Prix littéraires du Gouverneur général: Antonine Maillet et Édith Bourget finalistes

Antonine Maillet et Édith Bourget sont en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2019. Cette reconnaissance qui couronne le meilleur de la littérature dans l’ensemble du pays touche profondément les deux auteures de l’Acadie.

Les finalistes dans les différentes catégories des Prix littéraires du Gouverneur général ont été annoncés mercredi. L’essai Clin d’oeil au Temps qui passe (Leméac) d’Antonine Maillet et le roman jeunesse Où est ma maison? (les éditions du soleil de minuit) d’Édith Bourget figurent sur cette liste prestigieuse de 35 ouvrages de langue française, répartis dans sept catégories.

Édith Bourget se retrouve dans la section de la littérature jeunesse – texte, tandis que l’ouvrage d’Antonine Maillet est nommé dans la catégorie essais.

Jointe à Montréal, l’écrivaine de Bouctouche venait tout juste d’apprendre la nouvelle par son éditeur.

«Je l’avais eu une fois et ça fait très longtemps. C’était pour Don l’Original en 1972. C’était au tout début de ma profession d’écrivain et puis voilà que maintenant, c’est à la toute fin, alors, ça me fait vraiment plaisir. Ensuite, c’est un prix qui est très respectable», a exprimé la grande dame de la littérature avec une voix rayonnante.

Celle qui a reçu une montagne de récompenses pour ses oeuvres, dont le prestigieux Goncourt, est particulièrement touchée d’être parmi les finalistes du prix du Gouverneur général.

«Ce prix-ci, c’est pour toute la francophonie canadienne d’un océan à l’autre, alors ça glorifie l’Acadie aussi.»

Clin d’oeil au Temps qui passe a quelque chose d’autobiographique puisqu’il rassemble une collection de récits intimes qui refont en quelque sorte le parcours de sa vie. Antonine Maillet raconte ses bons et ses moins bons souvenirs. Son essai est paru le 10 mai, pour ses 90 ans.

«C’est le livre qui m’a le plus pris émotionnellement. C’était quand même un ouvrage qui résumait ma vie. On dirait qu’il y en a pour tout le monde dans ce livre-là. La preuve c’est que chacun qui me parle du livre me cite un texte et ce n’est jamais le même, ça veut dire que je parle à beaucoup de monde. C’est ça qui m’a fait plaisir.»

Celle qui n’entend pas dire adieu à l’écriture confie que plus elle écrit, plus c’est difficile. «C’est parce qu’on est plus exigeant et on ne veut pas se répéter.»

Un élan de joie

En apprenant la nouvelle très tôt mercredi matin, Édith Bourget a sauté de joie.

«C’est sûr qu’on saute de joie parce que c’est le seul prix littéraire qui est vraiment jugé par des pairs. En littérature jeunesse, il y a beaucoup de prix qui sont accordés par des enseignants, des librairies et des lecteurs», a affirmé celle qui a le sentiment de flotter sur un nuage.

L’auteure du Madawaska qui a déjà été finaliste pour le Prix littéraire du Gouverneur général avec ses livres de poésie Autour de Gabrielle et Les saisons d’Henri, considère que même si cette distinction ne se reflète pas nécessairement dans les ventes, elle apporte une belle reconnaissance.

«Je ne deviendrai pas riche avec ça, sauf que personnellement comme créateur, je me dis que mon travail est reconnu», a confié l’auteure qui signe avec ce roman son 31e livre depuis 2003.

Ce roman choral qui traite d’immigration et d’intégration met en scène trois jeunes de 16 ans qui vivent des moments décisifs de leur vie. Né à Montréal de parents haïtiens, Vilmont rêve de découvrir son pays d’origine. Juan, un Colombien adopté avec sa sœur par une mère québécoise revit son arrivée au Québec quand Odélie, une fillette haïtienne s’ajoute à la famille. Moonif, un réfugié syrien qui a vu son ami exploser devant lui, n’arrive pas à oublier les horreurs de la guerre et il éprouve des difficultés à s’adapter à son nouveau pays.

«Ce sont trois histoires profondes qui parlent de la relation qu’on a avec un lieu qu’on a adopté. Le dernier chapitre vient lier le tout.»

L’idée du livre est née en 2015 au moment où le Canada a voulu accueillir 25 000 réfugiés syriens. Afin de contrer certains commentaires négatifs, la comédienne Danielle Létourneau a invité les Canadiens à tricoter des tuques pour tenir au chaud les réfugiés. Édith Bourget en a tricoté trois.

«C’est vraiment une réflexion sur l’immigration et comme créateur, une réflexion sur une structure différente pour raconter une histoire sans que ce soit d’une manière linéaire pour que les gens aient le temps de se poser pour chacun des personnages et comprendre leur histoire et après le lien qu’il peut y avoir entre ces gens-là», a ajouté l’artiste qui s’apprête à parcourir les salons du livre d’automne, dont celui de Shippagan et de Dieppe.

Les lauréats des prix littéraires du Gouverneur général seront annoncés le 29 octobre. Dans la catégorie de la littérature jeunesse – texte, on retrouve aussi des œuvres de Jean-François Sénéchal, Lucie Bergeron, Dominique Demers et Pierre Labrie. Des ouvrages de Sarah Brunet Dragon, de Patrick Moreau, de Daniel Canty et d’Anne-Marie Voisard sont également en lice pour le prix du meilleur essai.