Pour mieux t’aimer, une œuvre douce et exigeante comme l’hiver

Tourner l’hiver dans la Péninsule acadienne avec une équipe entièrement néo-brunswickoise pouvait paraître impossible au départ compte tenu du petit budget dont disposaient les cinéastes pour réaliser le film Pour mieux t’aimer. La coréalisatrice et scénariste Denise Bouchard estime que le travail a été titanesque, mais que l’expérience en a valu la peine.

Profondément inspiré par le climat hivernal de la côte acadienne, Pour mieux t’aimer raconte le drame d’une famille au passé trouble. Toute l’action se déroule en hiver, dans un village isolé le long d’une baie de glace. C’est l’histoire d’un père, Gaston (Donat Lacroix) et de ses deux fils, Léo (Pierre-Guy Blanchard) et Pierre (Pascal Lejeune), qui se sont refait un semblant de vie à la suite du départ de la mère, Monique, vers la Roumanie. Celle-ci n’a laissé aucune trace.

Le père et ses deux fils sont restés marqués et hantés par cet abandon inexpliqué qu’ils portent en silence. Pierre, un homme très réservé, travaille comme garde de sécurité, tandis que Léo, un être troublé, rêveur, un peu excentrique s’adonne à la peinture; un talent qu’il a hérité de sa mère. Tous les deux tentent de gagner leur vie tant bien que mal.

Une jeune femme (Mélanie Léger) venue de la Roumanie débarque dans le village. Pourra-t-elle leur fournir les réponses qu’ils attendent? Le voile sur leur passé chargé de non-dit et d’un secret lourd à porter se lève peu à peu. Chacun y fait face comme il peut. Tranquillement les liens s’imbriquent les uns aux autres, suscitant des réflexions et des questionnements. Denise Bouchard admet que c’est un scénario ambitieux et complexe, mais elle n’avait pas envie d’une histoire banale. Cette histoire émane de la baie de Caraquet.

«L’hiver, c’est tellement majestueux et c’est très inspirant comme paysage. J’ai le bonheur de vivre devant la baie de Caraquet et en face de moi, j’ai Maisonnette. Souvent le matin, en prenant mon café, je prends mes jumelles pour regarder la baie et je voyais tous les jours un petit monsieur arriver à sa cabane. Je lui ai donné un nom, Gaston. C’est simplement parti de ça.»

La scénariste s’est inspirée aussi d’histoires qu’elle a entendues autour d’elle. Si elle a choisi la Roumanie, c’est que ses débuts d’actrice se sont faits aux côtés de l’homme de théâtre et professeur d’origine roumaine Andréi Zaharia (qui joue d’ailleurs un rôle dans le film).

«J’avais le goût de raconter une histoire qui se passe en Acadie, mais en même temps on ne sait pas que ça se passe en Acadie. C’est dans un milieu rural et isolé qui peut être n’importe où!»

Une pionnière

Peu de longs métrages de fiction ont été produits en Acadie. Il y a eu Le Secret de Jérôme de Phil Comeau et Full Blast de Rodrigue Jean.

Comédienne, auteure, metteure en scène, scénariste et réalisatrice, Denise Bouchard devient la première femme au Nouveau-Brunswick à réaliser un long métrage de fiction francophone. Pour mener à bien son projet, elle s’est associée à Gilles Doiron avec qui elle signe la réalisation du film. Elle a commencé à songer à ce projet en 2010. Même si elle avait peu d’outils au début, elle s’est organisée pour s’entourer d’une équipe solide.

Très fébrile et émue par l’immense travail accompli, la cinéaste estime que si elle n’avait pas fait ce film, personne d’autre ne l’aurait fait. Il s’agit d’une œuvre personnelle sur un scénario ambitieux incarné par 19 personnages dans 12 lieux de tournage. Tout ça s’est fait avec un petit budget d’à peine 250 000$.

Porté par l’hiver

La réalisatrice a tenu à tourner l’hiver parce que c’est là que toute son histoire a commencé. L’action qui se déroule lentement ressemble à la saison hivernale avec ses hauts et ses bas.

«Le film n’est pas comme la mer qui nous berce, le film est vraiment brassé par la température de l’hiver. Des fois, c’est silencieux, des fois, c’est le coup de vent, le froid, des changements de température, des climats doux et nuageux.»

Les réalisateurs ne se sont pas laissés intimider par la saison froide même si un tournage d’hiver est habituellement plus exigeant.

«On aurait pu aussi le faire dans la baie de Shediac pour moins cher, mais je voulais le faire en région dans la Péninsule acadienne, l’hiver.

Pour moi, c’est important, je suis de là et la plupart de mes personnages viennent du Nord aussi.»

Denise Bouchard confie qu’ils ont dû parfois faire des choix difficiles afin de respecter le budget. Les membres de l’équipe se sont retrouvés à porter plusieurs chapeaux. Au lieu d’une équipe de 45 ou 50 techniciens, Pour mieux t’aimer a eu droit à une équipe de 12 personnes pour occuper les différents postes techniques. Sans l’appui et l’accueil du Village historique acadien, le film n’aurait probablement pas pu se tourner, précise Denise Bouchard.

Si la réalisatrice convient que tout n’est pas parfait, il reste qu’elle est très fière du résultat. Cette aventure lui a donné envie de monter d’autres projets de long métrage. Pour plusieurs comédiens et membres de l’équipe, c’était aussi une première au grand écran. Mentionnons, entre autres, Pierre-Guy Blanchard qui fait ses premiers pas comme acteur au cinéma et qui a composé la bande sonore.

«Ç’a donné à des gens l’occasion de faire des premières fois qu’ils rêvaient de faire, soit du côté technique, du montage, du jeu ou du côté musical», a ajouté la réalisatrice avec les larmes aux yeux.

Une soirée de premières

La première de Pour mieux t’aimer donnera le coup d’envoi du 33e Festival international du cinéma francophone en Acadie, ce jeudi 14 novembre à 20h, au Théâtre Capitol à Moncton.

Le court métrage C’est le rock que j’ai aimé! sur le camp rock pour filles, des réalisatrices acadiennes, Tracey Richard et Angie Richard, sera également présenté en première mondiale.