Sortir des boules à mites certaines oeuvres acadiennes oubliées

Le confinement lié à la pandémie de la COVID-19 permet de sortir des boules à mites certaines oeuvres acadiennes qui ont été oubliées. Ça peut être un livre d’Antonine Maillet. Ou une série pour adolescents de Chris LeBlanc et Paul Bossé…

Lunatiques, ça vous dit quelque chose? Probablement pas. Le pilote et les 12 épisodes de cette fiction entièrement acadienne ont été diffusés sur les ondes de TFO en 1999.

À l’époque du câble. À l’époque aussi où TFO était tout au bout de la liste des chaînes disponibles…

Pourtant, on y avait mis le paquet. Conçue, écrite et réalisée par LeBlanc et Paul Bossé, cette série produite par Phare-Est a mis en vedette de grands noms de l’Acadie dans divers rôles pour le moins hétéroclites. Cayouche, Édith Butler, Viola Léger, Robert Melanson, les lutteurs du Grand Prix Wrestling, Ensemble Vide, les Païens et plusieurs autres – on parle de plus de 500 artistes acadiens – ont tous offert leurs talents dans la confection de l’un ou l’autre des épisodes.

Avec un budget considérable de 90 000$ par tranche de 30 minutes, Lunatiques n’a cependant pas connu une grande carrière, TFO la retirant des ondes après une seule saison en raison notamment de l’utilisation du chiac.

LeBlanc a tenu une promesse en dépoussiérant, 20 ans après sa création, ce projet télévisuel de colonisation acadienne de la planète Mars. Ainsi, en décembre 2019, il a réussi, non sans peine, à transférer les 13 épisodes d’un format sur cassette VHS à une diffusion sur la chaîne YouTube.

«Donner une deuxième vie à Lunatiques a toujours été notre plan», explique le cinéaste qui vient également de formater son film La Légende Bricklin pour YouTube.

Pour mieux comprendre Lunatiques, il faut se placer dans le contexte de 1999, ajoute-t-il. On approche du tournant du millénaire, avec un petit sentiment de fin du monde. Le duo LeBlanc-Bossé cherchait à proposer une émission nationale de conception acadienne pour les 7 à 77 ans.

Ils ont utilisé une des lunes de Mars, Phobos, pour se projeter dans un futur qui correspondait à ce moment à la fin des années 2010.

«Ça nous a pris cinq ans à développer l’émission. On la voulait éclatée, universelle, pluraliste. Des Acadiens sur Mars! Nous sommes très fiers d’avoir pu penser à ce moment à des éléments que l’on retrouve aujourd’hui, comme un drone, la pollution à la plage Parlee, etc. Je les réécoute aujourd’hui et je trouve que nous avions un haut niveau d’écriture. On a placé des sujets contemporains dans une oeuvre de science-fiction. Pour moi, c’est aussi bon qu’un album de 1755. Malheureusement, personne ne l’a vu. C’est comme si on avait présenté un feu d’artifice pendant que tout le monde était à table pour souper», poursuit Chris LeBlanc.

De tous ces épisodes, certains sont pour le moins particulier, relate le coauteur. Comme celui où Cayouche campe un agent secret. Ou le dernier, qui présente l’histoire de l’humanité à travers la vie d’un pilote de vaisseau spatial, du spermatozoïde jusqu’à l’obtention de son brevet.

«Pour les parents qui cherchent du contenu pour les adolescents en cette période de pandémie, je crois que Lunatiques serait parfait», estime l’artiste qui n’a pas arrêté de travailler pendant le confinement.

Outre la mise sur YouTube de La Légende Bricklin, il collabore à un projet avec des équipiers de Moncton où des artistes raconteront leur vie en confinement.