Franchir la ligne: l’homophobie dans le sport d’élite

Dans le sport amateur et professionnel, l’homosexualité demeure souvent taboue. Le nouveau documentaire de Paul Émile d’Entremont, Franchir la ligne, présente des athlètes de haut niveau qui se livrent à la caméra, brisant ainsi le silence.

Ce long métrage documentaire a aussi comme toile de fond, les entraînements de l’équipe de football, les Olympiens, de l’École l’Odyssée, à Moncton. Le cinéaste acadien, établi depuis peu à Vancouver, a travaillé pendant six années à ce projet de documentaire. Dans le film, des athlètes d’élite comme la patineuse de vitesse Anastasia Bucsis, l’ex-joueur de soccer de l’Impact de Montréal, David Testo, ainsi que quelques personnalités du hockey comme Brock McGillis et Brendan Burke témoignent de leur parcours.

Après avoir réalisé Une dernière chance qui traite des demandeurs d’asile qui ont fui leur pays pour avoir été persécutés parce qu’ils sont homosexuels, le cinéaste a eu envie de poursuivre cette réflexion, mais dans un contexte différent. Dans un premier temps, il avait voyagé à travers le monde afin de documenter la persécution. Cette fois, il s’est attardé à la situation au Canada.

«J’avais envie d’explorer cette question-là parce que c’est une question qui est très proche de moi parce que je suis moi-même gai. Je me suis dit que tout n’était pas parfait au Canada, alors comment pourrais-je montrer ça. Je me suis creusé la tête un peu et puis ç’a n’a pas été long avant de réaliser que dans le sport, malheureusement, c’est encore un milieu où ça peut toujours être acceptable d’être homophobe.»

Sortir ou non du placard?

Peu d’athlètes d’élite ont fait des sorties publiques ou s’affichent ouvertement homosexuels parce que c’est encore tabou et difficile, note le cinéaste. Pour réaliser son documentaire, il s’est tourné vers les quelques athlètes qui en avaient parlé ouvertement. Force est de constater que pour chacun d’entre eux, le chemin a été difficile. Ils ont tous, à un moment ou un autre de leur vie, traversé des périodes sombres et troubles.

Dans le cas notamment de David Testo qui a été le premier joueur de soccer à sortir du placard, la suite des choses n’a pas été facile. Après sa sortie publique, il avait terminé sa saison avec l’Impact, il était agent libre et à sa surprise, il n’a plus jamais joué au soccer. Anastasia Bucsis qui a représenté le Canada aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014 était la seule athlète de l’Amérique du Nord ouvertement gai. La pression a été grande, malgré tout, le fait de sortir du placard lui a procuré un effet de légèreté et elle a même amélioré sa performance.

Paul Émile d’Entremont a constaté que la culture macho est très enracinée dans le sport, surtout d’équipe. Les insultes homophobes peuvent parfois paraître inoffensives pour ceux qui les disent, mais pour les personnes visées, ça peut être très difficile, rappelle le cinéaste qui a été lui-même victime d’intimidation dans sa jeunesse à l’école.

«Dans les sports d’équipe, il y a une pression pour ne pas être différent, pour la cohésion d’équipe, pour ne pas créer de distractions alors que ce qu’on apprend dans le film, c’est que si la personne se sent bien dans sa peau et qu’on réussit à créer un climat de sécurité pour tout le monde dans les équipes, ça va aider à la performance de l’équipe et c’est aussi une bonne chose pour la santé mentale de tous.»

Parallèlement au témoignage des athlètes, on suit le parcours des Olympiens de l’école l’Odyssée. Dans cette équipe, l’entraîneur Serge Bourque et son assistant qui est ouvertement bisexuel prônent des valeurs d’inclusion, de respect et d’empathie.

En entrant dans l’école, le réalisateur a vu tout de suite qu’il y avait des efforts dans ce sens faits par la direction (le directeur de l’époque était Alain Bezeau). Paul Émile d’Entremont a jugé important de mettre en lumière cette équipe.

«Je ne voulais pas seulement dire que c’est difficile d’être gai. Je voulais dire qu’il y a non seulement de l’espoir, mais voici un exemple de ce que pouvez faire dans vos écoles.»

Appuyé par une solide recherche, ce film riche en contenu présente des témoignages révélateurs, troublants et touchants.

Paul Émile d’Entremont considère que le fait d’être gai a une profonde influence sur son travail de cinéaste.

«Consacrer tellement de temps et d’années à un projet, il faut qu’il me tienne à coeur. Il faut que ça ait un sens dans ma vie, sinon pourquoi le faire. J’ai fait le film parce que ça touche au plus profond de moi-même.»

Après avoir été présenté dans quelques festivals au pays, Franchir la ligne (production de l’ONF) aura sa première néo-brunswickoise au FICFA. La projection a lieu au Cinéplex, à Dieppe, ce samedi 16 novembre à 15h.