Jean Babineau: un roman sur l’expropriation de Kouchibouguac

Un demi-siècle après la crise entourant la création du Parc national Kouchibouguac, l’auteur Jean Babineau en fait le sujet d’un roman qui relate avec sensibilité ce drame social qui a encore des échos aujourd’hui.

Depuis Vortex paru en 2003, Jean Babineau n’avait pas publié de nouveau roman. Il revient sur la scène littéraire avec une œuvre bien documentée qui navigue entre la réalité et la fiction. Ce roman historique atypique qui relate cette longue saga flirte avec le réalisme magique, faisant parfois appel au genre fantastique.

«Quand je voyais ce qui se passait dans les journaux ou à la télé, je trouvais ça triste cette histoire-là parce que les gens sont attachés à leur maison. Décider de vendre sa maison pour une raison ou une autre, c’est une chose, mais quand on est forcé à le faire, c’est souvent un choc pour une famille. C’est un peu ça qui m’a poussé à écrire ce livre», a expliqué l’auteur, confiant du même souffle que l’écriture de ce roman a représenté un défi.

La création en 1969 du Parc Kouchibouguac a provoqué une résistance acharnée des gens touchés par les avis d’expropriation. Deux cent trente familles dans sept villages ont été expulsées. Cette résistance s’est étendue sur plusieurs années et elle se manifeste encore aujourd’hui notamment par la cause d’un groupe de 90 expropriés qui réclament des droits ancestraux métis devant les tribunaux.

Des artistes comme les dramaturges Emma Haché et Marcel Romain Thériault, l’écrivaine France Daigle, le chanteur Zachary Richard et le réalisateur Jean Bourbonnais ont abordé cette histoire dans leurs œuvres.

«Comme il y a eu beaucoup de choses qui ont été écrites, il fallait doser le réel et le fictif et trouver comment injecter du fictif là-dedans. Il y a aussi une petite portion de fantastique dans la façon que c’est écrit.»

Jean Babineau a commencé la recherche pour ce livre en 2003. L’écriture de ce roman s’inscrit également dans le cadre de ses études doctorales.

L’auteur de Grand-Barachois est le premier à avoir complété un doctorat en création littéraire à l’Université de Moncton.

En choisissant la fiction, le romancier estime qu’il a pu mettre en lumière les différents discours et points de vue autour de cette saga, inventer des personnages, leur faire vivre des émotions et des situations fictives.

Jackie Vautour, le plus récalcitrant des expropriés (qui vit toujours sur les terres du Parc Kouchibouguac) et symbole de cette résistance se trouve au coeur de ce roman, ainsi que des politiciens de l’époque, Louis J. Robichaud, Richard Hatfield et Jean Chrétien. À ceux-ci, viennent se greffer des personnages fictifs comme Emma Kelly et son frère Jim Boy. En ouverture de roman, Emma Kelly se promène sur la plage Kelly pour apprécier la beauté. Cette plage se trouve maintenant sur le territoire du parc national.

Son roman raconte l’histoire de la création du parc national et du mouvement de résistance qui a suivi. Le récit se déplace du Nouveau-Brunswick à Ottawa où les décisions se sont prises.

«J’essaie de montrer les effets que ça peut avoir sur les expropriés, les politiciens, les juges et les avocats, et de voir comment les gens pouvaient se sentir dans cette affaire-là. Il y avait les familles expropriées, mais je ne pense pas que c’était nécessairement plaisant aussi pour les politiciens et même pour certains juges.»

Il tente aussi de démontrer pourquoi Jackie Vautour était aussi attaché à sa terre.

Il faut dire qu’il avait déjà vécu une situation un peu semblable lorsqu’on avait vendu la terre de son père illégalement.

«Il a été obligé de se battre pour la ravoir. Ça peut expliquer cet attachement profond pour la terre.»

Celui-ci a rencontré Jackie Vautour afin de discuter du roman.

«Il y a des choses que je dis dans le roman à propos de Jackie Vautour qui ne se sont pas réellement passées. J’ai utilisé le fantastique. C’est une façon de mettre un peu de joie. Les personnages font des choses qui ne sont pas réelles et ça leur permet de dépasser certaines limites.»

Paru aux Éditions Perce-Neige, le roman Infini fera partie d’un lancement collectif de la maison d’édition à Moncton en février 2020. Les ouvrages de la poète Georgette LeBlanc et de la romancière Suzan Payne seront lancés au même moment.

Né à Moncton, Jean Babineau qui habite maintenant à Grand-Barachois est aussi enseignant. Il a publié quatre romans à ce jour. Il achève l’écriture d’un recueil de nouvelles qu’il espère soumettre à un éditeur au cours des prochains mois.