Le roman historique vu par Jean Mohsen Fahmy

Au détour d’une rencontre, d’une conversation ou encore d’une route de campagne dans le Poitou qui l’a mené jusqu’en Acadie, le romancier historique Jean Mohsen Fahmy ne se lance dans l’écriture que s’il se sent interpellé par un personnage, une période, une culture ou encore un moment charnière de l’histoire.

«Écrire un roman historique, si on veut être fidèle à l’histoire et respectueux du lecteur, ça demande énormément de travail, et par conséquent je ne le fais que quand je suis interpellé émotivement par une personne, une période, une culture, un moment de l’histoire. La plupart de ces moments sont des tournants dans l’histoire de l’humanité d’où mes choix pour certaines périodes», a raconté l’écrivain au cours d’un entretien animé par Marie-Thérèse Landry au Salon du livre de Dieppe, vendredi.

Franco-Ontarien d’origine égyptienne, Jean Mohsen Fahmy est l’auteur de livres jeunesse, de quelques essais et de dix romans, dont Les chemins de la liberté en deux tomes qui a été couronné du prix France-Acadie en 2014. Son plus récent roman La sultane dévoilée (Éditions David) est paru en 2019. Cette œuvre, qui se déroule en Égypte et en Syrie au 13e siècle, raconte l’histoire d’une esclave qui a réussi à grimper les échelons pour parvenir à être sultane.

«Elle a réussi cela grâce à une combinaison inouïe de talent, de charme, de charisme, d’intelligence, de résilience et de subtilité. C’était en femme étonnante au destin étonnant dans une période étonnante», a commenté l’auteur.

En général, il n’écrit pas seulement sur une époque. Ses romans se déroulent à différentes périodes, allant du 4e siècle après J.-C. jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ses histoires se situent au Canada, en France et au Moyen-Orient.

«Je me lance dans l’écriture d’un roman que quand quelque chose me passionne. Cette passion peut être une période ou un personnage central qui m’a attiré pas seulement sur le plan intellectuel, mais aussi sur le plan émotif.»

Celui qui a été journaliste, professeur, fonctionnaire et consultant a publié son premier livre de fiction au début des années 1980. C’était un ouvrage jeunesse. Il s’est intéressé à la fiction un peu grâce à ses enfants qui suivaient ses histoires avec beaucoup d’attention. Puis, il s’est dit pourquoi ne pas essayer d’écrire aussi pour les adultes. Ce passionné d’histoire aime explorer les émotions humaines. Dans ses récits, il y a toujours des histoires d’amour parce que sinon ce n’est pas intéressant, soulève l’auteur.

«Je crois que l’étude des moments difficiles où l’histoire est en crise permet à l’être humain de découvrir la plénitude de sa force, de sa résilience et de son courage et arrive à surmonter ces difficultés même s’il ne sait pas qu’il a ce courage en lui.»

La résilience est au coeur de ses ouvrages. Dans Les chemins de la liberté, il raconte l’histoire de deux adolescents acadiens établis en France qui veulent retrouver le paradis terrestre en Acadie décrit par leurs grands-parents. Ils quittent leur village pour traverser à nouveau l’Atlantique.

«J’ai créé toute une aventure autour de ces deux adolescents qui voulaient retourner chez eux. En même temps, cette aventure obéit à quelque chose qui m’est très cher dans mes romans, c’est le besoin de dépasser l’anecdotique, le local pour atteindre l’universel. L’aventure des Acadiens au 18e siècle, c’était une aventure locale pour eux, mais à partir de ce moment-là on peut envisager ce qui nous habite dans nos coeurs, la recherche de quelque chose de plus beau qui nous dépasse.»

Sur un chemin de campagne

Cet ouvrage qui traite de l’Acadie a pris naissance au Poitou en France. Celui qui était déjà sensible à l’histoire acadienne se baladait en voiture avec son épouse sur de petits chemins de campagne. Tout à coup, il a vu une enseigne disant: vous entrez dans la ligne acadienne.

«J’ai failli faire un accident tellement j’étais surpris. Quand je suis revenu au pays, j’ai fait de recherches. J’ai découvert que des Acadiens qui avaient été déportés en Angleterre avaient traversé la Manche pour s’installer en France, dont le Poitou où ils avaient défriché les forêts d’un duc français. Ils ont créé six villages acadiens. Cette découverte m’a allumé.»

Jean Mohsen Fahmy qui a collaboré au projet de roman à 24 auteurs, Sur les traces de Champlain, un voyage extraordinaire en 24 tableaux, affiche fièrement sa culture franco-ontarienne. Un jour alors qu’il était interviewé par un journaliste, il lui a répondu: «Je suis franco-ontarien, mais je ne suis pas franco-ontarien pure laine, je suis franco-ontarien poil de chameau», lance-t-il avec le sourire.

L’auteur qui est invité au Salon du livre de Dieppe participe à quelques activités, dont une table ronde sur le roman historique.