Le bédéiste Michel Rabagliati: la poésie du quotidien

Vous ne trouverez pas de super héros, ni cowboy, ni extra-terrestre et encore moins de morts vivants dans les bandes dessinées de Michel Rabagliati. Avec sa série d’albums Paul, le bédéiste tente de dégager la poésie du quotidien pour faire vivre des émotions aux lecteurs.

Le bédéiste montréalais souligne que ce système est utilisé par plusieurs auteurs dans diverses sphères artistiques. Woody Allen et Michel Tremblay en sont de beaux exemples. Dans le monde de la bande dessinée, Maus qui porte sur l’holocauste figure parmi les collections qui ont lancé le bal de ces oeuvres illustrées en noir et blanc, rappelle Michel Rabagliati.

«On veut s’adresser aux adultes comme des romanciers. On n’est plus obligé de faire rire et on peut vous raconter des histoires en longueur. Il y a beaucoup d’auteurs qui ont embarqué là-dedans, dont moi», a indiqué Michel Rabagliati qui participera à une lecture virtuelle du Festival Frye.

Avec sa collection qui compte neuf albums, l’auteur propose des autofictions. Son alter ego, Paul est le personnage principal de ses œuvres. L’auteur s’inspire de sa propre vie en misant sur l’honnêteté du récit.

En 21 années d’existence, cette collection qui a connu des débuts plutôt modestes a acquis une solide réputation sur la scène littéraire. Aujourd’hui, le bédéiste est un auteur phare des éditions La Pastèque. Et pourtant, l’auteur raconte tout simplement le quotidien d’un homme ordinaire de Montréal qui peut ressembler à celui de bien des gens. Sa sensibilité et l’originalité de son approche permettent assurément de faire ressortir la beauté et la poésie dans ses récits.

Le neuvième album, Paul à la maison, paru en 2019, traite des deuils. D’après l’auteur, ce livre est probablement encore plus autobiographique que les autres. Tout s’écroule dans la vie de son personnage maintenant cinquantenaire. Une séparation, le départ de sa fille à Londres et la mort de sa mère. Il se sent terriblement seul et assez déprimé.

«Dans celui-là, je suis allé un peu plus profondément dans le quotidien du personnage et son intériorité. Ça ressemble pas mal à ce que j’ai vécu dans les huit dernières années de ma vie. Il y a eu beaucoup de deuils dans ma vie. Mes parents sont morts, je me suis séparé et ma fille est partie. Ce sont des choses de la cinquantaine qui arrivent parfois dans la vie.»

L’auteur avoue qu’il a hésité un peu au début avant de raconter cette histoire, l’estimant un peu trop privée. En l’écrivant, il a ressenti une forme de bien-être et y a même trouvé quelque chose de thérapeutique. C’est après coup, une fois le livre sorti, qu’il a moins aimé voir sa vie privée à la disposition de tous.

Même si Paul à la maison peut paraître sombre, il reste que l’auteur offre des fenêtres humoristiques, plus légères où il se permet de s’amuser et de décrocher du récit, notamment en parlant de son voisin acrimonieux ou encore de la pose d’un implant dentaire.

Une chanson de Marie-Jo Thério dans son livre

Dans ce nouvel ouvrage, on retrouve quelques chansons, dont À Moncton de Marie-Jo Thério. L’auteur confie qu’il écoute souvent la musique de l’auteure-compositrice-interprète acadienne quand il travaille, tout comme celles de Richard Desjardins et de Leonard Cohen.

«Ce sont des artistes extrêmement émotifs. Mario-Jo Thério est à fleur de peau et on le sent bien dans ses textes et sa musique. À Moncton, c’est quasiment le plus beau blues qui a été écrit, non pas dans la structure musicale d’un blues, mais dans le thème. C’est une espèce de complainte d’ennui qui est palpable. C’est en chiac et j’adore ça. Je trouve que c’est une langue tellement créative et imagée.»

Le confinement, pas vraiment inspirant

Quand Michel Rabagliati entreprend un projet d’album, il tient à avoir quelque chose à dire qui va intéresser les gens. Il travaille souvent à ses projets pendant plus de deux années. Il commence par le synopsis et il y a peu de place à l’improvisation.

«Je ne navigue pas dans la brume puisque je vais me taper peut-être 200 pages de dessins. Je ne peux pas me fourrer et jeter des pages au fur et à mesure que ça ne marche pas. Y a pas d’improvisation. Tout est écrit finement jusqu’à tant que je sois content et après je me mets à dessiner étape par étape.»

S’il n’a rien à dire, il ne fait rien. C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe en ce moment avec l’isolement social dû au coronavirus qu’il considère personnellement comme une grande épreuve.

«Le confinement, ça ne m’inspire pas pantoute, au contraire, ça me paralyse complètement. De toute façon, dans trois mois, il va sortir à peu près 450 livres sur le confinement, en photo, illustration, roman et film. C’est donc le thème à ne pas toucher.»

Première lecture publique

Dans sa carrière, l’auteur a donné plusieurs conférences sur son travail, mais c’est la première fois qu’il offre une lecture à haute voix de ses textes. Il estime que lire une bande dessinée sans images, c’est un peu difficile à suivre. Au Festival Frye, on lui a fait savoir que sa lecture serait accompagnée d’images tirées de sa bande dessinée. Grand observateur du monde qui l’entoure, le bédéiste réalise des dessins très détaillés et bien fournis.

Sa lecture virtuelle sera présentée dimanche à 13h dans le cadre de L’heure du thé du Festival Frye.