L’arbre comme symbole des cultures francophones

Après avoir participé à une exposition d’envergure sur les couleurs de la francophonie en France, l’artiste Rebecca Belliveau est de retour en Acadie afin d’offrir une nouvelle version de cette collection de tableaux qui jette un regard sur les racines de la langue française.

Six grands tableaux modulaires sont rassemblés dans cette exposition présentée au Théâtre Capitol à Moncton. Couleurs explore le symbolisme de l’arbre. L’artiste fait une analogie entre l’arbre et les relations entre les peuples et les cultures francophones du monde.

D’abord présentée au Festival Printemps francophone à Solesmes, en France, dans le cadre d’une exposition collective d’envergure et d’une résidence de création, cette série d’oeuvres nous rappelle combien les racines de la francophonie sont profondes, variées et étendues.

À l’image de l’arbre qui a plusieurs essences, la francophonie est diversifiée et en constante évolution.

«Elle possède des branches innombrables, des versions nouvelles et des dialectes différents, tout comme on retrouve une variété organique dans les millions d’espèces d’arbres de la planète», souligne l’artiste dans le petit document qui accompagne son exposition.

Paul Édouard Bourque a agi comme commissaire dans cette exposition. Quand il a vu le succès de cette exposition en France qui a attiré l’attention de grands médias comme TV5 Monde, il a eu envie de collaborer avec Rebecca Belliveau pour que la collection soit présentée au Canada.

«Ç’a été un gros travail pour elle là-bas et je me suis dit une fois retourné ici, il faut vraiment qu’on fasse quelque chose.»

Le commissaire d’exposition de Moncton apprécie le travail actuel de Rebecca Belliveau, plus dépouillé et épuré.

«Il y a une certaine simplicité, mais elle maintient quand même la sophistication autour de sa technique et de sa pensée visuelle. Je pense que c’est une autre façon d’aborder sa matière. Elle repense tout ça et c’est intéressant de voir qu’il y a une évolution.»

Ses tableaux combinent le photomontage, l’acrylique et parfois le pastel. Le projet a commencé par des photographies d’arbres prises sur le campus, près de chez elle, lors des premières neiges. Elle a ensuite transformé ses photos sur l’ordinateur pour les imprimer en section sur du papier transparent.

«Il s’agit d’une décomposition et d’une recomposition de l’image collée. De là, je travaille avec la texture et la peinture acrylique», a expliqué l’artiste pendant qu’elle installait les toiles au Théâtre Capitol.

Pour illustrer un peu les racines de la langue française, elle a intégré des textes en latin dans ses œuvres. De courtes phrases tirées d’un texte d’Andronicus traduit de l’Odyssée d’Homère ont été ajoutées de façon très discrète aux tableaux. D’après ses recherches, il s’agirait de l’un des plus anciens textes connus en latin. L’analogie se fait donc avec le parcours de la langue française à travers le monde.

Les tableaux exposés à Moncton sont de nouvelles versions plus grandes (120 cm sur 120 cm) de ce qu’elle avait présenté en France. Les textures très évidentes et la luminosité ressortent dans ses toiles.

Depuis sa première exposition solo professionnelle, il y a dix ans, Rebecca Belliveau a toujours cherché à se renouveler. Comme l’a observé Paul Édouard Bourque, sa pensée visuelle a évolué. Il y a quelques années, ses tableaux étaient beaucoup plus denses.

Avec le symbole universel de l’arbre, elle réussit ainsi à rejoindre un vaste public et a amené le spectateur à réfléchir aux différences et aux similarités culturelles, fait remarquer le commissaire.

Le vernissage se tient ce mercredi (8 novembre), de 17h à 19h, au Théâtre Capitol. L’exposition sera présentée jusqu’au 28 février. Couleurs sera aussi au Centre des arts et de la culture de Dieppe en décembre prochain. Elle doublera alors le nombre d’oeuvres pour en exposer une douzaine. Cette artiste native de Bouctouche, établie à Moncton, a près de 30 expositions solos et plusieurs expositions collectives à son actif.