Un automne noir de Florian Olsen: un polar atypique

L’auteur Florian Olsen présente son premier roman Un automne noir; un polar atypique qui va au-delà des frontières de ce genre littéraire en flirtant avec le fantastique. À travers une enquête sur une affaire de meurtres en série, il aborde des enjeux humains, sociaux et politiques.

Ayant grandi dans la région de Moncton, cet historien détenteur d’un doctorat en sciences politiques est établi dans la région de Gatineau depuis une quinzaine d’années. Celui qui occupe aujourd’hui un poste d’analyste des politiques aux affaires mondiales Canada, rêvait depuis longtemps de publier un roman. Son goût pour la littérature et l’écriture pourrait bien lui venir de sa mère, l’écrivaine Évelyne Foëx, qui vit toujours en Acadie.

Florian Olsen s’intéresse aux polars, aux suspens, aux récits fantastiques, d’horreur et de science-fiction depuis longtemps. Le romancier américain Howard Phillips Lovecraft qui a vécu au tournant du siècle dernier, un spécialiste de ces genres, figure parmi ses sources d’influence.

Dans son roman, Florian Olsen ne propose pas une intrigue conventionnelle même s’il s’attaque au thème récurrent des tueurs en série. On se rapproche de l’irrationnel ou du réalisme magique. Il a choisi de raconter son histoire avec des allers-retours dans le temps, ajoutant ainsi à l’originalité de cette première œuvre.

«Là où j’ai vraiment voulu aller avec le roman, c’est de souligner l’immanence du mal. Le mal, l’agressivité, la violence, ça vient de nous, de la société, de la frustration qui vient des attentes déçues que nous avons envers nous-mêmes, de la pression qu’on ressent des autres de ne pas être à la hauteur des images sociales», a déclaré le romancier qui a cherché aussi à sortir des clichés associés au polar, tant dans le récit que dans les personnages.

Un automne noir met en scène une enquête sur une série de meurtres de jeunes femmes dans le Vieux-Hull (Gatineau) pendant une course à la mairie.

Plusieurs années plus tard, la professeure de sociologie Estara Villeneuve revient sur cette affaire qui a ébranlé la ville et semé la panique dans la population. Elle était étudiante à l’époque. Un candidat à la mairie avait alors basé sa campagne électorale sur la peur des autres et l’urgence d’instaurer des mesures pour diminuer la criminalité dans la ville.

Pour le policier Nasir Hassan qui avait mené cette enquête avec la criminologue Mila Scherrer, le souvenir de cette triste affaire fait resurgir de vieux démons. Un doute sur les conclusions de l’enquête persiste.

Au coeur de ce récit nébuleux, se trouve une artiste-peintre Sophie Viau, aux prises avec des troubles de santé mentale, qui a peint un tableau d’un homme en noir. A-t-elle donné vie à un assassin, est-elle liée à ces meurtres ou s’agit-il de cauchemars ou d’hallucinations?

Beaucoup de questions qui sont répondues plus ou moins clairement, laissant ainsi la responsabilité au lecteur de s’imaginer ses propres conclusions. L’auteur a voulu jouer avec les ambiguïtés. Le mystère plane. Estara tentera de creuser cette affaire pour connaître la vérité.

Certains thèmes sont abordés de façon plus délibérée, tels que celui de la politique, du sensationnalisme dans les médias et du phénomène des paniques morales, souligne l’auteur. C’est un phénomène sociologique qu’il a étudié dans le cadre de ses études de doctorat.

«Il y a des cas classiques comme la panique satanique qu’on a connue dans les années 1980 liée à la musique métal ou aux jeux de rôle comme Donjon et dragon. Au Québec, il y aurait les accommodements raisonnables. C’était un débat qui prenait force quand j’ai commencé à écrire le livre.»

Un vrai tableau

Travail de longue haleine, le roman s’est écrit sur une période de dix ans. Le tableau de l’homme en noir que l’on retrouve dans le livre existe vraiment. Quand Florian Olsen était étudiant à Moncton, il a vu cette toile chez une amie où il avait passé une bien mauvaise nuit. Ce tableau est une inspiration réelle du roman.

Florian Olsen a commencé à écrire son roman à Philadelphie. Au départ, la ville n’était pas nommée, mais plus tard dans le processus d’édition, il a choisi de situer l’action à Hull.

«J’ai pensé que Hull serait intéressant parce que c’est l’endroit où je vis. Il y a beaucoup d’éléments intéressants. Par exemple, c’est une vieille ville ouvrière, traditionnellement beaucoup plus défavorisée qu’Ottawa en face de la rive.»

Si on dit souvent que les écrivains ont besoin d’écrire, il reste que c’est un travail difficile qui exige de la discipline et du temps, soulève l’auteur qui occupe aussi un emploi à temps plein.

«Je pense qu’être un auteur publié est un rêve que j’avais depuis l’âge de 19 ans. Je suis quelqu’un de têtu avec une certaine ambition. J’ai beaucoup de résilience, ce sont des capacités qui m’ont aidé à le mener à bout.»

Accueil positif

Son roman a été bien accueilli par la critique. Le romancier confie que cet accueil positif l’encourage à continuer d’écrire. Il a d’autres projets en chantier, dont un suspens politique. Il n’écarte pas l’idée de camper un de ses récits au Nouveau-Brunswick, notamment dans la région de la Baie de Fundy et du Grand Moncton, en raison des paysages qu’il estime évocateurs.

Florian Olsen a remporté, en 2003, le prix Volet Jeunesse Richelieu pour son récit Les Aigles ne voleront plus: un récit de la bataille de Waterloo. Son roman Un automne noir qui vient tout juste de paraître est publié aux Éditions Triptyque.