Salon du livre de Dieppe: Tristan Demers explore les arts visuels avec humour

À 10 ans, Tristan Demers créait le personnage de Gargouille… Trois ans plus tard, il avait son premier stand au Salon du livre de Montréal. Illustrateur, auteur et animateur au parcours atypique, le bédéiste québécois n’a pas attendu d’être grand pour réaliser ses projets.

Le Salon du livre de Dieppe qui a ouvert ses portes jeudi accueille 38 auteurs. Parmi eux, on retrouve Tristan Demers avec ses nombreuses collections de bande dessinée qui offre des ateliers de dessin et un nouveau spectacle qui allie humour, théâtre, projection vidéo et dessins.

Le bédéiste qui a développé une relation privilégiée avec les jeunes Acadiens est un visiteur assidu du Nouveau-Brunswick depuis le début des années 1990. Il apprécie l’accueil et l’humour des Acadiens avec qui il ressent une connexion profonde. L’artiste de 47 ans a visité plus de 1000 écoles en 35 ans.

Le personnage bien connu de Gargouille est né en mars 1983, sur le coin d’une table. Ayant déjà le sens d’entrepreneuriat, il a inventé ce personnage dans le but d’être le levier d’une bande dessinée à laquelle les jeunes pourraient s’abonner. Il a démarré rapidement son système d’abonnement. Au début, la revue était photocopiée et brochée.

«Je me suis tout de suite inscrit dans des petits événements et à 13 ans, j’avais les 450$ nécessaires pour avoir une table au Salon du livre de Montréal», a-t-il raconté.

À 14 ans, il est devenu chroniqueur à la télévision et deux ans plus tard, il a intégré le Club des 100 Watts. Il conjuguait donc le dessin, la tournée en milieu scolaire, les salons du livre et le petit écran. À 15 ans, il avait déjà sa propre entreprise de création, 2200 abonnés à sa revue, deux employés et un bureau.

«Dans ma tête, si je voulais gagner ma vie en faisant de la BD, je ne pouvais pas attendre. C’est un peu comme certains jeunes comédiens qui commencent tôt et qui le font encore. C’est comme si le métier était venu me chercher. Je ne comprenais pas l’intérêt d’attendre d’être un grand pour faire ce que je pouvais faire maintenant en étant persuadé que j’allais faire ça toute ma vie.»

En plus d’avoir développé plusieurs collections de bandes dessinées, dont les Minimaniacs, il anime deux émissions de télévision, en plus d’avoir créé un spectacle immersif. À mi-chemin entre le stand-up, le théâtre et la prestation artistique, sur scène, il est entouré de chevalets, de projections vidéos et de musique. Il interagit avec ses propres personnages de BD.

«Dans mon spectacle, on rigole, on part à la recherche d’une créature qui s’est échappée de chez ma grand-mère. Pour attirer la créature qui est croqueuse de bande dessinée, de formes géométriques et de dessins, on doit dessiner. Ça devient un gros prétexte pour qu’on dessine ensemble et qu’on s’amuse à explorer les arts visuels avec humour.»

Les enfants sont invités à monter sur scène pour participer au récit. Juste cette année, il visite 14 salons du livre dans trois pays, visite 70 écoles et offre une centaine de représentations de son spectacle où le dessin est à l’honneur. Celui qui publie sept livres par année réalise tous ses dessins au crayon et il va chercher de l’aide de coloristes, d’encreurs et de graphistes pour finaliser l’ensemble du travail. Le 17e album des aventures de Gargouille vient tout juste paraître.

Composer avec l’imprévu

À première vue, ses ateliers de dessin en milieu scolaire pourraient ressembler à d’autres ateliers du même genre. Or Tristan Demers s’est donné comme mission d’encourager les enfants à composer avec l’imprévu en utilisant leur imagination. Le dessin devient presque un prétexte.

«Je trouve que les enfants sont dans une drôle d’époque où ils sont toujours pris en charge que ce soit à l’école, au service de garde, on est toujours dans l’activité préparée. Je trouve qu’ils sont plus démunis que la génération d’avant quand vient le temps d’inventer parce qu’ils attendent le cadre. Souvent, on a de la difficulté avec le principe de l’ennui et de la page blanche. Or la page blanche ce n’est pas un problème, c’est le moment où tout devient possible. Même chose pour l’ennui, c’est là que son cerveau commence à travailler pour s’inventer un univers à partir de pas grand-chose.»

Il rappelle que le pouvoir créatif est un outil dont on a besoin plus tard comme adulte, permettant de voir plus facilement les options qui se présentent quand on doit trouver une solution ou qu’on est devant une impasse.

«Je ne dis pas que tout se règle en imaginant des choses, mais quelqu’un qui a un imaginaire fertile et un sens créatif, peu importe ce qui se passe dans sa vie, tombe en mode solution parce qu’il voit plus facilement les possibilités de transformation de la situation autour de lui.»

Dans ses ateliers, les effaces sont proscrites afin d’encourager les enfants à composer avec l’imprévu et à avoir la souplesse nécessaire pour transformer les situations.

«Au lieu d’effacer, il faut se dire comment je peux m’adapter à la situation pour y trouver ma zone de plaisir même si c’est anxiogène sur le coup. Nous sommes beaucoup dans un monde d’instantanéité où il y a un résultat immédiat, mais quand on travaille un dessin, ce n’est pas immédiat. C’est comme une fleur, si tu veux qu’elle pousse plus vite tu ne peux pas tirer dessus. Être bon en dessin, en sport, au piano, en danse, peu importe, c’est avec le temps.»

En plus des ateliers qu’il donne dans les écoles et au Salon du livre, le bédéiste offre son spectacle On dessine avec Tristan Demers au Centre des arts et de la culture de Dieppe, ce samedi à 14h.

Le salon prend son envol

Plus de 1000 élèves visiteront le Salon du livre de Dieppe, jeudi et vendredi. Les organisateurs profitent du 29e salon pour célébrer le 10e anniversaire du programme Lire et Faire Lire Acadie qui s’étend maintenant à l’ensemble des régions francophones de la province.

Parmi les auteurs invités, figurent Antonine Maillet et Édith Bourget, toutes deux en lice pour un Prix littéraire du gouverneur général. Les auteurs invités participent à des lancements, des ateliers d’écriture, des tables rondes, des entretiens et des séances de signature.

Une soirée slam/poésie mettant en vedette Émilie Turmel et Michel Pleau est présentée vendredi à 20h au Centre culturel Aberdeen à Moncton.

Le Salon qui rassemble 49 exposants au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick à Dieppe se déroule jusqu’à dimanche.