Huit femmes: un classique qui séduit le public

Comédie au style classique, Huit femmes nous entraîne dans un huis clos policier un peu loufoque alliant la chanson et la danse. Cette œuvre mise en scène par Diane Losier qui s’adresse à un large public a fait salle comble à Moncton.

Si la mise en scène demeure dans un style classique, il reste que les concepteurs proposent un regard singulier sur cette œuvre incarnée par huit comédiennes acadiennes à la carrière prolifique, que ce soit en chant ou en théâtre. À l’issue de la représentation à guichets fermés, au théâtre l’Escaouette, à Moncton, mercredi, elles ont été saluées par une ovation bien sentie du public.

«J’ai été emballée de voir huit femmes sur scène et qui en plus chantaient. Je suis entrée dans leur jeu. Il y a longtemps que je n’avais pas vécu ça», a exprimé une spectatrice Angelina Cool.

Une autre spectatrice, Marie-Thérèse Landry, estime que cette pièce lui a permis de faire de belles découvertes.

«Il y a certaines comédiennes, comme Sandra Le Couteur, que je ne connaissais pas comme comédienne. C’est aussi une belle surprise, les chansons. Il y en a qu’on connaît et d’autres un peu moins», a-t-elle souligné.

Créé au milieu des années 1950 par Robert Thomas, Huit femmes a été adaptée pour le cinéma par le réalisateur François Ozon en 2002. La production du Théâtre populaire d’Acadie intègre aussi des chansons et quelques chorégraphies. Elles sont signées par des auteurs-compositeurs de l’Acadie, dont Izabelle Ouellet, Jules Boudreau, Nathalie Renault, Caroline Savoie, Édith Butler et Angèle Arsenault. Le texte a été aménagé par l’auteure acadienne Christiane St-Pierre pour lui donner une couleur un peu plus locale, sans pour autant dénaturer l’oeuvre.

Qui a tué Marcel?

Un soir de Noël, en pleine tempête de neige, l’homme de la maison est retrouvé mort assassiné dans sa chambre, avec un poignard dans le dos. Son épouse, sa sœur, sa belle-sœur, sa belle-mère, ses filles et les domestiques sont sous le choc. La neige qui tombe abondamment les empêche de sortir pour aller chercher du secours. La ligne téléphonique a été coupée. Les huit femmes qui sont confinées dans cette grande maison de campagne tentent de trouver la coupable. Elles sont convaincues que la meurtrière se trouve parmi elles. Tour à tour, elles sont contraintes de révéler leurs secrets bien gardés. Elles en viennent à s’accuser l’une, l’autre et à se reprocher toutes sortes de choses.

Dans un décor de salon assez élaboré, ce huis clos a parfois des allures de combats de personnalités. On sourit, on rit parfois et on assiste aussi à quelques moments plus dans l’émotion, mais dans l’ensemble, c’est de la comédie très divertissante.

Les comédiennes font face à un défi supplémentaire, celui de chanter. C’est une œuvre qui comporte énormément d’éléments scéniques, de déplacements et de changements d’émotions inattendus, le tout devant être réglé au quart de tour. De belles petites trouvailles alimentent le suspens ou encore le côté comique des situations. Pour certains spectateurs, la pièce a laissé un peu perplexe.

«Je suis un petit peu encore en train de digérer. Il y a des bouts que j’ai vraiment aimés et d’autres avec lesquels j’ai eu plus de misère. Il y a des scènes que j’ai trouvé bizarres comme à la fin, quand le dénouement arrive. C’est quand même assez choquant ce qui arrive et juste après, il y a une chanson joyeuse et festive», a partagé François-William LeBlanc.

Certaines chansons sont plus réussies, notamment les numéros de groupe. Quant au jeu, il y a quelques inégalités; certaines comédiennes ayant plus d’expérience que d’autres. Cette pièce gagne à être jouée souvent pour rendre l’interprétation encore plus juste.

Lorsque la pièce a été présentée à Moncton, elles étaient à mi-chemin de leur tournée au Nouveau-Brunswick. La pièce sera présentée à nouveau à Moncton le 29 novembre, à Shediac le 30 novembre, à Edmundston le 3 décembre, à Dalhousie le 4 décembre et à Néguac le 5 décembre. La distribution comprend Claire Normand, Stéphanie Bélanger, Katherine Kilfoil, Anika Lirette, Katrine Noël, Joannie Thomas, Marie-Pierre Valay-Nadeau et Sandra Le Couteur.

Une saison historique

«C’est beau de voir une salle pleine pour le théâtre!», a mentionné une spectatrice après la représentation de Huit femmes.

Le théâtre l’Escaouette connaît la meilleure saison de son histoire. Toutes les pièces de la saison jusqu’au printemps affichent déjà complet.

«C’est la première fois que toute la saison est vendue comme ça si tôt dans la saison. Je pense que c’est une combinaison à la fois de la programmation qui met en scène beaucoup d’artistes acadiens et des accueils. Je choisis des pièces qui peuvent s’adresser à une diversité de public», a affirmé la directrice artistique et cofondatrice du théâtre l’Escaouette, Marcia Babineau.

Depuis quelques années, la direction du théâtre cherche à renouveler son public. Le nouveau responsable des communications, Guillaume Lebreton, a d’ailleurs été embauché dans cette optique. Le travail commence à porter ses fruits.

«À un moment donné, on s’est rendu compte qu’on avait un public plutôt mature et qu’on voulait s’adresser aussi à un public plus jeune, sans toutefois perdre le public plus mature. C’est un travail qu’on a commencé à faire cinq ou six ans passés.»

En étant pratiquement le seul théâtre dans la région de Moncton, la compagnie a un large mandat afin de répondre aux attentes de divers publics, tout en misant aussi sur la création. Cette 43e saison comprend des spectacles très accessibles comme Huit femmes, des pièces pour la famille ainsi que des œuvres qui s’adressent davantage à un public universitaire et littéraire comme La détresse et l’enchantement de Gabrielle Roy.