Le trac: une émotion qui peut causer beaucoup de mal

Se présenter sur une scène devant un public comme musicien, chanteur, danseur ou pour incarner une œuvre théâtrale constitue souvent une source d’angoisse. La plupart des artistes s’entendent pour dire que le trac est pratiquement un mal nécessaire, parfois même un stimulant, mais encore faut-il savoir le contrôler pour qu’ils ne deviennent pas une source de trop grand malaise.

En cette semaine de la FrancoFête en Acadie où les arts de la scène sont à l’honneur, l’Acadie Nouvelle est allée à la rencontre de quelques artistes afin de discuter du trac.

Certains voient le stress s’amenuiser avec l’expérience, tandis que d’autres n’arrivent jamais à s’en débarrasser. C’est le cas notamment du percussionniste et professeur Michel Deschênes qui confie vivre un stress de plus en plus grand malgré sa longue carrière musicale.

«Je ne sais pas si c’est le répertoire qui est de plus en plus compliqué, mais ça apporte un niveau de stress un peu plus élevé. Je ne suis pas le seul dans cette catégorie-là. J’ai beaucoup de mes collègues qui sont de plus en plus stressés avant un concert.»

Il confie qu’il peut lui arriver d’avoir des tremblements involontaires et ressentir une certaine nervosité.

Plus un musicien est expérimenté, plus il a habitué son public à un certain niveau de jeu, donc il ne veut pas les décevoir.

«Souvent avant le concert, je me dis pourquoi je me suis embarqué là-dedans, mais une fois que c’est commencé, le stress s’en va. À la fin de tout ça, je me demande souvent pourquoi je me stressais comme ça alors que ç’a très bien été. On dirait que ça prend ça. La journée où je n’aurai plus de stress, je pense qu’il y a quelque chose qui va aller mal.»

Au fil des années, il a développé quelques techniques pour l’aider à surmonter ce stress. La visualisation, la préparation et la méditation l’aident beaucoup à diminuer son niveau d’anxiété.

«Avant un concert, quand j’ai une pièce difficile, je vais essayer de me trouver un petit coin tranquille, une demi-heure avant le spectacle tout seul pour me concentrer sur ma respiration. La respiration aide vraiment à relaxer et à avoir des pensées positives. J’essaie de me parler avant le spectacle et de me dire que ça va bien aller.»

Un long cheminement

Selon l’auteur-compositeur-interprète Joey Robin Haché, apprendre à se connaître contribue à diminuer le niveau d’anxiété. Il se souvient qu’à ses débuts, le trac était extrêmement présent. Se présenter devant un public avec son propre matériel, une confiance un peu chancelante et une démarche artistique plus ou moins assumée en espérant que ça plaira au public contribuent à faire grimper en flèche le niveau de stress. S’assumer, c’est aussi se connaître sur le plan psychologique.

«Ça faisait depuis un bout de temps que je savais qu’au niveau psychologique, il y avait quelque chose qui n’allait pas. J’avais beaucoup de barrières que je m’imposais pas juste en spectacle, mais socialement, comme discuter avec du monde dans le cadre d’événements contacts comme la FrancoFête. Le stress me faisait voir les choses de façon négative. C’est complètement le contraire aujourd’hui. Je viens de faire le festival (506), puis j’étais comme un livre ouvert.»

Le chanteur de Nigadoo a reçu un diagnostic d’anxiété généralisée et de dépression, en plus de souffrir d’une importante allergie alimentaire.

Après avoir consulté des spécialistes en santé, il a appris à mieux se connaître et il a pu ainsi amorcer une réflexion sur lui-même. Son plus récent album Trente témoigne du cheminement qu’il a parcouru comme artiste et être humain.

«Je me suis dit: j’ai mes défauts, mes bémols, mes talents et quand on se présente de manière bien assumée, à ce moment-là, le stress débarque un peu, puis on est beaucoup plus confortable avec le public. Les barrières tombent et on est capable de mieux discuter avec les spectateurs, sans se stresser, sans bégayer ou trembler», a-t-il raconté.

Celui qui offrira un extrait de son nouveau spectacle à la FrancoFête convient que jouer devant des professionnels de l’industrie musicale peut parfois susciter davantage de nervosité.

«C’est sûr qu’on a l’impression de se faire évaluer de la tête aux pieds, mais moi j’utilise ça comme une arme. Dans mon spectacle, je parle beaucoup des méandres de l’industrie musicale. Dire le fond de ma pensée devant le public, c’est le fun parce que je me libère de ce stress.»

Bien se nourrir, s’hydrater, faire une sieste et écouter de la musique punk et métal font partie des rituels de Joey Robin Haché avant d’entrer en scène.

Des débuts difficiles

Daniel Léger se souvient de ses débuts au Gala de la chanson de Caraquet. Il avait envie de vomir et mal dans tout son corps, tellement le stress était grand. C’est Wilfred LeBouthillier qui est venu à sa rescousse en lui confiant avoir vécu un peu la même chose l’année d’avant.

Aujourd’hui, Daniel Léger arrive à mieux contrôler son stress. La respiration, le calme et le fait de bien s’enraciner dans le sol aident à la concentration. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’il a intitulé son dernier album Groundé.

«Le trac est toujours présent, mais il faut se grounder, se fermer les yeux et se réassurer soi-même. J’ai quand même peur et je me dit j’assume et je fonce.»

À son avis, le trac vient surtout de la crainte du regard de l’autre face à ce que le musicien présente sur scène.

«On veut se faire aimer, se faire accepter, on veut que le message passe bien donc c’est pour ça qu’on se met de la pression.»

Chaque fois qu’il lance un nouvel album, le stress revient, le poussant même parfois à remettre en question ce métier.

«C’est tellement stressant avant, mais pendant et après, c’est tellement réconfortant et le fun, qu’on dirait qu’on veut le faire de nouveau. C’est l’adrénaline.»

Si le stress est trop grand, il commence ses spectacles en chantant au lieu de s’adresser au public, lui permettant ainsi de décompresser un peu et de reprendre son souffle.

La comédienne Florence Brunet croit qu’il est nécessaire d’avoir une certaine nervosité avant de monter sur scène. Au début de sa carrière, c’est arrivé que le trac prenne le dessus.

«C’était un peu un brouillard et après je me suis dit je ne veux plus que ça arrive. C’est donc un chemin que j’ai fait avec moi-même», a confié l’actrice au cours d’une récente entrevue.

En travaillant beaucoup, elle a pu apprendre à contrôler cette nervosité de façon positive.

«C’est une affaire de confiance en soi, de concentration et de respiration. Dans les coulisses, je suis nerveuse mais aussitôt que le spectacle commence, c’est autre chose.»