Sans capote ni kalachnikov: réflexion sur la marchandisation de la misère

Dans son plus récent roman Sans capote ni kalachnikov, Blaise Ndala jette un regard incisif sur les travers humains et dénonce l’instrumentalisation de la misère ainsi que l’obsession de la gloire.

«Le livre est une satire, donc c’est un genre littéraire où l’auteur que je suis essaie de prendre certains travers de la société en les grossissant et en les soumettant à une plume littéraire pour nous amener à nous interroger et attirer notre attention sur certains faits sociaux», a exprimé le romancier d’origine congolaise au cours d’un entretien téléphonique depuis Ottawa où il est maintenant établi.

Blaise Ndala dédie ce roman à la mémoire du premier lieutenant Jeancy Kabongo qui a fait la «guerre du coltan» au Congo.

Son frère ou son cousin (dépendant de la culture) est mort lors d’une embuscade pendant une patrouille de nuit entre deux villes dans l’est du Congo.

Son roman coup de poing qui ratisse large nous entraîne dans un pays fictif, en République libre et démocratique de Cocagnie, qui ressemble en plusieurs points à son pays d’origine.

À travers le vécu d’ex-adolescents soldats, l’auteur nous plonge au coeur des conflits armés et du regard des puissances dominantes sur cette région du monde.

Son écriture a été nourrie par deux éléments déclencheurs. L’instrumentalisation de drames dans des pays en développement l’a toujours dérangé.

«La manière dont certains drames sont récupérés, notamment dans les médias, et comment les conflits et les drames africains sont relatés, tous les discours qui se construisent principalement dans les sociétés riches et dominantes, m’ont toujours dérangé», a exprimé l’auteur qui a oeuvré au sein d’ONG (Organisation non gouvernementale).

L’affaire de l’Arche de Zoé en France en 2007 a été le détonateur de l’écriture de ce roman. Ce supposé groupe humanitaire a tenté d’enlever des enfants au Tchad pour les faire passer pour des orphelins du Darfour. La réalité venait de dépasser la fiction.

«Voilà une situation de détresse qui est instrumentalisée. Ce sont des gens qui vont être dépossédés de leur dignité, à qui on va dire vous ne méritez pas de garder leurs enfants parce que vous êtes très pauvres. Nous, on va les scolariser à votre place. Il y a une telle violence!», déplore le romancier.

Pour écrire son récit, qui est entièrement fictif, il s’est nourri de ses connaissances géopolitiques, de la région des Grands Lacs dans l’est du Congo et des enjeux qui tournent autour de ces conflits. Il a côtoyé des enfants soldats démobilisés pendant qu’il vivait au Congo. Pendant l’écriture, il est retourné dans son pays où il a croisé à nouveau un certain nombre d’ex-enfants soldats.

«Je voulais entendre à nouveau cette voix qui était beaucoup plus proche de la réalité pour que ma plume une fois qu’elle se livrerait à la fiction puisse avoir cette musique dans la tête, mais il n’était pas question pour moi de transposer leur histoire.»

En général, un écrivain se retrouve un peu dans chacun de ses personnages. Cette fois, l’auteur admet qu’il y a beaucoup de lui-même dans le personnage de Petit Che; un adolescent soldat porté vers les lettres plus que vers les armes.

«Sans que son destin soit calqué sur le mien, je pense qu’au départ, nos origines sont communes avec la présence de son Victor qu’on appelait Victor Hugo, une figure assez proche de celle de mon propre père. Donc si j’avais tourné mal, si je n’avais pas eu les parents que j’ai eus et le parcours que j’ai eu et que j’avais fini de manière accidentelle dans une milice armée, peut-être que je lui aurais ressemblé.»

Sans capote ni kalachnikov est le deuxième roman de Blaise Ndala. Son premier roman J’irai danser sur la tombe de Senghor sera probablement porté à l’écran. Le réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb en a acquis les droits et l’auteur a également collaboré à l’écriture du scénario.

Spécialisé en droit, l’auteur est aussi juriste et enquêteur au Bureau de l’enquêteur correctionnel du Canada.

Il est l’un des auteurs invités du Festival Frye. Il participera à un entretien littéraire virtuel ce samedi à 18h.