Comprendre la ruralité acadienne et les identités «queer» par la performance

Se définir comme «queer» et acadien vivant en milieu rural comporte son lot de défis, avance le couple d’artistes Samuel Landry et Xavier Gould qui explorent cette thématique par la performance artistique.

La Galerie Louise-et-Reuben-Cohen à Moncton célèbre l’art de la performance en accueillant quelques artistes pour des résidences de création en février et en mars. Bien connu pour son personnage de chasseuse de «moose», Xavier Gould et son compagnon de vie, Samuel Landry, un artiste qui a aussi une formation en art dramatique, ont choisi d’explorer cette forme d’art hybride. Ce moyen d’expression associé aux arts visuels, comparé parfois aux sports extrêmes, fait appel à différents médiums et aux arts de la scène dans une forme souvent éclatée. Chaque projet prend des formes différentes. C’est un art souvent éphémère très ancré dans le présent.

Selon le couple, cette forme d’art souvent déstabilisante ouvre la porte à l’exploration sur des thématiques non conventionnelles. Pendant deux semaines, le tandem a aménagé son studio de création dans la Galerie Louise-et-Reuben-Cohen, tel un laboratoire. Dans la salle principale, on retrouve une grande bâche orange qui constitue en quelque sorte le canevas de leur création. Un atelier de costumes et d’accessoires a été aménagé et on retrouve aussi des outils de toutes sortes, des escabeaux et des rétroprojecteurs. On a presque l’impression d’entrer dans un chantier de construction.

Samuel Landry précise qu’il s’agit d’une résidence qui leur permettra d’explorer différentes avenues. Pour ces deux membres qui ont fondé le collectif de drag queen Maison du ménage, l’idée est d’associer leur identité «queer» ou altersexuelle à la culture acadienne et à la ruralité. Que se passe-t-il quand on essaie de forcer les personnes LGBTQ à épouser la culture de la norme?

«C’est quelque chose que je vis. J’ai grandi en Acadie dans un milieu fort dans la culture acadienne, mais j’ai aussi grandi comme une personne queer pis j’aime pas ça choisir entre les deux. Je le ressens parce que la culture acadienne à la base n’a pas beaucoup de représentation qui est très queer», a confié Samuel Landry.

Pendant deux semaines, ils explorent diverses possibilités artistiques autour de leurs préoccupations relatives à leurs identités. Ce sont des discussions qu’ils ont régulièrement à la maison. Samuel Landry rappelle qu’à la base, la société est bâtie pour des gens hétérosexuels et ceux qui ne suivent pas cette voie sont souvent marginalisés.

«On sait qu’il y a des changements aujourd’hui et que c’est beaucoup mieux que ç’a été, mais à la base quand on pense à la normativité, elle est hétérosexuelle», a soulevé Xavier Gould.

En optant pour l’art de la performance, le duo estime qu’il peut ainsi créer une œuvre qui n’est ni un poème, ni un spectacle d’humour, ni une pièce de théâtre, ni une peinture. Ils souhaitent jumeler leur identité altersexuelle à des objets traditionnellement associés à la masculinité, d’où les nombreux outils qui jonchent le sol.

«On crée un paysage «hétéronormatif» rural qui représente la masculinité acadienne. On se met soit en drag ou visiblement queer et on essaie d’explorer et de créer des moments dans ce paysage en trois dimensions», a indiqué Samuel Landry.

Ils auront peut-être recours au théâtre, à la musique, à la poésie ou encore aux projections. Le travail ne fait que commencer, précisent-ils. À un moment pendant leur résidence, ils envisagent d’inviter le public à vivre cette expérience avec eux.

L’amour du travail manuel

Xavier Gould est convaincu que la performance artistique peut aider à comprendre leur parcours et leur questionnement. Cette forme d’expression permet d’aborder des thématiques complexes. Auteur, humoriste et vidéaste, le comédien acadien multiplie les projets. Pour sa part, Samuel Landry, qui a grandi à Dieppe a fait des études en théâtre, fait de la danse en plus de s’intéresser aux arts visuels.

Comme ce sont des sujets qui les touchent tous les deux, ils ont voulu prendre part à cette résidence de création ensemble. Ce sont deux créateurs qui affichent fièrement leurs identités LGBTQ dans leur pratique artistique.

En choisissant d’avoir recours à des outils de construction, ils font un clin d’oeil à leur enfance. Xavier Gould se souvient du bonheur qu’il avait à effectuer des travaux avec son grand-père.

«J’aimais faire ces choses-là, mais à un moment de ma vie, j’ai dû me distancer de ça parce qu’il fallait que je me définisse comme personne queer. À l’université, j’ai fait de la construction (décor de théâtre) beaucoup et j’ai comme retrouvé l’amour de travailler avec mes mains. Samuel a aussi grandi avec un père dans le domaine de la construction.»

Le couple sera à la galerie jusqu’au 13 mars. Les mois de la performance à la Galerie Louise-et-Reuben-Cohen se poursuivent jusqu’au 26 mars. D’autres artistes ont été invités à offrir des performances et à participer aux résidences de création. Marika Drolet-Ferguson sera en résidence de création du 16 au 20 mars. La programmation comprend aussi une conférence de Chloé Lum et Yannick Desranleau, ainsi que des conférences et performances du duo Geneviève et Matthieu.