bulle le matin.»

Marie-Thérèse Landry, directrice générale du Conseil provincial des sociétés culturelles et organisatrice du Festival international de slam/poésie en Acadie croit que cet exercice vient dérider le quotidien tranquille des passagers.

« Les gens qui fréquentent les bus sont un auditoire idéal, car ils sont dans un lieu captif », lance-t-elle.

L’ambiance monotone habituelle des autobus décrite par Mme Landry est vivement chamboulée par la présence d’un slameur. Une façon de démocratiser la culture d’ici et d’ailleurs, selon elle.

En outre, l’expression «sortir de sa zone de confort» est tout à fait à propos pour qualifier le slam-bus, selon Mme Bolduc. Elle se dit tout de même heureuse d’être montée à bord de ce véritable terrain d’apprentissage.

«What if, les gens parlent juste anglais et voient une femme debout en avant en train de crier des choses et ils ne comprennent rien. Alors oui, c’est vraiment sortir de sa zone de confort», indique la poète.

L’exclusivité de la langue française du festival est notamment le principal commentaire négatif qui se retrouve sur les pages des réseaux sociaux du festival. Marie-Thérèse Landry déplore les mauvaises langues.

«C’est dommage, mais on est là d’abord pour la population francophone. Peut-être qu’on sera inclusif s’il y a des slameurs anglophones qui se manifestent, on les acceptera.»

Mme Landry ajoute que ce phénomène ne s’est pas encore produit.