Coco Belliveau: quand l’humour fait perdre du poids

Avec son nouveau spectacle Laide sur la discrimination à l’égard des grosses personnes et les standards de beauté, l’humoriste acadienne Coco Belliveau livre ses réflexions sur son propre cheminement. Pour alimenter la création de ses numéros, elle a perdu 75 livres.

Pourquoi a-t-elle voulu perdre du poids alors qu’elle écrit justement un spectacle sur la grossophobie et la diversité corporelle? L’humoriste originaire de Grand-Sault explique que le commentaire d’une amie l’a fait réfléchir. Elle a eu envie de relever le défi pour vivre l’expérience d’être mince au moins une fois dans sa vie et ainsi constater la différence dans le regard des gens.

«Une amie mince m’a dit: tu ne sais même pas si c’est différent parce que te n’as jamais été mince alors tu ne peux pas vraiment savoir. Je me suis dit que j’allais essayer d’être mince et voir si j’allais pouvoir nourrir cette création artistique et ainsi prouver que la grossophobie existe vraiment», a raconté l’humoriste qui offrira plusieurs prestations pendant le Festival HubCap.

Celle qui pesait environ 260 livres avant d’entreprendre son régime amaigrissant ne savait pas vraiment ce qu’elle allait trouver en vivant cette expérience.

«Ce n’est pas quelque chose que je suggère de faire parce que mentalement c’est vraiment difficile, surtout que je n’ai pas un super métabolisme. Je gagne du poids rapidement et c’est énormément difficile pour moi de perdre du poids. J’ai dû m’enfermer beaucoup au début pour ne pas aller dans des fêtes. C’est sûr qu’il y a aussi de bonnes choses qui sont venues avec, comme j’avais arrêté de boire de l’alcool complètement.»

Dans son spectacle, elle parle de son cheminement, des standards de la beauté, de la perception des gens face aux personnes en surpoids, de la confiance et de l’estime de soi, tout ça évidemment avec humour.

«Le spectacle s’appelle Laide parce que ce n’est pas juste sur la grossophobie, c’est sur les standards de la beauté aussi. La grossophobie entre là-dedans parce qu’on considère que les gros sont moins beaux que les minces parce que ça ne correspond pas aux standards de beauté actuels, quoique moi je considère sincèrement qu’il n’y a aucun lien entre la grosseur et la laideur.»

En se pliant à une diète sévère, l’humoriste cherchait aussi une façon différente de livrer le message même si la diversité corporelle figure parmi les sujets de l’heure. «Clairement, on a besoin d’une multitude de façons de le dire parce que les changements sont quand même très lents», confie l’humoriste.

Près de ses racines

Depuis qu’elle est établie à Montréal, Coco Belliveau revient régulièrement au Nouveau-Brunswick, soit pour offrir des spectacles ou tout simplement pour voir sa famille. Elle confie qu’elle est très attachée à ses racines. Au début de sa carrière, elle se demandait souvent comment le public allait la recevoir.

«C’est une insécurité qui est complètement fausse parce que quand j’embarque sur la scène, je me sens vraiment chez nous. Des fois, au Québec, on se demande si les gens rient juste à cause de mon accent. J’ai passé par cette réflexion, mais à force de réussir, je me sens de moins en moins comme un imposteur.»

Anecdotique, politique et féministe, voilà un peu comment on pourrait décrire le spectacle de Coco Belliveau.

«Je peux écrire aussi des choses qui sont complètement niaiseuses juste pour le plaisir de faire rire les gens, mais pour moi, en général quand il y a un message, j’ai plus de plaisir et je suis capable de faire les numéros pendant plus longtemps sans me tanner parce que c’est rattaché à de quoi d’un peu plus concret.»

Elle apprécie la vérité dans les émotions. Plus elle ressent une connexion avec son sujet, plus elle s’amuse sur scène.

Pour son passage au Festival HubCap, elle présentera une partie de son spectacle Laide, ainsi que du nouveau matériel. Elle travaille en ce moment à l’écriture d’un nouveau spectacle pour le Festival Dr Mobilo Aquafest qui est à la fois un festival d’humour et un organisme sans but lucratif qui regroupe des humoristes.

«Ils ont une mission de faire de l’humour consciencieux ou du moins changer un peu le paysage de l’humour francophone.»

Cette fois, l’humoriste a envie de se donner la permission d’être dans une forme d’humour plus déjantée.

Cette artiste qui a plusieurs cordes à son arc est une habituée des Battle Rap (des joutes entre des rappeurs) et des comédies musicales improvisées. Elle s’envolera bientôt vers New York avec sa troupe de comédie musicale anglophone improvisée pour donner des spectacles.