FICFA: le Monument-Lefebvre au coeur d’une installation visuelle et sonore

L’artiste Rémi Belliveau qui a grandi dans la Vallée de Memramcook, tout près du Monument-Lefebvre, propose une reconstitution visuelle et sonore mettant en vedette trois violonistes qui ont joué à des époques différentes sur la scène de ce lieu historique.

Dans cette exposition d’envergure intitulée Dissonances rurales présentée à la Galerie Louise-et-Reuben-Cohen à Moncton, l’artiste met en scène les violonistes Yehudi Menuhin, Arthur LeBlanc et Éloi LeBlanc.

Ces trois violonistes se sont produits sur la scène du théâtre du Monument-Lefebvre à des moments différents de l’histoire. Rémi Belliveau a décidé de créer une œuvre vidéo qui superpose les enregistrements analogues des trois performances.

«Je trouvais ça intéressant de construire cette performance à partir d’archives sonores en l’occurrence des vinyles. Pour moi, c’était comme si on faisait une reconstitution des performances, mais dans une situation impossible. Ces trois musiciens n’auraient jamais partagé la même scène en même temps.»

Arthur LeBlanc a présenté son concert en 1945, Yehudi Menuhin en 1946 et Éloi LeBlanc a enregistré son album au Monument-Lefebvre en 1976. Ces trois événements, présentés par trois violonistes aux styles différents, avaient d’ailleurs été relatés dans les journaux.
L’artiste trace donc des parallèles entre les cultures musicales, soit la musique classique et traditionnelle. Le Monument-Lefebvre est le quatrième personnage de cette exposition.

«Je viens de Memramcook et ça occupe une place dans mon imaginaire. Je l’ai vu toute ma jeunesse soit en passant devant ou en allant voir des spectacles. La salle de spectacle est tellement belle et on l’a préservée sensiblement telle qu’elle était depuis la fin du 19e siècle.»

L’exposition occupe toutes les salles de la galerie d’art. Une installation vidéo constitue la pièce centrale du projet. Dans une mise en scène orchestrée, on voit les musiciens, Jean-François Mallet, Justin Doucet et Christine Gollan manipuler des tables tournantes au lieu de jouer un instrument de musique.

Ils font jouer les enregistrements des performances d’Éloi LeBlanc, d’Arthur LeBlanc et de Yehudi Menuhin. L’artiste a superposé les trois pièces des violonistes, créant ainsi des dissonances qui peuvent parfois paraître harmoniques.

«C’est comme une métaphore pour déconstruire les hiérarchies qui existent entre la musique classique et la musique traditionnelle. On dit qu’il y a des violonistes et des violoneux qui sont comme des autodidactes qui ne jouent pas de la musique très complexe. Ce sont toutes des constructions à la base, alors il ne devrait pas y avoir de hiérarchie entre les deux.»

Les trois DJ se présentent sur scène comme s’ils allaient offrir un concert classique alors qu’il ne font que jouer des tables tournantes. Une rangée de sièges du théâtre du Monument-Lefebvre a été installée devant l’écran afin que les visiteurs puissent regarder la vidéo.

Des archives

L’exposition comprend aussi les trois tables tournantes sur un socle de la même taille. Dans la troisième salle, on retrouve des artefacts, des documents d’archives et les partitions des trois pièces enregistrées. Paul Édouard Bourque a également collaboré à un élément de l’exposition.

Les archives proviennent du Centre d’études acadiennes et d’une collection privée d’Ernest LeBlanc, ancien gérant du groupe 1755. Il a réalisé l’enregistrement d’Éloi LeBlanc pour son disque vinyle en 1976. L’artiste a aussi inséré des faux dans cette salle d’archives.

«De plus en plus dans ma pratique, j’explore la fiction. Pour moi, les archives c’était quelque chose qui témoignait du réel, alors qu’en théorie des archives sont des constructions. On s’imagine ce que ça aurait pu être et on contribue à notre part de fiction.»

L’artiste s’intéresse aussi à la frontière entre les projets muséaux et les expositions d’art, en intégrant des pratiques propres à la muséologie.

Rémi Belliveau raconte qu’il n’aurait jamais pu réaliser cette exposition sans financement étant donné que le projet a nécessité beaucoup d’équipements. La bourse de création d’artsnb qu’il a reçue en 2017 lui a donné l’élan pour entreprendre le projet.

Artiste visuel, musicien et écrivain, Rémi Belliveau poursuit des études de maîtrise en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal.

Dissonances rurales est présentée jusqu’au 15 décembre.

L’artiste donne une conférence ce mercredi 20 novembre à midi, dans le cadre du volet arts médiatiques du Festival international du cinéma francophone en Acadie.