Une œuvre-choc sur un conflit professeur-étudiante

Qualifié de pièce-choc, d’explosive, Oleanna de l’auteur américain David Mamet, incarnée par les finissants en art dramatique de l’Université de Moncton, plonge dans les tensions entre homme et femme et les rapports de pouvoir.

Les jeunes comédiens en devenir, Nicolas Marcoux d’Edmundston et Cassidy Gaudet de Shediac, sont les interprètes de cette œuvre dirigée par la professeure Marcia Babineau qui signe la mise en scène. Présentée au studio-théâtre La Grange dans une scénographie bifrontale, le public étant installé de part et d’autre, Oleanna met en lumière deux points de vue différents sur les mêmes événements. Écrite en 1992 bien avant le mouvement #MoiAussi, elle s’inscrit dans l’actualité des revendications féministes.

Oleanna raconte l’histoire d’un conflit entre un professeur d’université d’une quarantaine d’années et une de ses étudiantes. Celle-ci rencontre le professeur afin de modifier sa note afin de pouvoir passer le cours. Elle ne comprend pas nécessairement la matière et sa façon d’enseigner. La situation dégénère entre les deux et une lutte de pouvoir s’installe. Les deux protagonistes discutent des rôles que chacun occupe dans la société, de la transmission du savoir et du rôle de l’éducation en relation de pouvoir. La situation va devenir encore plus tendue lorsque l’étudiante décide de porter plainte aux autorités de l’université.

D’après Nicolas Marcoux c’est une pièce qui joue beaucoup sur les ambiguïtés.

«Tout dépend de notre perspective en tant que spectateur. On va créer sa propre histoire à mesure que la pièce avance. Quand on a lu la pièce, on avait tous les trois des opinions différentes», a expliqué le jeune comédien en entrevue à quelques jours de la première.

De toutes les pièces qu’ils ont lues au début du semestre, ils ont choisi cette œuvre. Selon les comédiens et la professeure, le théâtre est justement là pour provoquer une réflexion.

«On a été surpris par l’actualité de ces thématiques. On remet en question plusieurs choses, dont l’éducation, le rapport entre le professeur, celui qui apprend et celui qui transmet. C’est une pièce qui fonctionne à plusieurs niveaux: politique, social et personnel. Toutes ces relations de pouvoir et d’autorité sont questionnées fondamentalement», a partagé Marcia Babineau.

C’est aussi une pièce exigeante pour les acteurs. L’interprétation et le jeu des comédiens sont au centre de l’oeuvre et c’est ce qui en fait sa grande valeur et sa force, considère la metteure en scène.

«Bien sûr, ils ont une assistance technique, mais c’est vraiment eux qui font la pièce. C’est basé sur l’interprétation, la présence des acteurs, la possibilité de jouer avec l’instinct du moment.»

Un huis clos sous haute tension

Toute la pièce se déroule dans le bureau du professeur et c’est écrit dans l’action et non dans la réflexion. C’est assez intense comme rythme, mentionne la metteure en scène. Les personnages évoluent dans la pièce. L’étudiante qui a subi des injustices adopte au fur et à mesure une position de revendication.

«Du côté du professeur, comme il est arrivé au sommet de sa carrière, il y a comme une décomposition qui va se passer. C’est très contrasté», a mentionné Marcia Babineau.

Cassidy Gaudet confie qu’ils sont complètement habités par cette pièce qui ne laisse personne indifférent. Cette œuvre qui a souvent suscité la controverse risque aussi de diviser l’auditoire.

«Quelque part, les deux ont tout à fait raison et ils vont défendre leur point de vue d’une façon très urgente, à la vie, à la mort.»

David Mamet est l’un des plus grands auteurs dramatiques américains. Il a reçu le Prix Pulitzer pour sa pièce Glengarry Glen Ross. Sa pièce Speed the Plow a déjà été présentée au théâtre l’Escaouette à Moncton.

Les représentations d’Oleanna auront lieu au Studio-théâtre La Grange du 3 au 7 décembre à 20h.