Les 12 coups de coeur culturels 2019 de Sylvie Mousseau

Fidèle à la tradition, je vous propose mes 12 coups de coeur culturels de l’année 2019. Il s’agit d’une sélection personnelle présentée sans ordre précis. Ce sont des œuvres et des spectacles qui m’ont touchée, transportée et émue. Cette année, dans le domaine du théâtre, nous avons eu la chance de voir des œuvres singulières et particulièrement fortes, incarnées par des acteurs talentueux.

Satellite Théâtre: Les limites du bruit possible

Cette œuvre collective dirigée par Marc-André Charron de Satellite Théâtre m’a complètement renversée. On est saisi par l’intensité de ce spectacle qui explore la fragilité de la vie, le deuil, les forces et les faiblesses de l’humanité. Cette pièce à l’univers un peu étrange, qui fait appel à l’utilisation des masques, des marionnettes et d’accessoires, mise beaucoup sur la gestuelle et le visuel et moins sur les dialogues. C’est visuellement très beau, avec de superbes tableaux où les acteurs sont à la fois des êtres humains et des animaux. Créée en collaboration avec trois compagnies du Québec et de la Grande-Bretagne, Les limites du bruit possible a mis en scène neuf interprètes acadiens, québécois et britanniques.

Comment je suis devenu musulman

Cet automne, le théâtre l’Escaouette a accueilli la comédie dramatique Comment je suis devenu musulman de Simon Boudreault. Cette œuvre qui jette un regard sur le mariage des cultures repose sur un équilibre parfait entre l’humour et la tendresse. C’est fait avec beaucoup de finesse. On rit, on s’émeut et on réfléchit. Le récit qui est particulièrement vivant est incarné par une distribution de grand talent, bien rodée et une mise en scène ingénieuse. Les six acteurs jouent avec beaucoup de justesse. Une belle leçon de la vie qui aborde plusieurs sujets universels.

Je cherche une maison qui vous ressemble
Naviguant à travers plusieurs genres, récital, performance, docu-théâtre et images d’archives, la pièce Je cherche une maison qui vous ressemble de Marie-Christine Lê-Huu nous a rappelé la beauté et l’importance du théâtre. Cette oeuvre inspirée de la correspondance entre Pauline Julien et Gérald Godin, présentée en tournée au Nouveau-Brunswick au printemps dernier, est vraie, remplie d’émotions et rafraîchissante. L’acteur acadien Gabriel Robichaud a livré une interprétation solide du poète et politicien Gérald Godin, tandis que Catherine Allard, qui incarne la chanteuse Pauline Julien, a brillé sur scène. Tant par la forme très éclatée que par le contenu, cette œuvre lumineuse nous éblouit.

Caroline Savoie: Pourchasser l’aube

Avec son deuxième album, Pourchasser l’aube, l’auteure-compositrice-interprète Caroline Savoie nous transporte dans un univers intimiste. Véritable plongée au coeur de l’âme de cette artiste authentique, ce nouveau projet rassemble 11 chansons inspirées d’une période trouble de sa vie. Si la chanteuse aborde des thématiques sombres, il reste qu’elle laisse pointer une lueur d’espoir avec ce deuxième opus tout en finesse et plein de lumière. Il figure certainement parmi les meilleurs albums acadiens parus cette année. Pour la réalisation, elle a fait appel à Philippe Brault qu’elle a croisé à la finale du Festival international de la chanson de Granby en 2015 qu’elle a remportée.

La comédienne Florence Brunet

Comédienne au talent rare et d’une grande versatilité, Florence Brunet a été de presque toutes les pièces de théâtre en Acadie au cours de la dernière année. On l’a vue dans Overlap, Winslow, Les limites du bruit possible, Tsunami et en 2020, elle sera de la distribution de Dîner pour deux au Théâtre populaire d’Acadie. Cette comédienne vingtenaire qui a grandi dans le village très anglophone de Hunter River, à l’Île-du-Prince-Édouard, a fait des études en art dramatique à Moncton. Florence Brunet a fait aussi quelques apparitions à l’écran, notamment dans le film Pour mieux t’aimer de Denise Bouchard et Gilles Doiron.

Salebarbes
Cette nouvelle formation est arrivée dans le paysage musical de l’Acadie en donnant un grand coup de fraîcheur. Salebarbes rassemble George Belliveau, Kevin McIntyre, Jean-François Breau, Jonathan et Éloi Painchaud; des auteurs-compositeurs-interprètes du Nouveau-Brunswick et des Îles de la Madeleine qui ont tous une feuille de route bien garnie. L’énergie et la complicité qui se dégagent entre les membres du groupe sont remarquables. Avec leur musique festive d’influence cadienne, impossible d’y résister. Leur premier album Live au Pas perdu qui rassemble des reprises du répertoire cadien a été très bien reçu. Ce groupe vaut la peine d’être vu en spectacle.

