Dîner pour deux: une satire de la vie parfaite qui séduit le public

Est-il possible d’atteindre la perfection? C’est du moins ce que recherchent Johanne et André dans la pièce Dîner pour deux de Caroline Belisle qui propose une satire de la vie parfaite ou presque…

Présentée en tournée au Nouveau-Brunswick, cette nouvelle création originale du Théâtre populaire d’Acadie mise en scène par Ludger Beaulieu s’est arrêtée, samedi soir, à Shediac. Les comédiens ont été salués par une vibrante ovation de la foule de plus d’une centaine de spectateurs.

«C’est un texte intelligent. C’est bien articulé, on sait pas trop où ça va, mais c’est quand même assez facile à suivre et c’est bien joué», a exprimé un spectateur Claude Léger à l’issue de la représentation à la polyvalente Louis-J.-Robichaud à Shediac.

Dans un décor d’une cuisine moderne, le couple Fontaine semble mener une vie idéale sans embûches où tout est réglé au quart de tour. Ils ont une routine bien établie et ils ont même élaboré un contrat de vie qui définit les tâches de chacun.

André (David Losier) qui travaille dans un immeuble à bureaux se vante de n’être jamais en retard. Il rentre à la maison tous les jours à la même heure pour manger son rôti. Son épouse Johanne (Florence Brunet) mère et femme au foyer à temps complet, s’occupe de l’éducation de leur fille Alexandra – qu’on ne voit jamais dans la pièce – de l’entretien de la maison et des repas. Le couple planifie tout jusqu’aux moindres détails, même leurs relations sexuelles. L’important pour eux est d’être performant, de bien paraître devant les autres, peu importe ce qui se passe réellement dans leur vie. Tout au long de la pièce, ils s’adressent surtout à la foule c’est-à-dire les autres, un peu comme s’ils étaient en train de faire un discours sur leur vie irréprochable. Quelques pointes d’ironie pimentent le tout.

«Elle (Johanne) fait des tartes parfaites et c’est une parfaite tarte», lance le mari dans un grand rire un peu niais.

À un moment, ils nous entretiennent de l’art de recevoir et de complimenter les gens, donnant lieu à quelques répliques savoureuses et très comiques. Arriveront-ils à maintenir ce rythme de vie qui à première vue semble sans failles? Petit à petit, leur vie impeccable apparaît comme une façade. Une restructuration dans l’entreprise d’André risque de compromettre ses chances d’avancées, suivi d’un événement intime qui bouleverse leur vie. Et si le bonheur ne se trouvait pas dans cet idéal de perfection?

«On voit dans cette pièce que la pression est beaucoup sur la femme pour s’assurer que l’image de la famille soit parfaite. On riait jaune à un moment donné. J’ai ri un peu plus au début et à mesure que ça avançait, on voit que leurs efforts de garder cette image s’effondrent», a commenté une spectatrice Rachelle Poirier.

En effet, leur tour d’ivoire commence à dégringoler.

«On montre une façade, mais dans le fond ce n’est pas toujours vrai et en dedans, ça brasse», a soulevé Paul André Babin.

Tout est joué de façon exagérée, un peu comme une caricature. Même si on est loin du réalisme, le jeu de David Losier et Florence Brunet est juste et se maintient tout au long de la pièce. C’est une comédie, mais on ne rit pas aux éclats. Le propos est pertinent surtout à cette époque où règne l’obsession des apparences et de la performance. Mais chacun a ses limites et c’est un peu ce que l’oeuvre de Caroline Bélisle tente de démontrer.

Or a l’impression que le propos demeure quand même un peu en surface. Puisant quelques éléments du théâtre de l’absurde, les comédiens jouent avec une certaine distance. Mais l’histoire se suit et on comprend très bien le propos. Il y a quelques scènes assez loufoques qui font sourire. L’écriture de Caroline Bélisle est vive et rafraîchissante et elle ne manque pas de mordant.

Le décor, les costumes et les accessoires créés par Claudie Landry se marient bien avec ce genre d’univers. La musique et l’environnement sonore sont de Jean-François Mallet et la conception des éclairages de Mathieu-Julien Duguay.

En tournée jusqu’au 13 février, la pièce sera présentée dans sept autres villes: Néguac, Bathurst, Dalhousie, Saint-Quentin, Edmundston, Fredericton et Moncton.