La comédienne Florence Brunet a le jeu dans le sang

Qu’ont en commun les spectacles Overlap, Winslow, Les limites du bruit possible, Dîner pour deux, Tsunami et le projet d’arts circassiens «T»? Florence Brunet. Généreuse, perfectionniste et bourrée de talents, elle figure parmi les actrices acadiennes les plus en vogue actuellement.

L’Acadie Nouvelle a rencontré la comédienne de 25 ans entre deux répétitions du spectacle Tsunami, au théâtre l’Escaouette, à 24 heures de la première. Celle qui a grandi dans la région très anglophone de Hunter River, au beau milieu de l’Île-du-Prince-Édouard, a toujours réussi à fréquenter l’école française. À 17 ans, elle est arrivée à l’Université de Moncton pour étudier en art dramatique. Deux ans plus tard, elle obtenait son premier contrat avec les Productions l’Entrepôt et le Pays de la Sagouine dans la production Peigne…Navigueux pour une tournée qui a dépassé les 80 représentations. Le professeur, comédien et producteur André Roy a remarqué le talent de la jeune comédienne dès ses études. Il lui a enseigné l’improvisation.

«C’est un talent rare. C’est vraiment quelqu’un qui travaille fort qui a beaucoup de palettes à son jeu, ça fait qu’elle est capable d’aller dans différents styles. Elle peut jouer la femme forte, une femme séduisante, drôle et dans les différents genres. Florence Brunet a été pour moi un coup de foudre professionnel», a déclaré André Roy.

Il n’est pas surpris de son succès et il s’en réjouit. Il compte bien d’ailleurs assister à la première de Tsunami jeudi soir.

«Il y a des raisons pourquoi les metteurs en scène, les producteurs et les comédiens travaillent avec elle, c’est parce qu’elle est très généreuse sur scène. J’aime me vanter un peu pour dire qu’on a pu flairer ça rapidement et qu’on l’a guidé vers ce cheminement.»

Les projets se multiplient

Depuis son premier contrat, il y a environ cinq ans, les projets en théâtre se sont enfilés les uns après les autres. Elle n’a donc jamais pu compléter son baccalauréat en art dramatique. Juste dans la dernière année, elle a joué dans au moins quatre pièces différentes.

Au fil des années, Florence Brunet a tissé des liens avec la collectivité artistique de sa ville d’adoption et n’a pas hésité à se lancer dans des projets qui parfois étaient un peu moins payants. Elle voulait avant tout travailler et créer de l’art à Moncton. Elle a réalisé, entre autres, des courts métrages dans le cadre du Festival international du cinéma francophone en Acadie.

Dans tout ce qu’elle entreprend, la comédienne confie qu’elle priorise les contacts humains et ce que les œuvres cherchent à communiquer. Les créations qui ont un lien avec la communauté et son environnement la touchent particulièrement. Cette année, elle a découvert le plaisir de la création collective, notamment avec Overlap de Céleste Godin et Les limites du bruit possible de Satellite Théâtre.

«J’avais peu fait de création avant puis je trouve ça absolument merveilleux parce qu’il y a une liberté par rapport à la création. J’ai découvert ça avec Satellite Théâtre où j’ai trouvé un plaisir à vouloir inventer (…). Maintenant, je réfléchis de plus en plus à ce que j’ai envie de dire, à ce qui est important pour moi et qu’est-ce que j’ai envie d’être en tant qu’actrice et créatrice.»

Chaque projet est exigeant à sa façon, estime Florence Brunet qui tente de puiser dans ses expériences vécues pour incarner ses personnages.

«Pour moi, être une bonne actrice, il faut que j’analyse mes propres émotions et mon propre vécu. Des fois, ça m’oblige à faire la paix avec des choses et ça me fait grandir en tant que personne.»

Dans le cas du personnage d’Élodie dans Tsunami, le grand défi a été le rythme de la pièce qui est très fragmenté, note-t-elle.

«Dans une heure, il y a plein de choses qui arrivent. Ç’a été un gros travail de rythme de passer d’une émotion à complètement une autre émotion d’une scène à l’autre.»

Ayant un débit vocal naturellement rapide, la comédienne a eu à composer avec le défi du texte et de la parole dans Tsunami.

«J’ai une facilité pour ce qui est physique, mais j’ai moins travaillé les mots surtout dans la dernière année. Je suis quelqu’un qui parle vite et ce n’est pas que je n’aime pas les mots, mais il ne faut pas que j’oublie de bien les peser quand je parle et de bien imager les choses quand je les communique verbalement. C’est un défi qui sera toujours avec moi.»

La marionnette

Aussi marionnettiste, on a pu voir son talent, entre autres, dans les pièces de Nounours au pays de la Sagouine et dans Winslow d’Herménégilde Chiasson où ses performances d’Évangéline et de Melquior de Polignac ont été remarquées. Elle confie avoir développé un peu une relation d’amour-haine avec la marionnette quand elle a commencé avec le personnage de Nounours.

«Nounours était une grosse marionnette et nous n’avions pas les moyens d’avoir plus qu’un comédien pour la manipuler. Il a fallu se casser la tête et trouver des manières de la faire bouger pour la rendre crédible. Ç’a été du gros travail. Au début, je ne me trouvais pas bonne. Mais quand je ne suis pas capable de le faire, je vais pousser jusqu’à ce que je l’aie.»

D’où vient le goût de jouer?

Le jeu est présent dans la vie de tout le monde dès l’enfance, fait remarquer la comédienne. C’est juste que c’est souvent quelque chose que les gens perdent en vieillissant.

«C’est quelque chose que j’ai toujours voulu nourrir. Mes parents ont toujours mis de l’importance d’avoir ce coeur d’enfant et de garder une imagination ouverte», a raconté l’artiste qui a grandi auprès d’une mère et d’un père créatifs dans leur travail.

«Mes parents sont des rêveurs avec les deux pieds bien ancrés dans la terre. Ils n’ont jamais arrêté de rêver et ils ont transmis ça à leurs enfants.»

Florence Brunet souhaite continuer de développer les arts et la culture en Acadie, tout en abordant des réalités de la région comme l’immigration.

La comédienne de 25 ans sera sur scène dans la pièce Tsunami à Moncton, jeudi et vendredi, pour ensuite partir pour une tournée dans les écoles de la province.

Elle joue également dans le spectacle de rue «T» au Festival Moisson d’art à Tracadie en fin de semaine.