Bande sonore de la télésérie Conséquences

Vous souvenez-vous de la bande sonore de la série Conséquences? Cette musique composée par Robin-Joël Cool, Viviane Audet et Alexis Martin est une œuvre en soi. Les 18 pièces ont été rassemblées pour les rendre disponibles sur un album en ligne. La bande sonore comprend, entre autres, la chanson Tourne avec moi dans deux versions, celle de Viviane Audet et de l’actrice Maude Cyr-Deschênes qui incarne le rôle principal de Nadia. La musique évoque l’ambiance maritime et de «noyade intérieure» qui ressort dans cette série dramatique imaginée par Gracia Couturier portant sur une affaire d’agression sexuelle. Le trio qui a signé la musique d’une quinzaine de films en était à sa première télésérie.

Pierre-Guy Blanchard dans le film Pour mieux t’aimer

La performance de Pierre Guy Blanchard dans le film Pour mieux t’aimer de Denise Bouchard et Gilles Doiron n’a pas passé inaperçue. Son interprétation de Léo; un personnage attachant, complexe, désinvolte, un peu tordu, dont le passé trouble refait surface, était très réussie. Quelle belle découverte! Le musicien, réalisateur et compositeur originaire de Charlo n’est pas comédien au départ. Il a joué au théâtre dans la pièce Le long voyage de Pierre-Guy B., mais il s’agissait de sa première apparition au grand écran. Denise Bouchard a confié en entrevue qu’elle a écrit le personnage de Léo en pensant à Pierre Guy Blanchard. Le public le reverra sur scène en 2020 dans la reprise de la pièce Le long voyage de Pierre-Guy B.

Kuessipan de Myriam Verreault

Sacré meilleur long métrage de fiction canadien au FICFA 2019, Kuessipan de Myriam Verreault touche en plein coeur et met en lumière les réalités d’une communauté innue du nord du Québec, sans complaisance, avec sensibilité et lucidité. Dans ses commentaires, le jury a mentionné que ce film est réellement une œuvre de réconciliation. Kuessipan repose sur la relation entre deux jeunes femmes innues amies depuis l’enfance. Leurs chemins prendront des trajectoires différentes. Mikuan rêve de sortir de la réserve, tandis que Shaniss qui a eu une enfance bafouée s’enfonce et tente de recoller les morceaux.

Le court métrage 54 North de Mélanie Léger et Émilie Peltier

Présentée au Festival international du cinéma francophone, en novembre, la courte fiction 54 North de Mélanie Léger et Émilie Peltier expose un enjeu de société très actuel: l’itinérance. Cette réalité en croissance dans la ville de Moncton a été au coeur de l’actualité en 2019. Les deux réalisatrices ont choisi d’aborder ce sujet sous un angle original en imaginant ce qu’a pu être la vie d’une femme sans-abris de Moncton qui a perdu un peu le contact avec la réalité. Mélanie Léger incarne cette femme avec justesse et le propos du film s’avère particulièrement pertinent.

Le roman #Maria de Jacques Savoie

Vérités ou mensonges? Telle est la question qu’explore Jacques Savoie dans son plus récent roman #Maria que j’ai lu d’un trait. Ce récit qui plonge dans les méandres du milieu du cinéma et dans une affaire de viol est mené par un romancier à l’écriture vive.
On reconnaît aussi l’approche du scénariste puisque son écriture est très imagée. On ne s’ennuie pas en lisant ce récit bien ficelé et collé à l’actualité. Dans ce roman qui ratisse large, il est question du mouvement #Moiaussi, des feux de forêt en Californie, du tournage d’un film américain, du système de justice et de la frontière entre la réalité et la fiction.

L’exposition Les histoires nécessaires

Présenté dans cinq lieux d’exposition à Moncton dans la foulée du CMA, le projet Les histoires nécessaires a rassemblé une grande variété d’œuvres de 13 artistes, dont une majorité de femmes. Conçue et préparée par la commissaire invitée Véronique Leblanc (photo), cette exposition a exploré les thèmes de l’identité et de l’appartenance. Les visiteurs ont pu suivre un parcours à travers la ville afin de découvrir les œuvres de chacun des artistes. Installation, performances, vidéos, audios, broderie, céramique, photo, peinture et costumes ont composé cette exposition. J’ai été particulièrement touchée par la grande installation multimédia participative du collectif Acadie art exchange témoignant du mode de vie à la Baie-Sainte-Marie sur la voix de la poète Georgette LeBlanc qui faisait partie du projet. Parmi les installations, notons aussi celle de Rémi Belliveau autour du personnage d’Évangéline.