Le Festival Frye prend son envol dans une ville silencieuse

«Dans le silence de la quarantaine, il y a des choses qui ont surgi…», confie Jean-Philippe Raîche. Inquiet à l’idée d’écrire le texte d’ouverture du Festival Frye en pleine pandémie, le poète flyé a voulu illustrer de façon poétique la gravité de la situation tout en offrant un éclair de joie.

Pour une première fois dans son histoire, le Festival Frye a pris son envol de façon virtuelle, confinement oblige.

Les poètes flyés, Jean-Philippe Raîche et Kayla Geitzler, ont livré leur texte d’ouverture depuis leurs résidences respectives. Plus de 140 personnes ont visionné leurs prestations en temps réel, vendredi. Par la suite, la vidéo a recueilli au-delà de 2500 visionnements.

Dans une mise en scène joliment orchestrée alternant les deux voix, le français et l’anglais, ils ont déclamé leur poésie sur la musique de Sébastien Michaud et de Denis Surette. La vidéo a été réalisée par Louis-Philippe Chiasson. Le résultat est très réussi.

Comme l’a fait remarquer le poète, les images et la musique sont des oeuvres en soi, devenant ainsi aussi importantes que les mots.

«Au début, j’étais terrorisé par le silence et comment trouver le ton qui est juste. Il y a des gens qui sont morts et il y a des gens qui vont mourir alors comment respecter ça. J’étais bloqué et ç’a été très difficile d’entrer dans l’écriture et pour Kayla aussi.»

Avec la pandémie et l’isolement social comme fil conducteur, le poème qui traverse différents univers est ponctué d’extraits de textes évocateurs d’écrivains des 2500 dernières années. Toute l’écriture s’est faite à distance. Le travail s’est étendu sur une dizaine de jours.

«C’était assez angoissant parce que comment écrire, quoi dire et comment amener à la fois du bonheur, mais aussi de la gravité. Il y a des moments joyeux, mais il y a aussi des moments tragiques. Ça s’est écrit naturellement.»

Jean-Philippe Raîche est convaincu que la crise changera sa façon d’écrire. Celui qui avait entrepris son projet de cartes professionnelles poétiques entend reprendre ses textes pour les réécrire à la lumière des changements qui s’opèrent dans le monde.

«Quand on risque de tout perdre, c’est là où les choses deviennent très précieuses. Une des choses qui me semble très précieuse à l’heure actuelle, c’est Moncton, c’est ma ville. C’est étrange de la voir toute seule, toute vide. Ça va changer l’écriture pas juste pour les cartes poèmes, mais ma façon d’écrire en général.»

En écrivant les derniers vers du poème, Jean-Philippe Raîche a songé à tous ces gens qui pensent à leurs parents dans des maisons de retraite qu’ils ne reverront peut-être pas.

«J’ai pensé à ces parents, ces amis, ces amours, qu’on ne reverra pas et puis j’ai voulu écrire le contraire.»

Voici l’extrait en question:

«À un passant, je poserai ma main sur la vitre pour faire fondre le silence et te voir… en attendant que tu reviennes.»

La vidéo d’ouverture du Festival Frye demeurera sur la page Facebook de l’événement. La programmation en ligne du Festival Frye se poursuit jusqu’au 26 avril.