Chansons, paroles et partitions: le testament musical de Donat Lacroix

L’entrevue est terminée, le calepin de notes est rangé, la caméra est fermée. Mais c’est difficile de quitter Donat Lacroix, le «gars qui chante». En 55 ans de carrière, les anecdotes se succèdent les unes après les autres, chacune aussi intéressante que la précédente.

Sur son métier de pêcheur.

Sur son héritage laissé à la chanson en Acadie.

Sur ce livre qui comprend les partitions musicales et les paroles de 30 de ses chansons les plus célèbres.

«Je le trouve pas mal beau!»

Sa casquette vissée sur la tête – sa marque de commerce -, l’homme qui aura bientôt 83 ans est appuyé sur le comptoir de la cuisine de sa maison construite en bois rond, au bout de la rue Grande Allée de Caraquet.

Sa préoccupation de l’heure est toute simple: évaluer combien de personnes seront présentes au lancement de ce recueil, samedi, dans un 5 à 7 au Centre culturel de Caraquet. Son acolyte pendant des années, Antoine Landry, sera présent avec son piano.

«Cinquante? 100? Je n’en ai aucune idée!», finit-il par lâcher, sa Émé à ses côtés, souriante devant l’hésitation de son homme.

Dans le milieu de la chanson en Acadie, Donat Lacroix est vu comme une sorte de Dieu. Il a été un des premiers à composer paroles et musique de ses chansons. Ses classiques racontant la vie des pêcheurs et l’espoir à travers les drames ont fait le tour du monde, dont même un séjour à bord de la Station spatiale internationale.

Viens voir l’Acadie est, après Ave Maris Stella, l’hymne national acadien par excellence.

Tout le monde le voit comme un Dieu… sauf lui. À ce sujet, il laisse le public en juger.

Chansons, paroles et partitions musicales est en fait l’oeuvre d’une vie – «j’ai eu une belle vie», concède l’auteur à la fin de notre rencontre.

«J’en suis fier, continue l’homme en admirant la page couverture où on le voit souriant à la barre. J’avais ça dans mes classeurs… Je ne les ai pas toutes mises là. C’est de l’ouvrage, tout ça! Des gens m’appelaient pour avoir telle ou telle chanson. J’ai eu l’autre jour un appel des États-Unis. Une organiste voulait les partitions de Yésouh parce qu’elle accompagnait un ténor à un concert. J’ai su par après que le ténor était Éric Thériault! Là, dans ce livre, tout est conforme.»

C’est aussi une sorte de testament d’un artiste plus grand que nature. Car il sait bien que son bateau a navigué bien plus qu’il en reste avant d’arriver au port final. Avant qu’il soit trop tard et pendant qu’il est encore lucide – avec un petit sourire -, Donat Lacroix a voulu laisser quelque chose de tangible aux prochaines générations.

«Ce sont des chansons purement acadiennes qui racontent un peu notre histoire. Ce n’est pas de la grande musique, mais c’est de la musique vraie. Je regarde ces textes et je me demande encore dans quel état d’esprit j’ai pu écrire ça. Est-ce moi qui ai écrit ça?», s’étonne-t-il encore, sa préférée étant Yésouh.

Pêcheur avant tout qui voulait mettre du pain sur la table, père de famille comblé avec quatre enfants, ce «gars qui chante» a fait vibrer les foules partout où il a offert sa voix en guise de réconfort. Une voix peut-être pas aussi solide qu’avant, mais une voix qu’il entend faire résonner aussi longtemps que la santé le lui permettra.

«Je l’ai fait par amour, pas pour l’argent. Et je ne dirai jamais que j’ai fini; il y en a trop qui ressuscitent», blague-t-il.

Cinquante? Cent personnes? Donat Lacroix devrait s’attendre à en accueillir pas mal plus, samedi…