Comment surmonter le stress avant une prestation publique?

S’enraciner, être dans le moment présent, respirer, bien se préparer…Voilà autant d’approches suggérées par des professeurs et artistes pour surmonter le stress. Ceux-ci rappellent que les arts de la scène doivent d’abord être une source de plaisir.

Le clarinettiste et professeur au département de musique de l’Université de Moncton, Jean-Guy Boisvert, a donné récemment une conférence sur le stress chez les musiciens. À plusieurs reprises, celui-ci a rappelé l’importance de retrouver le plaisir de jouer.

«On devrait être toujours dans le plaisir quand on joue. C’est plus agréable être dans le plaisir que dans le stress», a-t-il soulevé.

Le clarinettiste s’est intéressé à la notion du stress parce qu’il a lui-même vécu des situations désagréables dans sa carrière occasionnant des problèmes avec ses doigts et de la difficulté à jouer comme il aurait souhaité en arrivant sur scène.

«Je me suis souvent fait dire: détends-toi, mais ça ne marche pas. C’est l’esprit qui doit être détendu et non le corps.»

D’après ses recherches, le corps, notamment le dos et les épaules, doit être tonique pour libérer les extrémités et toute l’énergie nécessaire à la performance.

«Le stress, c’est l’énergie nécessaire à mener un combat», a-t-il rappelé. Un concert, ça se prépare, mentionne le professeur.

«Quand on arrive sur scène, les pieds doivent être ancrés au sol, le corps tonique et présent et l’esprit détendu et concentré. Quand on est sur scène, ce que pense le public ce n’est pas important parce qu’on n’y peut rien», a poursuivi Jean-Guy Boisvert.

Il a fourni plusieurs trucs pour développer son équilibre. Il recommande aux artistes de bouger pour se débarrasser de l’anxiété.

«Ça ne sert à rien de lutter contre le stress, il faut trouver autre chose comme une activité physique, se concentrer sur le mouvement des doigts et s’approprier le spectacle parce qu’idéalement c’est sur scène qu’on devrait être le meilleur plutôt que dans notre chambre tout seul.»

Ici et maintenant

La professeure et artiste en danse, Chantal Cadieux, a constaté dans sa pratique que le trac peut devenir handicapant pour certains artistes de scène qui vont jusqu’à abandonner leur carrière. Or, cela arrive rarement dans le domaine de la danse. De par la nature de leur art, les danseurs ont développé des habiletés corporelles qui les aident à contrôler le stress.

«J’ai rarement rencontré des danseurs qui ne surmontent pas leur trac comparativement à des jeunes en théâtre que je côtoie beaucoup. Ils ont beaucoup de problèmes de gestion de stress.»

Chantal Cadieux enseigne surtout à des étudiants en art dramatique et en musique.

«Souvent après la première année de formation en théâtre, ceux qui ne continuent pas c’est qu’ils réalisent qu’ils ne sont pas capables de gérer le stress.»

Dans ses cours de mouvement à l’Université de Moncton, elle exige de ses étudiants d’être dans la pratique du ici et maintenant.

En entrant dans la classe, ils doivent laisser aller tout ce qui s’est passé avant. Ses techniques consistent à avoir les pieds enracinés dans le sol, à se concentrer sur leur structure osseuse et être dans le moment présent.

«Quand une personne a le trac, c’est parce qu’elle anticipe ce qui va venir. Il faut apprendre à se focaliser sur le ici et le maintenant et ne pas faire de projection dans le futur. Il y a des gens qui ont vraiment de la difficulté à arrêter leur cerveau qui anticipe. En faisant de l’anticipation, il se crée un stress et ils ont de la difficulté à gérer le malaise. Généralement quand on arrive dans le moment, puisqu’on a pratiqué, il y a une mémoire affective ou physique qui s’est installée et on est correct, mais si une personne n’est pas capable d’être dans le présent au moment où elle commence sa performance, elle est tout le temps décalée.»

Si le danseur est mieux équipé pour affronter la scène et le public, c’est qu’il a déjà une maîtrise du corps, de la respiration et du rythme cardiaque. De plus, rares sont les danseurs qui ont de mauvaises habitudes de vie, fait remarquer Chantal Cadieux.