Les anecdotes d’un troubadour de légende

Danny Boudreau a beau n’avoir que 53 ans, on a l’impression qu’il nous chante (et nous enchante) depuis maintenant plus d’un demi-siècle. Son curriculum vitae est tellement chargé que ça déborde aussi bien dire de partout à chacune des pages. Et le plus beau dans tout ça c’est qu’il a encore quelques décennies devant lui pour ajouter davantage à sa légende. La légende d’un troubadour qui fait déjà partie de nos grands.

En cette période de pandémie mondiale, où la solitude est pour plusieurs d’entre nous un combat quotidien, l’auteur-compositeur-interprète prouve depuis un mois qu’il pratique son métier pour les bonnes raisons. Remarquez que personne n’en doutait.

Depuis un mois donc, parce qu’il s’ennuyait de la musique et qu’une pause de Netflix s’imposait, Danny Boudreau s’installe quotidiennement devant sa caméra pour nous offrir sur sa page Facebook une chanson tirée de son répertoire, ou encore une pièce empruntée à des artistes qu’il aime.

C’est devenu pour plusieurs un rituel. Même que le premier jour, avec une nouvelle création intitulée On va s’en sortir, il a eu droit à près de 22 000 visionnements et plus de 1200 partages.

Nous avons évidemment discuté de ces offrandes quotidiennes, mais aussi beaucoup de son passé. C’est d’ailleurs avec beaucoup de plaisir que j’ai pu l’entendre, à défaut de le voir, plonger tête première dans ses vieux souvenirs.

«J’ai du plaisir à faire ces petites vidéos. Ça fait du bien aux gens. Nous sommes tous confinés à la maison, alors ça prend du divertissement. Les gens ont besoin d’espoir», dit-il.

À ce sujet, il mijote de faire un Facebook Live de 60 minutes. Ça aura lieu le 24 avril à compter de 20h. Il parle d’un spectacle de 60 minutes, mais il finit par avouer en riant que ça va sûrement déborder d’une bonne vingtaine de minutes.

«Ça va ressembler à mes vidéos actuelles, mais ce sera plus fébrile. Je vais me promener dans différents univers. Je vais faire mes chansons, mais aussi chanter des demandes spéciales», affirme-t-il.

À ma demande, il accepte de me raconter la première fois qu’il est allé voir un spectacle. Tenez-vous bien, le chanceux a commencé en allant voir The man in black en personne.

«J’avais 8 ou 9 ans et mon père (Fernand) m’a emmené voir Johnny Cash qui était de passage à Bathurst. Je m’en souviens comme si c’était hier. Chaque fois que je voyais quelqu’un qui avait un manteau avec Cash écrit dans le dos, je demandais à mon père: ‘‘C’est-tu lui? C’est-tu lui?’’. Et chaque fois il me disait non. Puis est arrivé sur scène Johnny Cash avec un grand manteau noir. J’ai tout de suite su que c’était lui. Ç’a été un moment marquant dans ma vie. C’est même l’un de mes plus beaux souvenirs à vie», raconte-t-il.

«Plusieurs années plus tard, j’ai eu la chance de visiter le Hall of Fame de la musique country à Nashville et j’ai immédiatement reconnu le manteau que portait Johnny Cash et celui des gars de son équipe de tournée. J’en ai eu des frissons», mentionne-t-il.

«Un autre grand moment pour moi a été ma rencontre avec Merle Haggard en 2013», ajoute-t-il au sujet de cette autre grande icône de la musique country.

La conversation a ensuite dévié sur celui à qui il a souvent été comparé à une certaine époque, Francis Cabrel.

De son propre aveu, il a un temps été un véritable fanatique de l’auteur de Petite Marie, Je l’aime à mourir, L’encre de tes yeux et autres multiples succès.

«À 16 et 17 ans, j’étais maniaque de Cabrel. Je ne chantais que ses chansons. C’est d’ailleurs le seul artiste pour qui j’ai eu ce genre de sentiment. J’ai même monté un spectacle hommage sur lui. J’ai présenté deux fois ce spectacle. Le premier a eu lieu au Cachot à l’Université de Moncton et j’en ai fait un autre à la brasserie l’Escale à Petit-Rocher. C’était un bon endroit pour chanter l’Escale. Manuel Breault et Raymond Savoie ont chanté là. Avant qu’on lance le groupe Hommage, Rémi Boudreau et moi-même avons chanté là en duo à quelques reprises. L’Escale, c’était une véritable institution dans les années 1980. Surtout à cause de son gâteau aux carottes», souligne-t-il en riant.

Il n’en fallait pas plus pour que Danny me raconte la fois, à peu près à la même époque, où était allé voir Cabrel en spectacle à Shippagan.

«Après le show, il y avait une très longue file d’attente de gens qui voulaient son autographe. Il en a signé pendant longtemps. À un moment donné, son directeur de tournée est arrivé pour dire que c’était assez. Ça adonnait que j’étais le prochain. Quand Cabrel a vu mon visage, il a dit: ‘‘On va en faire un autre’’. De l’avoir vu m’accorder cette faveur, ç’a été une leçon de vie pour moi. J’ai depuis toujours pris le temps qu’il fallait pour les fans», révèle-t-il.

– Danny, le moment est venu de démystifier un truc à ton sujet. Tu es né à Pointe-Verte et pourtant tu es catalogué comme un artiste de Petit-Rocher. Elle est où la vérité dans tout ça?

«Je suis effectivement né à Pointe-Verte, mais j’ai déménagé à Petit-Rocher à l’âge de 14 ans. J’ai un père natif de Pointe-Verte et une mère qui vient de Petit-Rocher», confie-t-il.

– Euh… oui, c’est bien beau tout ça, mais ça ne répond pas vraiment à la question.

«Disons que je tirais des roches en mangeant des tailles. J’ai la double citoyenneté», conclut-il en riant.

Une chanson acadienne qui lui fait du bien à l’âme

«Long longtemps de Thomé Young. D’abord parce que c’est une chanson de circonstance, mais aussi parce que c’est du Pascal Lejeune.»