Encan du Centre culturel Aberdeen: Jacques Arseneault à l’honneur

Pilier du monde des arts en Acadie, Jacques Arseneault sera l’artiste à l’honneur du 9e encan annuel du Centre culturel Aberdeen. Le maître graveur natif de Dalhousie qui a été des touts débuts de ce lieu artistique incontournable de Moncton présentera trois œuvres, dont l’une des plus importantes gravures de la série Demoiselles.

Jacques Arseneault estime que cet honneur arrive à un moment clé de son parcours puisqu’il vient de prendre sa retraite de l’enseignement. Après avoir enseigné les arts visuels à l’Université de Moncton pendant 39 ans, l’artiste a tiré sa révérence pour se consacrer entièrement à sa pratique artistique.

«C’est vraiment un moment privilégié. J’ai enseigné 39 ans, donc je sens que j’ai donné ce que j’avais à donner au niveau de l’enseignement. On sait qu’on avance en âge et je trouve agréable de travailler tous les jours sans arrêt dans mon atelier», a-t-il confié.

Artiste de renommée internationale, il a été un des premiers à avoir son studio au Centre culturel Aberdeen en 1981. Cofondateur de l’Atelier d’estampe Imago, il a contribué à l’essor de la gravure, en plus d’être une véritable inspiration pour les générations qui l’ont suivi. Ses œuvres ont été exposées au Canada, aux États-Unis, en France et en Chine. Elles font partie de plusieurs collections publiques et privées.

Trois de ses gravures seront mises aux enchères, dont deux de la fameuse série Demoiselles. Considérée comme une œuvre phare de cette série, La barque de Dante qui date de plusieurs années a été exposée à Beijing, en Chine.

«C’est probablement la plus importante de la série. Il s’agissait de la plus grande exposition de graveurs du Canada et je suis le seul du Nouveau-Brunswick qui a été choisi», a-t-il raconté.

De plus, son œuvre qui a été achetée par le Musée de Beijing a été très en vue dans les journaux. Une deuxième œuvre qu’il vient tout juste d’achever, aussi de la série Demoiselles, fera également partie de l’encan.

Pour réaliser ses oeuvres, l’artiste peut y travailler pendant plusieurs mois. Il y a d’abord toute la recherche qui précède la réalisation.
«Graver le bois, c’est au moins deux mois de travail.»

Des livres à la gravure

Dans son travail, il conjugue l’écrit et le visuel, son inspiration lui venant d’abord des livres. Il s’est inspiré, entre autres, des romans de Kafka et de la poésie de Gérald Leblanc. Ce n’est pas tant le contenu qui l’intéressent, mais la structure des livres.

«Avec les mots, je peux aller chercher de 2000 à 4000 livres à la bibliothèque et je vais voir tous les livres qui ont des illustrations. Et je crée ma banque de données. C’est ce qui fait que je travaille longtemps sur une même thématique.»

Il a travaillé pendant au moins une douzaine d’années à la série Demoiselles. Pour La barque de Dantes, il a conçu le projet à partir du livre Locus Solus (lieu seul) de l’écrivain français Raymond Roussel. À partir de seul, lieu et demoiselle (le nom d’un chapitre), il a cherché tous les ouvrages contenant ces mots.

«Je crois que le procédé joue beaucoup avec le chaos au départ, c’est-à-dire que je mets des choses qui ne vont pas ensemble pour essayer de trouver un sens après.»

Depuis un an, il a entrepris une nouvelle recherche. Sa troisième œuvre sera donc complètement différente, même s’il fonde encore sa démarche sur la littérature.

«Y a jamais une œuvre qui n’a pas été faite à partir de l’écriture.»

Cette œuvre toute nouvelle ainsi que l’ultime pièce de la série Demoiselle seront dévoilées à l’encan. Il se réjouit de pouvoir contribuer à cette activité de financement du Centre Aberdeen. En plus d’être membre fondateur de l’Atelier Imago, il a présidé le conseil d’administration de la Galerie Sans Nom et il est membre de la Galerie 12; tous des organismes locataires du Centre. Il participe régulièrement à des activités de financement, dont Art en boîte. Cet événement a contribué non seulement au développement de l’estampe, mais a permis à bien des gens de s’initier à l’art contemporain à un prix abordable, rappelle l’artiste.

Le directeur du Centre culturel Aberdeen, René Légère, a salué le travail et la contribution immenses de Jacques Arseneault au secteur des arts.

«Si le Centre culturel Aberdeen est ce qu’il est aujourd’hui, c’est clairement grâce à des artistes médiateurs et engagés tels que Jacques Arseneault, qui demeure un pilier culturel dans le monde des arts à Moncton et en Acadie. Son travail est unique et exemplaire et nous sommes honorés qu’il ait accepté notre proposition.»

Activité principale de financement du Centre Aberdeen, le 9e encan annuel rassemblera une quarantaine d’oeuvres qui seront mises en vente au cours de la soirée. L’encan se tiendra le samedi 14 mars à compter de 19h.