Zachary Richard: la poésie, source de sérénité

Le poète et musicien Zachary Richard est convaincu que l’art peut jouer un rôle essentiel dans des situations de crise comme celles que nous traversons actuellement.

«La poésie comme tous les arts est destinée à nous transporter en dehors du quotidien et à enrichir l’expérience de l’humain et de l’humanité d’une façon qui nous permet de mieux agir et de trouver une certaine sérénité», a exprimé le poète et auteur-compositeur-interprète, Zachary Richard.

Joint à sa résidence dans la région de Lafayette, l’artiste affirme bien se porter. Il a été testé pour le coronavirus et les résultats sont attendus d’ici une semaine.

«J’éprouve une certaine fatigue depuis quelques semaines, mais ça peut être dû à toutes sortes de choses. Je n’ai pas de fièvre et je n’en ai jamais eu. J’ai décidé de subir le test par précaution et je l’ai exigé aussi des accompagnatrices qui s’occupent de ma mère. On a déjà eu deux résultats qui sont négatifs donc je suis assez encouragé par ça.»

Zachary Richard se désole de l’émoi qu’il a suscité cette semaine à la suite de son entrevue à l’émission Dessine-moi un dimanche à Radio-Canada.

«J’ai été très cavalier avec mes propos (laissant entendre qu’il avait la COVID-19). Ce n’est pas le genre de sujet où il faut entrer dans des zones grises ou les jeux de mots. Les gens sont sur le qui-vive. Il faut être extrêmement précis et je ne l’étais pas. J’ai causé du désarroi autour de moi qui m’a fait beaucoup de peine. J’ai pris le souci maintenant d’être soucieux dans mes propos et d’appeler les choses clairement pour ne pas créer de situation comme dans laquelle je me suis retrouvé.»

Au lendemain de l’entrevue, il a clarifié ses propos sur les médias sociaux pour dire qu’il n’était pas atteint de la COVID-19. Le chanteur a choisi de s’isoler volontairement par précaution et surtout pour protéger sa mère de 98 ans. Habituellement, il rend visite à sa mère deux fois par jour. Elle habite toujours dans sa maison et reçoit de l’aide de trois accompagnatrices.

«Elle est toujours là, mais je suis accablée à l’idée de son départ. J’avais promis à mon père sur son lit de mort que j’allais m’occuper de ma mère et comme je suis fils unique, il n’y a pas beaucoup de relais. Je me suis donné le vœu de prendre soin d’elle jusqu’à son départ et de la garder chez elle.»

Depuis le début du confinement, Zachary Richard essaie à sa façon d’établir une routine. La pandémie lui a même inspiré un poème qu’il a appelé Jeudi saint.

«J’écoute beaucoup de musique et j’écris un petit peu. Pour le reste, j’attends que ça passe. Heureusement que ça arrive à un moment où la technologie nous permet de nous rapprocher des autres. Je pense que c’est une rude épreuve, mais on va pouvoir passer au travers avec discipline et sérénité.»

Des leçons?

Est-ce qu’il y aura des leçons à tirer de cette situation? Il est encore trop tôt pour l’affirmer, estime l’artiste et activiste acadien. Il se désole de voir que ce sont encore les plus pauvres qui souffrent davantage dans une crise. En Louisiane, 70% cas de la COVID-19 sont des Afro-américains qui pourtant ne constituent que 30% de la population, rappelle le chanteur.

«C’est une question pas nécessairement de races, mais de classes sociales. C’est toujours les plus pauvres qui vont souffrir dans une crise. Est-ce qu’on va pouvoir s’adresser à ça d’une façon qui va vraiment faire une différence? Je n’en sais rien. Est-ce que la société va devenir meilleure et finir par comprendre qu’on est tous dans le même bateau? Je n’en sais rien.»

Il s’inquiète de la situation pour les musiciens et pour tous ceux qui travaillent dans le domaine du divertissement et du service comme les restaurateurs. Combien de temps faudra-t-il pour que les gens aient suffisamment confiance pour se rassembler?

«J’espère que ça va être réglé avant le prochain congrès mondial acadien (2024)», lance le chanteur qui n’a rien perdu de son sens de l’humour.

Festival Frye

Zachary Richard participera de façon virtuelle au Festival Frye qui offre une programmation en ligne. Il présentera un extrait de son plus récent recueil de poésie, Zuma 9, paru aux Écrits des Forges. Ce recueil teinté d’espoir rassemble des textes qui s’étendent du début des années 2000 à 2018. Dans cette collection, le poète aborde différentes thématiques et emprunte diverses formes poétiques allant du bref haïku aux longs poèmes plus revendicateurs.

«Le recueil, c’est un peu comme un album. J’écris tout le temps et à un moment donné, il y a assez de chansons pour faire un album ou assez de poèmes pour faire un recueil.»

«Dans mon confinement, je commence à être un peu discipliné au niveau de l’écriture, mais je suis quand assez délinquant comme auteur. J’écris quand je suis inspiré à le faire. J’ai un journal que je tiens avec moi tout le temps. Il y a le premier jet, une réévaluation et finalement, le travail avec l’éditeur qui fait le produit final.»

La plupart des textes ont été écrits à Outre le Mont (Outremont) à Montréal ou Aux chênes du marais, sa résidence à Lafayette. En ouverture, l’auteur propose un poème sur la plage de Zuma aux environs de la ville des anges. Il a écrit ce poème quand il était à Los Angeles.

«Il pose des questions sur l’absurdité de la société, l’écart entre les riches et les pauvres. Je pense que la plage même est une métaphore pour la frontière entre le physique et la métaphysique, entre le réel et le spirituel, entre le continent et l’océan.»

Selon lui, le poète habite justement cette zone frontalière entre l’intérieur et l’extérieur, d’où émane toute l’inspiration.

Son recueil est nourri par deux grandes traditions en poésie, celle de l’Orient qui trouve son efficacité dans la sobriété et la poésie contestataire et anticonformiste dans la lignée de Jack Kerouac et Allen Ginsberg. La nature, les oiseaux, le temps, le climat, l’amour, mais aussi ses préoccupations écologiques et de justice sociale et humaine traversent la poésie de cet humaniste qui explore aussi la condition de francophone minoritaire dans Frenchie; un poème inspiré par une certaine amertume. Le poète ne veut surtout pas tomber dans la propagande.

«Il y a dans cette manifestation poétique la possibilité de conduire le lecteur et le monde autour de lui vers un terrain spirituel.»

Dans le cadre de la programmation en ligne du Festival Frye, il présentera une lecture vidéo avec d’autres écrivains invités, le dimanche 26 avril à 13h, sur la page Facebook du festival.