Denise Bouchard: personnalité culturelle de l’année 2019

Depuis près de 40 ans, Denise Bouchard mène de front plusieurs projets que ce soit au théâtre, à la télévision ou au cinéma. Cette actrice et créatrice d’univers qui porte plusieurs chapeaux se sent particulièrement fière de pratiquer son métier en Acadie. À maints égards, on pourrait la comparer au personnage de Pélagie du roman d’Antonine Maillet, tant sa détermination est grande.

L’année 2019 a été chargée d’émotion pour Denise Bouchard qui a présenté son tout premier long métrage de fiction Pour mieux t’aimer, dont elle a signé le scénario et coréalisé avec Gilles Doiron. Pour sa constance, son talent, sa passion du métier et son désir de développer le milieu du cinéma au Nouveau-Brunswick, l’Acadie Nouvelle l’a choisie comme personnalité culturelle de l’année 2019.

D’abord comédienne au théâtre puis au cinéma et à la télévision, sa carrière a pris un nouveau tournant dans les dernières années, en passant du devant de la scène à derrière la caméra. Elle est devenue aussi auteure, metteure en scène, scénariste et réalisatrice.

«Pour moi, être sur scène, devant la caméra comme actrice ou être derrière, c’est le même bonheur. C’est vraiment de travailler avec des êtres sensibles, intelligents et joyeux, d’échanger avec les gens et de se faire confiance. C’est un tout. Pour moi, le bonheur il est là. C’est ça qui m’allume. J’aime autant diriger un acteur que de me faire diriger», a exprimé l’artiste de Caraquet à la chevelure noire, aux yeux brillants et la voix profonde.

Elle n’a jamais attendu que le téléphone sonne pour travailler. Fonceuse, déterminée, rien ne l’arrête quand elle a une idée en tête. «Ma force vient de ma famille. Chez nous, on se valorisait beaucoup par le travail, c’est-à-dire qu’il faut travailler pour avoir quelque chose.»

C’est un peu ce qui s’est produit avec Pour mieux t’aimer qu’elle a tourné en plein hiver dans la Péninsule acadienne quasiment contre vents et marées, avec un petit budget financé notamment par le programme Talents en vue de Téléfilm Canada.

«J’ai écrit cette histoire en pensant qu’elle allait rester dans le fond d’un tiroir, mais quand j’ai rencontré Gilles Doiron sur le plateau de tournage du Clan, j’ai aimé son énergie et sa passion. Je lui ai demandé s’il voulait lire mon scénario et il a accepté d’embarquer dans le projet. Je n’ai pas d’enfant et j’avais le goût de partager ça avec la jeunesse parce que ce sont deux énergies différentes», a-t-elle raconté.

La réception du public a dépassé largement ses espoirs. Couronné de la Vague Léonard Forest du meilleur long métrage acadien au Festival international du cinéma francophone en Acadie, Pour mieux t’aimer est à l’affiche du Cinéma du Centre à Caraquet depuis au moins trois semaines. Il aura droit à sa première mondiale au Festival Cinéma on the Bayou en Louisiane, du 22 au 28 janvier.

«Pour Gilles Doiron et moi, rien n’est impossible. Le pas capable, on ne voulait pas l’entendre. On a réussi à faire le film, mais ça n’a pas été un parcours simple. On est deux battants et nous étions déterminés.»

Une feuille de route bien garnie

Après avoir joué dans une dizaine de pièces au Théâtre populaire d’Acadie dans les années 1980 et 1990, Denise Bouchard a joint l’équipe du Pays de la Sagouine. Depuis 1996, elle personnifie Mariaagélas; une femme forte et indépendante qui n’a pas froid aux yeux. Plus elle la joue, plus le personnage la passionne.

«C’était vraiment une femme d’avant-garde. Je la trouve encore très actuelle dans le sens qu’elle est libérée, ouverte sur le monde et elle est toujours la première qui défend la veuve et l’orphelin et les injustices.»

Celle qui a joué dans presque toutes les téléséries acadiennes s’est fait remarquer notamment dans Le Clan pour son rôle de Caro, la mère de la famille. Le directeur du Pays de la Sagouine et comédien Luc LeBlanc, qui côtoie Denise Bouchard depuis longtemps, que ce soit au théâtre ou sur les plateaux de télévision qualifie la comédienne de femme d’instinct. En plus du Pays de la Sagouine, ils ont joué ensemble dans la série dramatique Le siège, dans les pièces Rumeur publique et La chaise perdue. Selon celui-ci, l’actrice réussit à créer des moments très forts sur scène et à l’écran.

«Je dirais que c’est une fille qui a du cran. À l’époque quand elle a commencé au Pays de la Sagouine, on disait qu’il y avait moins de filles en humour, mais elle a tout le temps tenu son bout. Elle est une bonne collègue sur scène pour les comédiens. Avec Mariaagélas, elle apporte ce côté de femme forte qui prend sa place. Quand on embarque sur la scène avec elle, on se sent en confiance.»

Celui-ci a voulu lui donner un nouveau défi en l’invitant à écrire et à mettre en scène les spectacles de Noël depuis cinq ans, le plus récent étant Noël des chavirés. «Au niveau du théâtre, elle apporte différents univers», a commenté Luc LeBlanc.
Denise Bouchard aime Noël pour son côté féerique. «On peut se permettre bien de la folie. Tout l’univers des chants de Noël, ça me plaît bien.»

La pression est quand même forte pour l’auteure puisque le spectacle de Noël au Pays de la Sagouine attire les foules année après année. Les billets pour le spectacle de 2020 sont déjà vendus à 75%. L’auteure qui commence déjà à songer à la prochaine pièce cherche à renouveler le concept.

«On entre toujours dans la création. Pour moi, la création c’est comme un moteur. C’est ce qui est très stimulant. Quand on m’offre un projet qui me parle, je vais tout donner. Quelque part, je suis comme une Pélagie qui tire sa charrette.»

L’avenir

En 2020, la comédienne a plusieurs projets. En plus d’être de retour dans ses habits de Mariaagélas sur l’île-aux-Puces à l’été, Denise Bouchard entend continuer d’oeuvrer dans l’univers du cinéma et de la télévision. Elle porte déjà en elle une nouvelle histoire qui se développe. Est-ce que ce sera un film, une télésérie? Elle ne sait pas encore. Elle apprécie le côté intimiste du cinéma à la différence de la télévision où on doit se plier aux exigences des diffuseurs et des producteurs. Son nouveau projet se déroulera une fois plus dans une région rurale. À son avis, les centres urbains sont déjà bien représentés sur nos écrans. «Dans nos régions à nous, il y a quelque chose de beau», a conclu l’artiste profondément inspirée par son coin de pays.