Confinement: des festivals cherchent à se réinventer

Si les annulations dans le secteur culturel et des festivals continuent de se multiplier, certains organisateurs réfléchissent à des façons de réinventer leur événement et d’offrir une version virtuelle.

Plusieurs manifestations artistiques d’envergure, dont le Festival acadien de Caraquet, Mosaïq ainsi que le Festival Inspire à Moncton ont annoncé, cette semaine, qu’ils annulent leurs célébrations cet été.

La décision des comités organisateur a été prise à la suite de l’annonce du gouvernement provincial interdisant les rassemblements et les spectacles jusqu’à la fin de l’année.

Dans un communiqué, la directrice du Festival Inspire, Lisa Griffin, explique qu’il est difficile d’envisager la création d’art dans les espaces publics sans interaction sociale.

«Notre événement est 100% gratuit grâce au soutien de nos partenaires privés, commanditaires et bailleurs de fonds. Nous pensons qu’il est plus important pour le moment qu’ils investissent à maintenir leur activité afin que nous nous retrouvions à nouveau tous l’an prochain.»

Du côté du Festival Acadie Rock, il n’est pas question d’annuler l’événement même s’il n’y aura vraisemblablement pas de spectacle devant public. Le producteur René Légère a confirmé en entrevue qu’il y aura un festival, mais dans un nouveau format. Les organisateurs qui travaillent à la préparation de leur programmation sont en mode réflexion.

«On essaie de voir les modèles existants. On a regardé ce que le Festival international de Lafayette, le Printemps de Bourges et le Festival Frye ont fait. Ils ont proposé des rendez-vous en ligne. Nous, c’est ce qu’on est en train de regarder. C’est sûr que des spectacles devant public, à moins qu’il y ait des changements d’ici là, il n’y en aura pas», a affirmé M. Légère.

Le Festival qui se tient autour de la Fête du 15 août rassemble plusieurs disciplines artistiques: musique, danse, poésie et cinéma. Le souhait le plus cher des organisateurs est de continuer d’appuyer les artistes en maintenant le festival.

«C’est bien beau les diffusions sur les médias sociaux, mais quel est le revenu pour les artistes? Nous, on souhaite maintenir le festival et offrir des cachets aux artistes qui participent à l’événement parce qu’à moins qu’il y ait un changement, nous allons recevoir nos subventions si on tient un festival, peu importe la forme.»

René Légère songe même à utiliser la salle Bernard-LeBlanc du Centre culturel Aberdeen, à Moncton, qui est dotée d’équipements professionnels. Il pourrait ainsi enregistrer les spectacles sans public pour ensuite les diffuser en ligne. Les organisateurs envisagent de produire un spectacle pour le 15 août qui sera présenté en ligne ou même à la télévision.

Le directeur du Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA), Marc Gauthier, a amorcé la réflexion depuis le début de la crise sanitaire. Il aurait espéré pouvoir présenter une édition hybride du FICFA incluant une composante en salle avec moins de public et un volet numérique. Or les restrictions annoncées du gouvernement provincial en matière de rassemblement a mis un frein à ses espoirs.

Somme toute, le cinéma est un médium qui se prête bien au numérique. De plus, cela peut permettre des collaborations avec d’autres festivals de cinéma au pays.

«Nous, ça fait des années qu’on dit sortez de vos salons, venez voir un film ensemble avec vos amis, mais bon, vu que les contraintes sont là, il faudra composer avec ça.»

Marc Gauthier aurait préféré que le gouvernement provincial fournisse des restrictions sur le nombre de personnes qui peuvent se rassembler au lieu de bannir simplement les festivals et les rassemblements. Une salle de cinéma pourrait certainement se plier aux règles de distanciation physique, estime-t-il.

«Si on est forcé de faire une édition 100% en ligne, c’est exactement ce qu’on fera», a-t-il ajouté.

Et le théâtre…

Le théâtre est avant tout un art vivant où la rencontre avec le public est nécessaire. Le directeur du Théâtre populaire d’Acadie, Allain Roy, confie qu’il a été sous le choc quand il a vu une échéance aussi lointaine.

«On ne pensait pas que ce serait aussi loin que ça…J’ai l’impression qu’on est dans les premiers coupés et les derniers à être rétablis. Cela dit, on comprend la situation.»

Le TPA envisage donc de présenter une demi-saison probablement plus concentrée qui débuterait en janvier au lieu de septembre.

«Si on pense à présenter des pièces de théâtre à des jeunes sur vidéo, surtout si c’est leur premier contact avec le théâtre, ce n’est pas du tout la même expérience, ça devient de la télévision.»

Le TPA songe à mettre en place certaines initiatives intéressantes mises de l’avant par des artisans du milieu théâtral pour contourner l’isolement, dont les lectures Au creux de l’oreille initiées par le théâtre La Colline (Wajdi Mouawad) qui commence à faire des petits.

Le Pays de la Sagouine à Bouctouche a annulé ses camps de théâtre ainsi que la plupart des soupers-théâtre et des spectacles de l’été, a fait savoir le directeur artistique Luc LeBlanc.

Quant à l’ouverture possible du Pays de la Sagouine, qui emploie environ 150 personnes, rien n’est encore décidé. Les responsables tiennent des discussions régulièrement avec le gouvernement provincial pour étudier différentes options. Une chose est certaine, les restrictions actuelles en matière sanitaire ne rendent pas possible la présentation de spectacles, soulève-t-il.

Luc LeBlanc qui a commencé à produire des vidéos de Citrouille en ligne envisage de créer de nouvelles capsules qui mettront en vedette d’autres membres de l’équipe du Pays de la Sagouine.