Première virtuelle pour un film qui revisite l’enfer d’Auschwitz

Comment faire un film sur un recueil de poésie? Une question qui a habité la cinéaste Monique LeBlanc qui propose une adaptation cinématographique émouvante du recueil de poésie Plus haut que les flammes de Louise Dupré.

Impossible de rester insensible devant le film de Monique LeBlanc, Plus haut que les flammes. Cette œuvre qui repose sur le texte poétique de Louise Dupré retourne sur les lieux de l’une des pires atrocités de l’histoire humaine: les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz et de Birkenau. Au-delà de l’horreur, il y a la lumière de l’enfance qui ressort. Il y a aussi les mères et les grands-mères qui jour après jour se chargent d’élever leurs enfants parfois dans des conditions de vie très difficiles.

D’abord, il faut mentionner que le texte de Louise Dupré, lauréate d’un Prix littéraire du Gouverneur général, est magnifique. Ce cri du coeur poétique «surgi de l’enfer» est interprété par la comédienne Violette Cheveau. L’auteure a écrit ce texte après avoir visité Auschwitz et Birkenau. Elle le dédie à son petit-fils Maxime. Après avoir lu le recueil, Monique LeBlanc tenait absolument à en faire un film… mais comment?

«J’étais poussée par un désir, une volonté et un besoin. Mes premières tentatives de convaincre l’ONF, à l’époque, ça ne passait pas. Ç’a pris du temps avant de trouver sa place, mais une fois qu’on l’a trouvé, j’ai eu un soutien absolument invraisemblable pour le faire», a raconté la cinéaste établie à Bouctouche.

Elle a opté pour une approche qui ressemble un peu à celle des poètes, de manière instinctive. Elle a tourné des images en Pologne, en Ukraine, en Louisiane, au Nicaragua, à New York et au Nouveau-Brunswick. Il y a bien sûr des images des anciens camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau, mais aussi des scènes plus intimistes avec des grands-mères qui élèvent seules leurs petits-enfants. On se retrouve à un moment dans un bidonville au Nicaragua avec une grand-mère et ses petits-enfants. Entre la poésie et les paysages désolants, s’installent ici quelques moments de proximité où la cinéaste nous invite à entrer dans le quotidien de ces femmes et de ces enfants. Pour trouver ces grands-mères au Nicaragua et en Ukraine, la réalisatrice a dû mener plusieurs recherches.

Elle a travaillé pendant trois années à la recherche, à la scénarisation et à la réalisation de ce documentaire non conventionnel. À mi-chemin entre le documentaire et le film d’art, Plus haut que les flammes est une œuvre unique en son genre. Elle ne voulait surtout par faire un film dans lequel les images illustrent exactement les mots du texte. Elle admet que le doute l’a habité tout au long de la création. Elle a cherché à créer un oeuvre à part entière qui accompagne le texte poétique, en proposant des images évocatrices comme ce sang sur la neige dans le coin de Gorge Road, à Moncton, ou encore un champ de tournesols trouvé au hasard d’une balade vers l’Île-du-Prince-Édouard.

«Souvent, c’est comme si le film se faisait en moi dans ma tête à mesure que je le faisais. Comme j’avais accès à la caméra, j’ai pris beaucoup d’images ici au Nouveau-Brunswick comme la nature et les animaux. Des fois, c’était des choses qui arrivaient à brûle-pourpoint.»

Filmer Auschwitz-Birkenau

Pour arriver à filmer Auschwitz complètement désert, elle s’est rendu très tôt sur les lieux avant l’arrivée des marées de visiteurs.
«Les gens ont été fantastiques et très collaboratifs. Ils nous ont permis de filmer des choses que normalement on ne laisse pas les gens filmer. C’est sûr que pour moi Birkenau (autre camp à côté d’Auschwitz), c’est le lieu qui m’a le plus bouleversé. Auschwitz a comme un côté muséal.»

Elle est demeurée fidèle au poème d’une certaine manière, surtout dans l’évolution du texte. Dans la première partie, la présence des anciens camps de concentration est plus marquée et progressivement on se libère pour voir la jeune mère qui danse pour se donner du courage. Mentionnons aussi que la musique est magnifique. En plus des compositions originales de Monique Jean, on retrouve une suite d’oeuvres classiques. Comme le souligne la cinéaste, ces pièces apportent une dignité à certains segments du film et aux personnages.

Première virtuelle

La première mondiale de Plus haut que les flammes devait se tenir au Festival international du film sur l’art, à Montréal. Vu la situation entourant le coronavirus, le festival a suspendu ses activités en salle et a choisi de présenter une programmation en ligne. Une centaine de films, dont celui de Monique LeBlanc, seront mis en ligne à compter du 18 mars, et ce, jusqu’au 29 mars, moyennant des frais d’adhésion.
«Je suis contente qu’ils aient pensé à faire ça et je trouve que c’est une très bonne idée, mais il n’y a rien comme une vraie soirée de première. C’est le genre de film qui gagne à être vu sur un grand écran dans une salle. Ce sont des images porteuses d’émotions», a ajouté la cinéaste qui espère que son film sera présenté éventuellement en salle au Nouveau-Brunswick.

Produit par l’ONF, Plus haut que les flammes est en compétition officielle au festival. Monique LeBlanc qui est aussi productrice signe ici son cinquième grand documentaire d’auteur. Elle a réalisé, entre autres, un film sur l’oeuvre du peintre Roméo Savoie.