Huit femmes: Diane Losier, la vérité dans le jeu

Pour sa première mise en scène au théâtre professionnel, Diane Losier recherche avant tout la vérité. Avec la pièce Huit femmes, elle a voulu offrir aux comédiennes une structure qui leur permet d’être le plus vraie possible dans leur interprétation.

«C’est une des rides les plus folles de ma vie et les plus grisantes en même temps. Plus on approche de la première, plus les comédiennes font des pas de géant dans leur jeu», a déclaré Diane Losier qui signe la mise en scène de la comédie dramatique policière Huit femmes au Théâtre populaire d’Acadie.

À la veille de la première à Caraquet qui sera présentée à guichets fermés, la metteure en scène confie qu’il y a beaucoup de fébrilité au sein de l’équipe. Le travail se fait jusqu’à la dernière minute. La metteure en scène tient à fournir les outils nécessaires aux comédiennes pour que l’énergie soit soutenue tout au long de la pièce.

«Je veux la vérité. Comment garde-t-on l’énergie sur scène? C’est par la pensée. J’ai fait ma mise en scène par rapport à la pensée et si la pensée est la bonne, tout le reste va être juste.»

Même s’il s’agit de sa première mise en scène, la comédienne a de l’expérience comme mentor et professeure de théâtre. Celle qui célébrera ses 35 ans de métier en 2020 a une longue feuille de route sur la scène comme à l’écran.

Il y a longtemps qu’elle s’intéresse à la mise en scène, mais à ce jour aucun projet n’avait abouti. Elle avait presque abandonné l’idée lorsqu’elle a reçu le fameux appel du TPA en décembre 2018, l’invitant à créer la mise en scène de Huit femmes. «Quand le train passe, il faut embarquer», a confié la comédienne à l’aube de ses 55 ans.

Le fait que ce soit un projet de femmes a séduit Diane Losier. Se retrouver à la tête d’une production, pouvoir choisir ses collaborateurs au lieu d’attendre après les producteurs pour travailler constitue une grande source de satisfaction, affirme-t-elle.

«L’idée que je décide de tout, c’est enivrant et en même temps, c’est sauter dans le vide.»

Pour sa première mise en scène au TPA, elle s’est entourée de gens avec qui elle a développé une complicité. Au théâtre professionnel, les équipes disposent de peu de temps pour monter une pièce, environ six semaines.

«Souvent, c’est pourquoi on retrouve des familles dans des projets artistiques, c’est justement à cause du temps qui nous manque. Je voulais m’entourer de femmes que j’aimais et qui m’aimaient aussi. C’est d’abord à cause de l’amour pour elles et le talent.»

Ce n’est pas une pièce facile même s’il s’agit d’une comédie policière, parce que les comédiennes doivent aussi savoir chanter.

Un huis clos meurtrier

Créée en 1958 par Robert Thomas, Huit femmes a été reprise au cinéma dans un film de François Ozon en 2002. L’action se déroule dans une grande demeure de campagne bourgeoise, le soir de Noël pendant une tempête. Les occupantes sont confinées à l’intérieur. Elles font une découverte macabre; l’homme de la maison a été assassiné. Autour de lui, huit femmes tenteront de découvrir l’assassin qui se trouve probablement parmi elles. Il s’en suivra une suite de révélations. Sorte de huis clos, cette pièce combine le meurtre et mystère, la comédie et la chanson.

Diane Losier s’est inspirée de la pièce et du film. Or celle-ci convient que l’oeuvre de Robert Thomas qui date des années 1950 est un peu démodée, c’est pourquoi elle a eu recours au film. Une touche acadienne a été apportée au texte par l’auteure Christiane St-Pierre qui s’est penchée sur les dialogues afin qu’ils soient plus naturels.

Dans le film, il y a une sorte de désinvolture qui a plu à la metteure en scène. Même si on avance dans le temps, elle estime que le propos est toujours actuel notamment le rapport entre les femmes. Avec la conceptrice des costumes Judith Chiasson, elle a tenté de créer un portrait distinctif pour chaque femme qui reflète les diktats de la société en matière d’habillement.

«J’ai essayé de faire un commentaire sur tout ce que je pouvais faire. Si les gens le voient tant mieux, sinon tant pis. Je fais cette mise en scène comme si c’est la dernière fois que je fais ça dans ma vie parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver après.»

Le public pourra voir à l’oeuvre des comédiennes d’expérience comme Joannie Thomas, Claire Normand, Katherine Kilfoil, Marie-Pierre Valay Nadeau, Anika Lirette et Stéphanie Bélanger et d’autres moins expérimentées, dont Sandra LeCouteur qui n’a pas joué au théâtre depuis Le Djibou en 1997 et Katrine Noël qui en est à sa première expérience sur les planches.

Huit femmes est présentée le 20 novembre en première au Centre culturel de Caraquet. Par la suite, la pièce partira en tournée dans huit villes du N.-B. jusqu’au 5 décembre.