Le Bingo imaginaire: une tonne d’amour et une bonne thérapie

Le Bingo imaginaire dure à peine neuf minutes. Ce n’est pas le film le plus long, on s’entend. Mais on y sent une tonne d’amour en condensé, un amour de jouer de la part de personnes qui, à première vue, ne sont pas faites pour la caméra. Ah, préjugés, quand tu nous tiens…

«On devrait faire un Bingo imaginaire 2!», lance en rigolant Jean-Charles. Il est l’une des «vedettes» de ce court métrage. Il joue le rôle d’un gentil qui vient sauver une partie de bingo bien spéciale…

«J’ai aimé du début jusqu’à la fin. Tout le monde a été bon», enchaîne-t-il en ne restant pas en place au centre L’Échange de Tracadie.

«Chris m’a assommé quatre fois avec la guitare!», poursuit-il en riant de bon coeur.

Assise près de l’écran où est projeté le film, Nancy est heureuse. Elle ne croyait jamais avoir la chance de participer à un tel projet.

«C’est gentil de la part de Chris d’avoir donné de son temps pour faire ce film. Je ne me voyais pas la face pendant le tournage. Quand j’ai vu les images, j’ai ri de moi-même. Je me suis surprise. On a travaillé en équipe et j’aime ça, travailler en équipe», souffle-t-elle en revoyant des séquences du court métrage.

Joël joue aussi un rôle important: celui d’un journaliste qui raconte cette histoire rocambolesque. Chapeau sur la tête, cure-dent dans la bouche, il tape sur une vieille machine à écrire, gracieuseté des religieuses.

«J’ai aimé ça, être un acteur. Nous sommes allés tourner chez les religieuses. Elles ont été très gentilles. Ça faisait bizarre de toucher à cette vieille machine à écrire», se souvient-il avec plaisir.

«De l’amour à pleines portes»

Ces trois personnes et plusieurs autres ont joué avec coeur ce scénario imaginé par le cinéaste Chris LeBlanc. Le produit final est très solide, au point où il a remporté le prix du public lors du festival Moisson d’Art, en octobre.

Ces trois personnes et plusieurs autres fréquentent le centre L’Échange de Tracadie, un service d’activités et d’entraide aux adultes autonomes affectés par la maladie mentale, qui célèbre cette année son 20e anniversaire.

«On distribue de l’amour à pleines portes ici», laisse aller la directrice générale Juliette Breau. Elle a raison. Les accolades se multiplient chaque fois qu’une personne franchit la porte de ce lieu chaleureux, aux allures de grand salon.

Le sentiment de fierté d’avoir accompli quelque chose de merveilleux flotte dans la pièce. Les bénéficiaires sont de bonne humeur. Participer à ce projet cinématographique leur a permis de les sortir de l’isolement, estime la DG.

«Ils se sont sentis valorisés et acceptés. Ils ont eu du plaisir et tout le tournage a été agréable. Ils ont eu le sentiment d’être importants, d’avoir leur place dans la société comme les autres. Ce qui me touche le plus dans ce film, c’est le sourire. Quand on a remporté le prix du public, c’est comme si on venait de briser les préjugés. Comme s’ils avaient été accueillis à bras ouverts par la communauté. Ça leur a apporté beaucoup, parce qu’ils se sont sentis utiles», a noté Mme Breau pendant le déroulement du projet, qui a pris près de six semaines et qui a été réalisé en collaboration avec la Société culturelle des Tracadilles.

«Une thérapie»

Chris LeBlanc cherchait à devenir intervenant dans une cause sociale. On lui a suggéré L’Échange. Rapidement, sa déformation professionnelle a pris le dessus.

«On a voulu joindre l’utile à l’agréable, confie-t-il. Il n’était pas question de faire un film sur leurs problèmes. On voulait qu’ils les laissent derrière eux. On a voulu s’éclater, se laisser aller dans l’imaginaire, dans le fantaisiste. On a pris le bingo comme idée de base du scénario, car c’est leur activité préférée.»

L’approche a été très facile. Il lui a suffi de parler de ce qu’il connaît le mieux.

«Le cinéma, c’est une thérapie. Peu importe les problèmes dans la vie, tout le monde aime le cinéma. Ce projet m’a aussi confirmé que je veux travailler avec les gens. Le cinéma est un outil aux vertus guérissantes. Au début, il y en avait qui ne parlait pas. D’autres qui étaient gênés. Ils se sont tellement épanouis devant la caméra que tout a été facile», admet-il.

Serait-il prêt à embarquer dans Le Bingo imaginaire 2, comme le demande Jean-Charles? À l’entendre parler, on sent qu’il ne serait pas dur à convaincre.

Le Bingo imaginaire fera son entrée officielle sur les réseaux sociaux à compter de jeudi soir, à 20h. Il sera publié sur la chaîne YouTube.