Dîner pour deux de Caroline Bélisle: la quête de la perfection

Jusqu’où peut-on aller pour atteindre la perfection? Une question qui a nourri l’écriture de Caroline Bélisle qui signe la comédie Dîner pour deux dans une mise en scène de Ludger Beaulieu.

La première de Dîner pour deux aura lieu à Caraquet le 28 janvier pour ensuite partir en tournée à travers le Nouveau-Brunswick jusqu’au 13 février. Mettant en vedette Florence Brunet (Johanne) et David Losier (André), cette œuvre du Théâtre populaire d’Acadie raconte l’histoire d’un couple ambitieux qui aspire à la perfection. Caroline Bélisle souligne que les deux personnages recherchent tellement cet idéal qu’ils en viennent presque à développer une relation d’affaires où tout est planifié pour paraître le mieux possible et réagir parfaitement aux situations. Johanne et André sont obsédés par l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

«Jusqu’où irait-on pour se faire admirer? À quel point on est soi-même en faisant ça? Je pense que Dîner pour deux teste un peu les limites de cette recherche-là», a déclaré Caroline Bélisle, l’une des rares sinon la seule dramaturge de l’Acadie à avoir entrepris des études à l’École nationale de théâtre.

Caroline Bélisle a mis près de quatre années à écrire et à peaufiner ce texte qui a été lu pour la première fois au Festival à Haute Voix en 2017. Déjà à cette époque, les bases étaient bien établies, mais au fil de l’écriture une deuxième trame plus subtile s’est dessinée, si bien qu’en plus d’être une comédie qui se situe dans le registre de l’absurde, quelques thématiques un peu moins légères viennent complexifier le propos. C’est une œuvre verbomotrice qui repose beaucoup sur le jeu des acteurs, a fait savoir l’auteure. Elle a été inspirée, entre autres, par sa réflexion sur l’image de la femme et son émancipation.

«Même si les femmes se sont émancipées des modèles féminins traditionnels, est-ce que nous avons vraiment laissé tomber l’idée d’être une femme en forme, qui élèverait parfaitement ses enfants, qui mangerait bien, qui aurait une vie sexuelle et épanouie et ainsi de suite?»

Sans vouloir fournir trop de pistes aux spectateurs afin de susciter la discussion et la réflexion, l’auteure mentionne que la pièce aborde la notion du rapport à l’image, de la manipulation de celle-ci, du bien paraître, questionnant du même souffle le genre de contenu qu’on consomme comme société.

«Dans ma pièce, je n’utilise pas la technologie contrairement à la vraie vie où ça se passe surtout dans les médias sociaux parce que j’aime mieux être dans l’action, mais il y a quand même certains parallèles à faire avec la manipulation de l’image de soi pour paraître à son meilleur.»

Pour mener à bien son projet, elle a voulu poursuivre l’aventure avec Ludger Beaulieu qui avait dirigé la mise en lecture. L’équipe de production l’a aussi consultée pour le choix des comédiens.

«C’est le fun quand c’est la première création d’une pièce d’avoir son mon mot à dire sur le choix des acteurs et sur l’approche.»

Une première publication

«Quelle chance!», s’exclame l’auteure avec le sourire dans la voix. Être publiée pour la première fois comporte des avantages innombrables, même si cette publication arrive aussi avec son lot de stress.

«À partir du moment où on décide de mettre un texte de théâtre dans un livre, on le fige, mais ce qui est surtout formidable pour moi, c’est qu’il est destiné à avoir plusieurs vies. Quand on ne publie pas nos textes, ce qui a été souvent le cas en Acadie, les textes sombrent dans l’oubli un peu.»

Une fois publiée, la pièce pourra être reprise par différents metteurs en scène et ainsi ouvrir une multitude de possibilités, estime-t-elle. Publié aux Éditions Perce-Neige, l’ouvrage sera lancé lors de la dernière représentation au théâtre l’Escaouette à Moncton le 13 février.

Caroline Bélisle a écrit de nombreux textes pour le Pays de la Sagouine et des pièces jeunesse. Depuis quatre ans, elle cosigne le spectacle de Noël avec Denise Bouchard. Une fois ses études à l’École nationale de théâtre complétées, elle envisage de revenir à Moncton pour pratiquer son métier.

«Ma pratique d’écriture peut enrichir ma pratique comme interprète et vice versa parce que je ne serais pas arrivée à l’écriture du théâtre sans passer par la scène. Je pense que mes points forts comme autrice dramatique viennent de mon habileté de dire le texte.»

La pièce Dîner pour deux sera présentée dans dix villes au Nouveau-Brunswick jusqu’au 13 février.