Anna Rail: fenêtre sur le rêve

Après avoir redonné vie à des maisons abandonnées, l’artiste Anna Rail plonge dans le monde des rêveries à travers les fenêtres dans une toute nouvelle exposition de batik sur papier japonais.

Vous arrive-t-il de rêver, de contempler ou même de songer à l’avenir en regardant par une fenêtre? Anna Rail estime que la fenêtre est bien plus qu’une ouverture dans une maison, elle constitue un élément important de nos vies.

«On dit que le sommeil, en plus d’être réparateur, peut nous amener à réfléchir sur certaines choses et à prendre des décisions, mais je suis convaincue que la fenêtre fait la même chose», a déclaré en entrevue l’artiste au milieu de ses tableaux aux couleurs vives.

Présentée à la Galerie 12 à Moncton, son exposition qu’elle a intitulée Rêverie rassemble 11 tableaux de batik sur papier japonais.

«Ce sont 11 occasions de rétrospection, de regard sur l’avenir basé sur nos expériences. C’est aussi 11 occasions de se creuser la cervelle un peu relativement aux choses qu’on veut faire.»

Comme pour sa série sur les maisons abandonnées, qu’elle a exposée en 2018, elle s’est inspirée de son environnement. Ce sont des fenêtres qu’elle a vues, que ce soit chez elle à Dieppe, à son chalet ou lors de ses voyages. Il y a des fenêtres de la Turquie et de certaines régions du Nouveau-Brunswick, dont le Village historique acadien. Elles s’ouvrent toutes sur des paysages souvent très fleuris. Elles sont de styles et de formats différents.

«Ce sont toutes des fenêtres que j’ai vues et qui m’ont inspirée à ce moment-là et qui continuent de m’inspirer. Il y a une raison pourquoi on regarde tout le temps par les fenêtres. C’est parce qu’on veut explorer ou par curiosité pour voir ce qui se passe. Souvent on se surprend à s’accoter les bras croisés et à réfléchir en face d’une fenêtre.»

Des décisions importantes peuvent parfois jaillir de cette contemplation et de ces réflexions. Dans une société obsédée par la productivité et la performance, la rêverie est d’autant plus importante, note l’artiste.

«Je pense que la rêverie fait partie du quotidien et il faut rêver parce qu’il y a tellement de choses qui peuvent nous affecter. On a juste à regarder ce qui se passe dans les médias sociaux. Je trouve que la rêverie est une partie essentielle de notre être, c’est une partie de notre cerveau qu’il faut constamment développer et se servir pour être bien dans sa peau.»

Un médium rare

Anna Rail est l’une des rares artistes au Nouveau-Brunswick à réaliser des batiks contemporains sur papier japonais. C’est une technique excessivement exigeante, précise-t-elle. Celle qui a fait ses débuts dans le monde des arts visuels avec l’aquarelle se passionne maintenant pour le batik. Le résultat peut s’apparenter à l’aquarelle, mais avec beaucoup plus de textures. Cette pratique d’impression fait en sorte que les œuvres sont traversées par une multitude de craquelures. Chaque toile nécessite au moins une douzaine d’étapes.

«En plus de travailler sur un papier très mince, il est difficile à manipuler, à bouger et à sécher et ça demande que la cire couvre certaines parties. Une fois que c’est terminé, il faut enlever la cire avec un fer et le coller sur une toile.»

Habituellement, le batik se pratique sur des tissus. Cette artiste aime ce médium en raison de son aspect très technique. Elle a travaillé à la réalisation de cette collection pendant plusieurs mois. La recherche constitue aussi une partie importante de son processus créatif.

«Personnellement, l’inspiration ne vient pas nécessairement comme ça. Il faut que je fasse de la recherche. Une fois que j’ai une inspiration, je veux aller voir ce que ça représente pour moi.»

Son exposition à la galerie 12 est présentée jusqu’au 26 février. Anna Rail aura une deuxième exposition, cette année, à la galerie de l’Hôtel de Ville de Moncton qui se tiendra en novembre et décembre. Elle n’a pas encore choisi le thème de cette exposition. Anna Rail est membre de la Galerie 12 et directrice générale de CARFAC Maritimes (Front des artistes canadiens).