Diane Losier a connu les deux côtés de la médaille

Pour la grande majorité des artistes, vivre de son art consiste à naviguer sur de multiples vagues de toutes sortes. Tantôt ces vagues te sourient et te courtisent en t’apportant au loin dans de belles aventures, puis d’autres fois elles te font la baboune jusqu’à rendre les fins de mois plus difficiles.

Depuis 1985, année de sa première véritable expérience sur les planches, Diane Losier dit avoir vécu les deux côtés de la médaille.

«Ça fait 35 ans que je vis cette vie. Quand ça va bien, je m’assure de ne pas m’enfler la tête. Après tout, être artiste c’est accepter de vivre continuellement dans la précarité d’un pigiste. Il y a des mois, encore aujourd’hui, où je ne sais pas si je vais pouvoir payer l’épicerie. Mais je suis en paix avec ça. C’est la vie que j’ai choisi et ce qui arrivera arrivera. De toute façon, il y a toujours moyen de s’en sortir», raconte la comédienne originaire de Tracadie.

Pour payer l’épicerie, comme elle dit, elle a déjà fait de l’animation. Surtout en radio.

«J’aurais pu faire un autre métier. J’ai eu des offres et ce qu’on m’offrait était pas mal plus payant que le théâtre. Mais si je fais cela, j’aurai le sentiment de renier ce que je suis. Tous les artistes ont un talent et j’ai toujours pensé que le devoir d’un artiste était d’utiliser ce talent», confie-t-elle.

Avant la pandémie

Avant que la pandémie ne vienne briser son élan, Diane Losier surfait depuis deux ans sur une grosse vague.

Elle nous arrivait justement d’un séjour d’un mois passé à Sudbury avec les gens du Théâtre du Nouvel-Ontario pour la comédie Le club des éphémères, produite en collaboration avec le Théâtre français de Toronto. La pièce, qui devait prendre l’affiche, du 29 avril au 10 mai, au Bekerley Street Theatre, à Toronto, a malheureusement été annulée en raison de la pandémie.

Diane y interprète une vieille dame bipolaire dans une maison de retraite et dont le rêve est de faire du cinéma.

«À moyen terme, j’ai deux autres projets de théâtre pour cet automne. Je dois d’ailleurs commencer les répétitions en août», annonce celle qui continue de parler de tous ses projets au présent, même si elle sait très bien que la pandémie pourrait venir tout changer les plans.

«Je ne m’ennuie pas du tout»

D’ailleurs, comment Diane vit-elle cette pandémie à partir de son domicile de Caraquet? Trouve-t-elle le temps long?

«Je ne m’ennuie pas du tout. Je lis beaucoup. J’écoute aussi la série Ozark. Cette série, c’est du bonheur. Comme ça avait été du bonheur de suivre Breaking Bad. Le jeu des acteurs est fabuleux», mentionne-t-elle.

Parmi ses autres activités, elle aime s’asseoir dans son fauteuil pour écouter le crépitement des bûches dans son poêle à bois. C’est que Diane, voyez-vous, s’est fait installer un poêle à bois dans sa cuisine.

«Le matin, mon rituel consiste à allumer mon poêle, puis à m’asseoir dans mon fauteuil qui lui fait face pour écouter le pic-à-poc du bois dans le feu tout en buvant mon café. C’est un rituel auquel je tiens beaucoup. C’est aussi dans ce fauteuil que j’apprends la plupart de mes textes», raconte-elle.

«C’est un bonheur de vivre chez moi. Partout dans la maison, je suis entourée de trucs achetés ou ramassés ici et là pendant mes tournées et mes voyages. J’ai commencé dès 1985 lors de ma participation aux Jeux de la CONFEGES à Yamoussoukro en Afrique. Pour célébrer ça je m’étais achetée un tableau d’Hélène Amyot. Je le vois de ma chaise sur le mur», souligne-t-elle.

«En fait, tout ce qui se trouve ici ont été des coups des coeurs. Je pense au bronze que j’ai acheté en Roumanie. Je n’avais pas beaucoup d’argent cet été-là, mais je suis quand même revenue avec. Il y a aussi cette tête de David en marbre de Michel-Ange trouvée en Italie. Je l’ai acheté parce que j’ai tripé sur le nez. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aime les nez. J’ai aussi deux lampes qui ont servi lors du tournage de Belle-Baie», indique-t-elle.

Je l’interromps pour lui demander si la musique fait aussi partie de son quotidien.

«Étrangement, j’écoute moins de musique depuis que je suis en confinement. J’écoute la radio et des podcasts. Cela dit, ça me prend parfois du (Frédéric) Chopin. Chopin, ça m’apaise. J’ai aussi découvert récemment Alexandra Stréliski. Elle est vraiment très bonne. Ces jours-ci, j’ai également commencé le ménage complet de la maison, pièce par pièce. Je n’arrête pas. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer de rien. Honnêtement, trouvez ça plate en confinement c’est comme s’insulter soi-même», image-t-elle.

«Ma mère me manque»

Trois jours plus tard, elle m’achemine une petite note en souhaitant qu’elle soit ajoutée au texte.

«C’est pas vrai que je ne m’ennuie de personne. Ma mère me manque, ainsi que le chien familial Ti-T’Ours. Bon c’est dit», m’a-t-elle écrit par Messenger.
Évidemment, j’ai voulu en savoir plus sur cette maman qui se nomme Raymonde.

«Raymonde a été la meilleure prof de 6e année au monde. Les filles se chicanaient à la récréation dans la cour de l’Académie Sainte-Famille pour marcher à son bras. Les filles me demandaient même d’aller au bout de la rangée en prétextant que je l’avais déjà comme mère et pas elles. Nous marchions 10 filles de chaque côté d’elle. C’est une femme très drôle. C’est même l’une des personnes qui m’a fait le plus rire dans ma vie. Elle m’a déjà dit: ‘‘Chu trop paresseuse pour être de mauvaise humeur’’», termine Diane Losier avec humour.

Une chanson acadienne qui lui fait du bien à l’âme

«Sur le nouvel album de Sandra Le Couteur, Les Cormorans, il y a la pièce Je pars à l’autre bout du monde. Elle me fait du bien à l’âme cette chanson-là parce que d’abord c’est beau. Et aussi parce que dans ce confinement nous nous trouvons tous en quelque sorte chacun sur notre propre voilier armé de courage et d’espoir.»