La vision apocalyptique de Joey Robin Haché

Tels un cri du coeur ou encore une rage contenue qui sort enfin, le troisième album, Trente, de Joey Robin Haché arrive comme un tir d’artillerie qui brasse la maisonnée. À la veille de ses lancements au Nouveau-Brunswick, l’auteur-compositeur-interprète de Nigadoo raconte la genèse de ce nouvel opus.

On a rendez-vous dans un café du centre-ville de Moncton. Le chanteur à la tête désormais blonde est fébrile. Pour ses lancements au Nouveau-Brunswick, il offrira l’entièreté de son disque en spectacle.

Il sera entouré de Sébastien Michaud, Danny Bourgeois et Denis Surette; les mêmes musiciens qui l’ont accompagné à la FrancoFête.

Cette vitrine a plu énormément aux délégués de l’international. À peine sorti de scène, on l’invitait déjà à se produire à un festival en Suisse.

Pour ce disque, Joey Robin Haché a pris un virage à 360 degrés. Exit le folk, la poésie introspective, les figures de style et la dentelle. Cette fois, il a eu envie de dire ce qu’il avait sur le coeur.

«J’y pense à ces affaires-là alors pourquoi ne pas les écrire au lieu de garder ça tout à l’intérieur comme j’ai fait dans les 15 dernières années.»

Cet album fait suite à une période difficile de sa vie sur le plan physique et psychologique. Si ces deux premiers disques naviguaient davantage dans la poésie, cette fois, l’artiste est plus direct dans son propos avec un certaine dose de sarcasme.

«Je me lève le matin dans la brume noire comme du goudron remplie de dioxyde de carbone, je sens l’effet de serre qui brûle mes poumons», chante l’artiste dans Beau temps pour l’apocalypse.

À la fois politiques, sociaux et psychologiques, les sujets sont variés. L’environnement, les réseaux sociaux, la surconsommation et l’industrie de la musique figurent parmi les thèmes explorés par le chanteur qui a bien acéré sa plume pour ce projet. Il se présente sans gêne et sans filtre.

«J’ai eu envie de faire un album avec toutes les choses qui me font chier. Avant je n’avais peut-être pas les moyens ou la maturité de le dire.»

Des «crimes sociaux»

Joey Robin Haché admet que sa vision de l’être humain et du monde peut paraître pessimiste.

«C’est une vision extrêmement pessimiste de ce que l’humain peut générer comme trouble sur la Terre. J’appelle ça des crimes sociaux, c’est-à-dire le fait que moralement et socialement, il y a des actions qui sont acceptables malgré que ça contribue à la destruction de notre planète. C’est comme la chanson Imbécile. Même moi je fais des imbécillités et je contribue au méfait qui se passe sur la Terre.»

L’artiste jette aussi un regard sur l’industrie musicale avec laquelle il a développé une relation d’amour haine.

«Tout le monde a l’air de regarder La Voix comme si c’était un match de hockey, mais ce n’est pas de même que ça se passe dans la réalité», soulève-t-il.
Depuis la sortie de son disque, il a reçu toutes sortes de commentaires, certains encourageants, d’autres parfois critiques ou même désobligeants.

Le chanteur de 31 ans ne s’en formalise pas trop parce qu’il ne cherche pas nécessairement l’approbation, même s’il admet que la réaction positive des délégués à la FrancoFête l’a particulièrement touché.

Une image percutante

Sur la pochette, on voit une photo du chanteur la tête partiellement rasée, le visage blessé en partie couvert de sang. Il confie que cette image percutante invite le public à se questionner sur l’esthétisme. Il s’agit aussi d’une mise en scène qui extériorise ce qu’il vivait à l’intérieur à ce moment-là.

«Dans cette période très creuse, je me sentais comme ça. On se sent abattu, mais il n’y a personne qui le voit. Si on pouvait voir la maladie mentale de manière physique, je pense que les gens y porteraient une plus grande attention et traiteraient ce genre de maladie comme une autre et les professionnels de la santé la traiteraient mieux.»

Artiste visuel de formation, l’auteur-compositeur-interprète aime expérimenter, réinventer son art et tout ce qui entoure son projet musical.

Très éclectique, Trente rassemble 13 chansons aux styles musicaux variés allant du rock musclé au manouche en passant par le blues, le punk, le folk et le country. Le chanteur confie que ses influences sont diverses. Il prépare déjà une suite à Trente qui s’intitulera Trente-et-un, dont la parution est prévue à la fin de l’année 2020 ou au début de 2021. Le disque qui rassemblera une dizaine de pièces explorera les peurs.

Joey Robin Haché présente ses spectacles de lancement sous forme de 6 à 8, le mercredi 27 novembre, à la Salle Bernard-LeBlanc du Centre culturel Aberdeen, à Moncton et le jeudi 28 novembre, à la Bibitte à Bathurst.